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Karl Kraus. Joel Heinzelmann. Photographie. Berlin. 1921.

Karl Kraus : le déclin, une pensée moderne ?

34 min
À retrouver dans l'émission

Avec Jacques Le Rider, auteur de "Karl Kraus - Phare et brûlot de la modernité viennoise" (Seuil, 2018) et David Lescot, metteur en scène. Il a adapté "Les derniers jours de l’Humanité" de Karl Kraus à la Comédie-Française.

Karl Kraus. Joel Heinzelmann. Photographie. Berlin. 1921.
Karl Kraus. Joel Heinzelmann. Photographie. Berlin. 1921. Crédits : Imagno - Getty

Retour sur l'oeuvre d'un penseur majeur, né en 1874, mort en 1936, le viennois Karl Kraus, pionnier de la critique des médias, auteur des Derniers Jours de l'Humanité. Le mal qui couvait, il l'a vu grandir dans les lieux communs et les formules figées qui empoisonnaient la langue. Fondateur de la revue Die Fackel, "Le Flambeau", en 1899, il y traque les déformations et les silences des discours journalistiques. 

Alors, pour quelles raisons s'intéresser aujourd'hui à cette figure de la modernité, autour de quelles notions fondamentales s'articulait sa pensée ?

L'historien et germaniste Jacques Le Rider, biographe de Karl Kraus à travers son ouvrage Karl Kraus. Phare et brûlot de la modernité viennoise aux éditions du Seuil et le metteur en scène David Lescot qui a adapté Les Derniers Jours de l'Humanité à la Comédie-Française en 2016, nous parlent de ce drame antibelliciste écrit entre 1915 et 1919 à propos de la Grande Guerre. Ils nous décrivent ce qu'ils y voient :

Une humanité qui est en train de sombrer toute entière dans l’événement le plus tragique et le plus déplorable. Ce qui est assez marquant, frappant dans cette oeuvre-là, c'est qu'il y a tous les registres de ce désastre. C'est-à-dire que parfois, c'est drôle, c'est grinçant, c'est très satirique et parfois c'est complètement tragique et complètement désespéré. Il y a toute la palette qu'un événement aussi grave peut susciter. David Lescot 

C'est vraiment l'oeuvre peut-être la plus sensationnelle de la Première Guerre mondiale. Ce qu'on perçoit bien dans cette oeuvre de Karl Kraus, c'est sa lutte contre la corruption des mots, contre l'abus de langage permanent. Et je voudrais souligner que Karl Kraus est l'un des premiers auteurs européens qui refusent qu'on parle par exemple du "sacrifice héroïque", du "martyr des soldats". Il insiste sur le fait que ces soldats ont été des victimes. Il va jusqu’à suggérer qu'ils ont été victimes d'un crime d'Etat (...) C'est à partir des "Derniers Jours de l'Humanité" que Karl Kraus devient Karl Kraus. Jusque là, c'est un très brillant satiriste, polémiste, essayiste, auteur d'aphorismes, mais sa profondeur il l'acquiert avec cette pièce (...) C'est vraiment sa pièce fondamentale. S'il y a un message qui se dégage de cette pièce, c'est le rejet viscéral du nationalisme. Jacques Le Rider 

La langue, au cœur de la réflexion de Karl Kraus, demeure essentielle pour comprendre les combats qui animaient le penseur, notamment son idée d'une corruption de la langue dans le discours de la presse :

Le naufrage de l'humanité passe par une dégénérescence de la langue d'abord. De la langue donc de la pensée aussi et du progrès intellectuel, artistique, de toute cette tradition héritée des Lumières. Il observe ce naufrage-là, c'est pour ça qu'il s'attaque particulièrement à la presse. Parce que c'est la presse dont c'est l'outil et la presse joue justement le jeu du nationalisme, du bellicisme et du militarisme. David Lescot 

Sa matière première, c'est l'écoute des discours sociaux. A la fois ceux des journalistes, ce qui se dit dans la rue, ce qu'il entend au café, ce que les hommes politiques clament dans leurs discours. Il en fait un montage. L'art de Karl Kraus, c'est l'art de la citation qui tue. Il part du principe que les points de vue qu'il attaque se détruisent eux-mêmes lorsqu'on les entend parler. Car le langage mis en valeur par cet art krausien de la citation se dénonce lui-même comme mensonger, comme corrompu, comme pur verbiage, comme pure phraséologie, comme pure idéologie. Et c'est ça le tour de force de Karl Kraus, c'est d'avoir laisser parler le mensonge, d'avoir laisser parler la bêtise, la vilenie et les laisser se dénoncer elles-mêmes (...) Jacques Le Rider

La langue maternelle, c'est avant tout une force créatrice, inspiratrice mais elle peut devenir un pouvoir terrible de manipulation et de domination. Jacques Le Rider

Extraits sonores :

  • Archive de Karl Kraus, pamphlet contre les politiques
  • Extrait des Derniers Jours d l'Humanité, mis en scène par David Lescot à la Comédie-Française
  • Jacques Bouveresse , "Les intellectuels et les médias", 2008
Intervenants
  • Historien spécialiste de l'Autriche, directeur d'étude à l'Ecole des Hautes Etudes, ancien directeur de l’institut français de Vienne
  • Auteur, metteur en scène de théâtre et musicien
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
Production déléguée
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