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"In despair, mother and daughter surrounded by the high tide", gravure de Maylander, L'Illustration, No 3259, 12 août 1905.

La détresse est-elle un sujet d’étude ?

34 min
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Avec Michel Naepels, anthropologue, auteur de "Dans la détresse" (EHESS, 2019).

"In despair, mother and daughter surrounded by the high tide", gravure de Maylander, L'Illustration, No 3259, 12 août 1905.
"In despair, mother and daughter surrounded by the high tide", gravure de Maylander, L'Illustration, No 3259, 12 août 1905. Crédits : Maylander, DEA / BIBLIOTECA AMBROSIANA - Getty

La vulnérabilité en question... Comment la douleur peut participer de la construction de soi ? 

Avec l’anthropologue Michel Naepels, directeur d’études à l’EHESS. L’auteur de Conjurer la guerre publie aujourd’hui Dans la détresse, Une anthropologie de la vulnérabilité (Editions de l’EHESS, Collection Cas de figure) où il écrit avoir voulu s’interroger «sur la vulnérabilité et la violence, la pauvreté et la précarité, le capitalisme extractif et la prédation, l’environnement et la reproduction sociale, l’incertitude et l’abandon, la désaffiliation et la solitude. »

Michel Naepels explique l'ambition de ce travail de recherche présenté dès le début de son essai comme une "tentative, un essai" avec en son cœur une réflexion sur la vulnérabilité, une notion encore très discutée :

Essayer de donner à sentir la réalité du monde, la réalité de la crise, la réalité de la violence, que j'ai pu comme de très nombreux de mes collègues rencontrer. Et essayer de restituer aussi la façon de la connaître, la façon d'en rendre compte par les sciences sociales qui sont une des nombreuses possibilités de rendre compte de ces situations. La notion de vulnérabilité est parfois critiquée. C'est une notion qui a beaucoup circulé entre les sciences naturelles, les sciences sociales, les différents types de psychologie. 

Il rappelle que derrière l'utilisation de cette notion de "vulnérabilité", l'enjeu n'est pas de faire des récepteurs de violences des victimes :   

En utilisant ce terme, je n'ai pas souhaité du tout assigner des personnes à une condition de victime, à un statut de victime. Dans une situation de violence, d'agression, et au sens judiciaire, quelqu'un peut être victime de quelque chose, d'une violence physique, d'un violence, d'une agression, d'une destruction matérielle et le cas échéant, assez rarement en réalité, ça peut donner lieu à des poursuites judiciaires et à la désignation d'un coupable. Mais dans ce cas-là, on est victime"de". Et c'est de ce genre de choses dont j'ai voulu parler.

Sa réflexion sur la violence se base sur les outils d'enquêtes ethnographiques menées de 1991 à 2015 à Houaïlou, petite ville côtière de Nouvelle-Calédonie où il a étudié les conflits villageois ainsi que d'enquêtes de terrain réalisées depuis 2011 dans la région du Katanga, province du sud-est de la République démocratique du Congo, auprès d'une milice paysanne. Ces deux expériences de terrain sont marquées par une violence ressentie marquée par le "vivre avec" :

Dans les régions où j'enquête, on peut estimer à près de 90% la proportion de la population qui a été obligée de quitter dans l'urgence à un moment ou un autre dans les dernières années l'endroit où il habitait. C'est énorme et ça suppose un certain type de vie sociale marquée par l'incertitude et marquée par la difficulté de se projeter à long terme tout en ayant l'obligation ou la nécessité de vivre avec l'expérience passée de la violence.

Michel Naepels rappelle les principaux contours de l'enquête ethnographique...

Le principe même de ce qu'on appelle dans ma discipline l'enquête ethnographique ou l'enquête de terrain c'est tout simplement d'y aller voir, d'aller suffisamment longtemps partager la vie d'un certain nombre de gens dans une situation sociale et si possible durablement. Partager leur expérience, ça ne veut pas dire vivre comme eux, ça ne veut pas dire qu'on s'identifie à eux mais ça veut dire qu'on rentre dans des relations d'interactions et puis d'interlocutions. On discute avec eux, on les entend parler, on converse avec eux d'une manière formelle ou d'une manière informelle. 

... qui ne peut pas effacer la rencontre de la subjectivité de l'enquêté et de l'enquêteur :

Ça veut dire que ce matériau est le produit d'une intersubjectivité, de la capacité que j'ai à construire des liens avec mon interlocuteur. C'est donc une forme d'engagement nécessaire dans la relation interpersonnelle, intersubjective qui est la base du matériau produit. Vouloir effacer notre subjectivité du résultat, ça serait en fait contradictoire avec la manière dont nous produisons notre savoir.

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