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Une exposition de robots à Shanghai en juin 2018. Les IPall sont censés servir d'amis aux très jeunes chinois, isolés dans les familles par la politique de l'enfant unique.

Démocratiser la technique avec Andrew Feenberg

34 min
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Alors que la neutralité du net vient d'être supprimée aux Etats-unis, Internet devient-il un espace de contrôle? Est-il possible de faire de la technique un outil d'émancipation alors que nombre de ses usages semblent en faire un outil de domination? Le philosophe Andrew Feenberg nous répond.

Une exposition de robots à Shanghai en juin 2018. Les IPall sont censés servir d'amis aux très jeunes chinois, isolés dans les familles par la politique de l'enfant unique.
Une exposition de robots à Shanghai en juin 2018. Les IPall sont censés servir d'amis aux très jeunes chinois, isolés dans les familles par la politique de l'enfant unique. Crédits : AFP - AFP

La démocratie peut-elle reprendre le contrôle de la technique ? 

Lundi 11 juin, la Neutralité du net a officiellement pris fin aux Etats-unis. La suppression de ce principe, qui assurait l’existence d’un réseau transmettant toutes les données sans discrimination, pourrait permettre à des grandes entreprises comme Netflix ou Amazone de payer les fournisseurs d'accès pour avoir un débit privilégié sur leurs sites, tandis que les petites entreprises, elles, devraient se contenter d'un débit de moindre qualité. C'est pour Andrew Feenberg un pas de plus vers une technologie au service des puissants. 

La suppression de la neutralité du net aux USA est une mesure anti-démocratique. Elle contribue à la concentration du net, à l'accroissement des monopoles, au développement des grosses entreprises et à l'affaiblissement des petites."Andrew Feenberg

Mais pour le philosophe américain, pionnier des recherches on-line, titulaire de la chaire canadienne en philosophie et technologie de l’Université Simon Fraser au Canada, membre aussi du Collège international de philosophie de Paris, internet pourrait tout aussi bien être un outil d'émancipation des masses et de démocratisation de nos sociétés. Ce n'est pas la technologie, mais bien l'usage qu'on en fait, qui serait donc en cause. 

Je pense que la technique n'est pas autonome. Elle fait partie de la société. Elle est donc influencée par l'opinion, les structures sociales, l'évolution des moeurs et ne dépend que des usages que l'on en fait." Andrew Feenberg

Influencé par l’Ecole de Francfort (théorie critique) et la sociologie constructiviste, il rappelle que la technique est avant tout un outil à usage et à visage humains, et qu’elle dépend des usages sociaux qui la conditionnent. Ni technophile candide, ni technophobe décliniste, il préfère regarder à l’ horizon révolutionnaire que réactionnaire, plaidant pour une critique « par-delà la dystopie » pour qu’advienne un autre monde. 

Les deux positions technophile et technophobe sont démobilisantes. Or c'est précisément l'implication du public dans les mutations technologiques qui permettra de relever les défis que nous pose la technique." Andrew Feenberg

Auteur déjà d’une Théorie critique de la technique chez Lux en 2014, suite, 10 ans après, de son essai fondateur : « Repenser la technique : vers une technologie démocratique », paru à la Découverte, il éclaire la voie d'une reprise en main de la Technique par les populations et nous appelle à répéter l'acte originel de la civilisation: le vol du feu aux Dieux. 

Avec le développement des robots, Heidegger craignait la confusion entre les hommes, aptes à recevoir la conscience du monde, et les choses inertes. Cette disparition de l'homme en tant que seul être spirituel, n'est pas une illusion." Andrew Feenberg

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