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Christophe Guilluy à Paris, en 2015

Christophe Guilluy : "La classe moyenne n'existe plus"

33 min
À retrouver dans l'émission

Nous recevons Christophe Guilluy, pour "No Society. La fin de la classe moyenne occidentale" (Flammarion). Le géographe décrit une France oubliée, la "France périphérique", victime de la fracture sociale et territoriale qui l'oppose aux élites métropolitaines, et qui se tourne vers le populisme.

Christophe Guilluy à Paris, en 2015
Christophe Guilluy à Paris, en 2015 Crédits : Stéphane Grangier - Getty

Aujourd’hui retour dans les territoires meurtris par le chômage et la désindustrialisation, avec notre invité le romancier Nicolas Mathieu, Prix Goncourt pour Leurs Enfants après eux (chez Actes Sud), et Christophe Guilluy, le géographe de la "France périphérique".

L'essayiste a popularisé le concept de France périphérique en 2014 dans un essai éponyme, ou « comment on a sacrifié les classes populaires ». Suivra deux ans plus tard Le Crépuscule de la France d’en haut.

Désormais, ne manquait plus qu’elles … les classes moyennes. Dans son nouvel essai No Society, toujours chez Flammarion, Christophe Guilluy acte leur disparition, en même temps que de nouvelles fractures sociales et territoriales, et met en garde contre l’épuisement d’un modèle qui ne fait plus société, siphonné par les inégalités.

Deux points de vue, celui d’un romancier et celui d’un essayiste, pour discuter ensemble de cette France de l’entre-deux, "dont on ne parle pas", comme l’a souligné l’iconoclaste membre du jury du Prix Goncourt Virginie Despentes, et "des dernières manifestations d'une France qui disparaît".

Nous vivons un moment où le monde d’en haut a fait sécession. […] Le modèle mondialisé a accéléré les choses avec un processus de clivage, qui géographiquement a fait émerger cette France périphérique. […] Le haut parle de moins en moins au bas. (Christophe Guilluy)

Le modèle est à bout de souffle, il ne fait plus société. Il n’y a pas eu un complot. On a un modèle économique néolibéral qui s’est installé un peu partout en Occident. Je parle d’un processus de temps long, la désindustrialisation, la financiarisation. (Christophe Guilluy)

Il reste des ouvriers et des petits salariés, mais il n’y a plus de classe ouvrière, il n’y a plus d’horizon commun, de culture partagée, de représentation unanime. Il y a un sentiment de déshérence et une atomisation des gens qui sont dominés. (Nicolas Mathieu)

Je définis la classe moyenne comme cette classe hier majoritaire qui réunissait tout le monde, ouvriers, employés, paysans, cadres supérieurs. Si je dis qu’elle explose aujourd’hui, c’est que l’intégration économique se fait mal, très mal. (Christophe Guilluy)

Il n’y a pas l’idée d’une communauté de destin. Est-ce que je peux vivre très bien alors que vous vivez si mal ? Et à partir de là, effectivement, c’est no society. On est dans un processus de dissolution quand même. (Nicolas Mathieu)

La grosse difficulté aujourd’hui, à droite comme à gauche, c’est que nous avons des partis qui ont été créés par et pour une classe moyenne qui n’existe plus. […] Il y a là effectivement à adapter une offre politique à ce que sont devenues ces catégories. (Christophe Guilluy)

Pour que ça fasse société, il faudrait que les mieux armés ralentissent un peu […]. Ça suppose de l’empathie, de se soucier de cette France-là. C’est vrai que le roman a un rôle à jouer en portant ces voix-là. (Nicolas Mathieu)

"France périphérique", il s’agissait effectivement d’une notion géographique, sociale, économique, mais aussi culturelle. Il s’agissait bien de dénoncer cette relégation culturelle. (Christophe Guilluy)

Les populistes adaptent leur offre à une demande. Celle des catégories populaires est simple : travailler, préserver un capital social et culturel. […] Il s’agit pour les grands partis de faire concurrence aux populistes, de présenter une offre politique. (Christophe Guilluy)

Une société est saine réellement quand vous avez un haut qui sert les intérêts du bas. C’est le principe de la démocratie, c’est de donner du pouvoir à ceux qui n’en ont pas, et de ne pas renforcer le pouvoir des gens d’en haut par rapport à ceux d’en bas. (Christophe Guilluy)

Toute cette vague populiste […] repose à chaque fois sur une sociologie […], ce socle de la classe moyenne, […] et puis une géographie, […] les territoires les plus éloignés des grandes métropoles. (Christophe Guilluy)

Tout le monde a un sentiment d’attraction et de répulsion, et puis aussi de complexe, par rapport à la centralité de Paris. (Nicolas Mathieu)

Quand on naît en milieu populaire, on meurt en milieu populaire. Ce n’est pas grave. On peut faire sa vie, aimer, avoir des enfants, être heureux – à une condition : être respecté culturellement et être intégré économiquement. (Christophe Guilluy)

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