LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Alexandre Tharaud

Alexandre Tharaud, art poétique

27 min
À retrouver dans l'émission

Après d'envoûtantes chansons d'amour enregistrées avec Sabine Devieilhe dans un disque sorti le 11 septembre chez Erato, Alexandre Tharaud nous offre un autoportrait en forme d'album, "Le poète du piano" (Erato, 23 octobre). Une somme qui fait voyager à travers ses univers musicaux favoris.

Alexandre Tharaud
Alexandre Tharaud Crédits : Ullstein Bild - Getty

On joue la musique qui nous ressemble. (Alexandre Tharaud)

Nous retrouvions le phrasé et la sensibilité qui caractérisent le pianiste Alexandre Tharaud dans son album en duo avec Sabine Devieilhe, "Chanson d'amour", sorti le 11 septembre chez Erato. Aux côtés du timbre exceptionnel de la soprano qu'on ne présente plus, le musicien retournait à ses premières amours à travers les mélodies françaises de Fauré, Ravel, Debussy et Poulenc. C'est désormais un album introspectif, généreux et autobiographique que nous propose Alexandre Tharaud dans "Le poète du piano", un disque qui fait voyager dans son monde musical, en sélectionnant des œuvres tirées de trente ans de travail discographique.

Mon répertoire s’étend sur trois siècles, des compositeurs baroques aux compositeurs d’aujourd’hui. Je mets dans cette dernière catégorie des compositeurs de chanson, de jazz, bien que je ne sois ni un pianiste de chanson ni un pianiste de jazz. J’ai fait quelques pas de côtés pour le plaisir, et pour mieux me recentrer ensuite. Au départ, je suis un interprète de la musique classique, mais les chanteurs de la chanson française m’apprennent beaucoup. J’ai fait un disque en hommage à Barbara il y a quelques années, j’ai aussi travaillé avec des artistes comme Dominique A. (Alexandre Tharaud)

Alexandre Tharaud est né à Paris en 1968. Sa mère est professeurs de danse et il fait très jeune ses premières figurations dans des pièces de théâtres, goûtant au plaisir de la scène, une passion qui ne le quittera plus jamais. Il commence à l’âge de cinq ans le piano avec Carmen Taccon-Devenat, ancienne élève de Marguerite Long. Cette deuxième maman lui transmet beaucoup, et le piano devient son meilleur ami. Elle l'aide à entrer au Conservatoire de Paris à quatorze ans, où il suit les cours de Germaine Mounier. Mais c’est en sortant du conservatoire qu’il trouve sa propre voie. 

Le public m’est indispensable. Je pourrais arrêter le piano demain, mais je ne pourrais pas arrêter la scène. C’est pourquoi je suis un peu triste en cette période. Le public a cette importance essentielle dans ma vie. Je suis extrêmement réceptif à ce qu’il me renvoie. Parfois, j’ai l’impression que le public joue pour moi. Sur scène, vous êtes vivant. C’est comme la vie : l’émotion, l’échange, mais multiplié par mille. (Alexandre Tharaud)

Très vite, il découvre les joies de l’enregistrement lors d'un premier disque, jamais sorti, autour de Ravel, puis de plus en plus de disques pour de petites maisons. L’enregistrement devient un moment de bonheur qui complète celui, essentiel et premier, de la scène. Un rendez-vous immanquable avec lui-même, avec une maison de disque, avec des compositeurs qui lui sont chers. Il commence ainsi par enregistrer des œuvres mineures qu’il veut à tout prix défendre, qui le touchent, plutôt que des piliers du répertoire. A commencer par les grands noms de la musique française : Ravel, Poulenc, Raynaldo Hahn, Chabrier, Saint Saëns… Mais il refuse de se spécialiser, enregistrant plusieurs disques autour de Chopin et Bach, de la musique baroque, de la musique contemporaine… Jusqu’au CD de Rameau "Nouvelles Suites", qui fait décoller sa carrière, élargissant d’un coup son public et le propulsant à l’international, lui permettant de réaliser son rêve d’enfance de la scène, du contact avec le public.

J’ai découvert Rameau à l’adolescence sous les doigts de Marcelle Meyer. J’ai ensuit acheté les partitions pour clavecin et les ai travaillées sur mon piano moderne. J’étais profondément attiré par cette musique difficile. J’ai commencé à la jouer en concert et j’ai ressenti un public extrêmement silencieux, réceptif. Ce disque a fait basculer ma vie et, jusqu’à aujourd’hui, je n’ai cessé de jouer cette musique. (Alexandre Tharaud)

C'est toute cette diversité de près de trente ans de travail discographique, de 1991 à 2020, qui se retrouve aujourd'hui dans son album "Le poète du piano" : Poulenc, Chabrier, Saint-Saëns, Rameau, Scarlatti, en passant par la chanson française et son amour inconditionnel pour Barbara ou les musiques des films "India Song" et "Cinema Paradiso". Sans oublier les incontournables du répertoire pour piano, avec les Variations Goldberg de Bach ou le concerto n2 de Rachmaninov. Dans cet album, la moitié des pièces est tirée de la discographie déjà publiée d'Alexandre Tharaud, mais le reste est constitué de pièces jusqu'alors inédites, écartées des projets d’albums pour des questions de timing, enregistrées pour le plaisir lors de passages en studio. On peut citer par exemple la petite valse de 30 secondes que Poulenc avait écrite pour un foulard Balmain, qui est enregistrée pour la première fois. On trouve également quelques pièces signées de son nom et tirées d'un ensemble encore inachevé, Corpus Volubulis, autour de l'esprit de la danse. Alexandre Tharaud a aussi décidé de réenregistrer des titres dont il n'était plus satisfait : des pièces de Chabrier enregistrées il y a vingt ans, ou la "Gymnopédie n1" d'Erik Satie, jouée avec davantage de liberté qu'en 2009, pour n'en citer que deux. Cette somme réunie et minutieusement sélectionnée construit un album autoportrait touchant et singulier.

Je n’ai pas de piano chez moi, depuis près de trente ans de travail. Comme un vieux couple, il me prenait trop de place. J’ai besoin de sortir de chez moi pour travailler. Le piano, je l’ai en moi, on peut travailler sans le clavier. En mettant le piano à distance, on attise le plaisir. (Alexandre Tharaud)

Extraits sonores :

  • Alexandre Tharaud, "Le poète du piano", Rameau - Second livre de pièces de clavecin, Suite en mi, "Tambourin"
  • Alexandre Tharaud, "Le poète du piano", Mozart - Piano Concerto No. 9 in E-Flat Major, K. 271 'Jeunehomme'
  • Alexandre Tharaud, répétition du Concerto n5 pour piano de Bach à la Philharmonie
  • Barbara, noël 1965, au micro de Catherine Charbon
Intervenants
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......