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Signalétique de danger sur une porte de Pripiat (Ukraine)

Cap à l'Est : Benoît Vitkine, Guillaume Herbaut, Cédric Gras

1h13
À retrouver dans l'émission

Voyage en Russie désenchantée, de l'ère Poutine à Tchernobyl, en passant par le conflit en Ukraine. Avec Benoit Vitkine, lauréat du prix Albert-Londres de la presse écrite en 2019, Guillaume Herbaut, journaliste et photographe, et Cédric Gras, écrivain voyageur.

Signalétique de danger sur une porte de Pripiat (Ukraine)
Signalétique de danger sur une porte de Pripiat (Ukraine) Crédits : WIN-Initiative/Neleman - Getty

Benoît Vitkine est reporter spécialisé dans les pays de l’ex-URSS et de l’Europe de l'Est et correspondant du Monde à Moscou. Il a notamment couvert le conflit ukrainien, débuté au printemps 2014 : A la suite de la révolution de Maïdan à Kiev et de la victoire des pro-européens, le pays apparaît aux yeux du monde comme scindé entre loyalistes pro-Union Européenne, les « Ukr », et séparatistes pro-Russie, dans une guerre livrée à coups d’obus dans le sud-est du pays. Le Donbass fait partie des territoire à l’est du pays. Le quotidien de ses habitants, sur fond de bombardements, est au coeur de certains reportages de Benoît Vitkine. En février 2020, il publiait justement Donbass aux arènes, un roman noir dont le personnage principal, Henrik, ancien d’Afghanistan devenu policier, enquête sur le meurtre mystérieux d'un enfant, fait rare dans un quotidien pourtant marqué par la mort. Le biais de la fiction lui permet de saisir une autre dimension du conflit, plus subjective et plus humaine.

[Le roman permet de] rentrer davantage dans la psychologie de ces gens. Quand on va les voir sur le terrain, parfois avec Guillaume Herbaut, on s’intéresse à leur immédiateté, à ce qui leur arrive là, ce qu’on a sous les yeux : la guerre, la misère, le dénuement, le désespoir. Mais à cela s’ajoute une couche de traumatisme passé,  et un territoire qui porte un certain nombre de traumatismes.  
(Benoît Vitkine)

La photographie de guerre, ce [n’est] pas simplement photographier des moments tendus avec des gens qui courent avec des kalachnikovs, mais [c’est] aussi photographier le temps. Le temps qui s’arrête, l’ennui, le hors champ de la guerre.    
(Guillaume Herbaut)

Une démarche qui se rapproche en partie de celle de Guillaume Herbaut. Photojournaliste, il capture la situation ukrainienne depuis un premier voyage à Tchernobyl en 2001, des manifestations pro-européennes de Maïdan jusqu’à la guerre civile. Travaillant beaucoup sur le montage et sur ce que raconte le hors-champ, il s’inscrit dans une démarche quasiment littéraire, entre la matérialité de l’objet photographié et la mémoire ou l’existence qu’il porte avec lui. Pour exemple, sa série consacrée aux portes de Pripiat - une ville abandonnée car hautement radioactive- et à la mémoire des familles qui habitaient ces maisons.

Le mal du marché de la photographie, c’est qu’on n’est pas unis entre nous. Il n’y a pas d’interlocuteurs qui peuvent représenter le marché de la photo, contrairement au cinéma, contrairement à la musique. On devrait s’unir, créer un énorme syndicat.    
(Guillaume Herbaut)

[Tchernobyl], c’est une zone qui rend fou et qui vous montre vos limites.    
(Guillaume Herbaut)

Tchernobyl, c’est devenu une zone touristique. Ce n’est pas un lieu de mémoire, c’est un lieu de consommation.
(Guillaume Herbaut)

Enfin, l’écrivain voyageur Cédric Gras nous parle de son goût pour les steppes et de ses mésaventures de voyage. En avril dernier, il racontait dans Alpinistes de Staline (stock, 2020) l’histoire des frères Vitali et Evgueni Abalakov, qui grimpèrent les plus hauts sommets pour la gloire du communisme soviétique, avant de tomber en disgrâce. En 2016 déjà, son roman Anthracite nous livrait le récit d’un road trip à travers cette région minière. L’occasion d’explorer, là-encore par le biais de la fiction, les enjeux d’un conflit aux motivations complexes.  

L’Est, et ce qu’on peut appeler l’Eurasie, est beaucoup plus absent de notre quotidien. […] C’est une région du monde qui ne fait pas partie des tropismes occidentaux. Ce n’est pas par là qu’on dirige ses pas pour les vacances.  
(Cédric Gras)

Extraits sonores : 

  • Christoph Wiesner (Le point, "Paris Photo 2015 - Le Point vous fait visiter la première foire de photographie au monde")
  • Stalker (Andreï Tarkovski,1979)
  • Extrait de la série Chernobyl (Hildur Guðnadóttir, 2019)
  • "Dreamland" (Glass Animals, Dreamland, 2020)
  • Nicolas Bouvier (France Culture, "Du jour au lendemain - Dans la bibliothèque de Jacques Meunier avec Nicolas Bouvier", 18/01/1992)
  • Emmanuel Carrère (France Culture, La Grande table, 11/10/2018)
  • "La chanson d’Ania", extraite du film Retour à Kotelnitch (Emmanuel Carrère, 2003)
  • Chanson "Beatnik" ((cover de Victor Tsoï) du film "Leto" (Kirill Serebrennikov, 2018)
  • Extrait de Donbass (Sergei Loznitsa, 2018)

Chroniques

13H50
9 min

Un voyage : la Seine et nos amours

Rediffusion
L'ombre de Dieu (Troyes)

Bibliographie

"Donbass" (Les Arènes, 2020)

DonbassBenoît VitkineLes Arènes, 2020

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