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Christiane Taubira

Christiane Taubira, le roman de la Guyane

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Christiane Taubira, ancienne Garde des Sceaux et femme bercée de littérature depuis sa tendre enfance guyanaise, revient à ses premières amours avec l'écriture de son roman : "Gran Balan", publié chez Plon.

Christiane Taubira
Christiane Taubira Crédits : Joel Saget - AFP

Christiane Taubira est née en 1952 à Cayenne, et c'est dans cette Guyane natale que son roman Gran Balan nous plonge. Histoires croisées de ces jeunes face à la justice, de ces mères créoles éblouissantes, de ces éducateurs engagés, mais aussi tableau de la ville tricontinentale de Cayenne ou de la forêt amazonienne, c'est toute la Guyane qui est convoquée dans ce roman, mais aussi les questionnements du monde d'aujourd'hui. 

On s’ouvre au monde en étant pleinement présent chez soi, en y entendant toutes les résonances du monde. Depuis très longtemps, je voyage, j’ai tout le bagage de la terre qui m’a vu m’éveiller, et j’ai une porosité au monde. Mes personnages et situations sont très guyanais, mais la réflexion est celle d’une jeunesse, d’une génération.      
(Christiane Taubira)

Après plusieurs essais à succès, comme L'Esclavage raconté à ma fille, ouvrage revenant sur une période sombre de l'histoire à l'origine du racisme contemporain ; Mes métérores, mémoires d'une femme politique et de ses combats ; ses Murmures à la jeunesse pour redonner à la nouvelle génération l'espoir ; Nuit d'épine ou encore Baroque Sarabande, pour laquelle nous la recevions à la Grande Table en mai 2018, c'est par la forme du roman que Christiane reprend la plume.

Dans ce roman, on retrouve des thèmes chers aux combats politiques de l'ancienne Garde des Sceaux : un souci de dire l'histoire de l'esclavage d'hier avec des mots d'aujourd'hui, une attention aux plus démunis, aux exclus d'une société guyanaise fragmentée, une ode aux femmes qui construisent notre monde et, surtout, de nouveaux murmures à cette jeunesse troublée. 

Le roman permet une polyphonie, des regards différents. L’interrogation que je pose sur le fonctionnement de la justice est la suivante : est-ce que la justice peut s’exonérer des impuissances publiques, des dysfonctionnements de notre société ?      
(Christiane Taubira)

Les femmes ont fabriqué les destins d’hommes. Je suis la première femme députée de Guyane, mais le plus grave est que je sois la première femme candidate de Guyane. La société est taillée par les femmes, tout le creusement et l’édification sont faits par les femmes.      
(Christiane Taubira)

L’identité, pour moi, c’est la chose la plus hospitalière possible. Je n’existe que s’il y a tu, que s’il y a nous. Et ce n’est pas nous contre les autres. Pour entrer en relation avec l’autre, il faut savoir qui je suis.      
(Christiane Taubira)

Gran Balan, c'est une grande fresque sociale sur la Guyane d'aujourd'hui à travers le portrait de personnages touchants, comme Kerma, simple employé pris malgré lui dans une tragique affaire de braquage et de meurtre et se retrouvant face à une justice dont il ne saisit pas les codes, ou encore Pol-Alex, un éducateur consacrant toute son énergie à dialoguer avec la jeunesse perdue. C'est là le cœur du roman : s'adresser "à cette jeunesse dont on obstrue l'horizon", comme le formule la dédicace.

Au détour de ces trajectoires plurielles incarnant les impasses d'une génération, c'est toute l'histoire de cette terre qui est convoquée, et notamment son passé colonial. Aussi la figure de l'esclave marron ayant fui son maître traverse-t-elle le roman, l'ombre de ce passé pesant encore et toujours sur une société qui n'est pas encore guérie de ses blessures. Mais face aux difficultés - le chômage, le racisme, le manque d'infrastructures et d'accès à son propre territoire, - cette jeunesse porte en elle une force, celle de pouvoir contrôler son propre sort, comme le dit l'expression créole d'une personne "à gran balan".

Il y a un voyage qui s’effectue entre le français et le créole. Les langues sont profondément ancrées dans leur lieu. On ne parle pas français à Cayenne comme on parle français à Paris. J’ai tenu à donner hospitalité à tous ces langages-là. (...) Je crois profondément que la francophonie est polyglotte. Partout où la langue française s’est aventurée avec la colonisation, c’est une installation douloureuse mais polyglotte : elle entre en contact avec des langues natives. La francophonie vit et vibre au contact du pluralisme.      
(Christiane Taubira)

Extraits sonores :

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