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Michel Hazanavicius lors du 72ème festival de Cannes en 2019
Épisode 3 :

Michel Hazanavicius : "Ce qu'on est en train de vivre ce n'est pas anodin. Il y a quelque chose qui va ressortir"

29 min
À retrouver dans l'émission

Le cinéma français a-t-il les moyens d'être résiliant? Quelles sont les failles que la crise a mises en lumière? On en parle aujourd'hui avec notre invité : le cinéaste Michel Hazanavicius, Oscar 2012 du meilleur réalisateur pour "The Artist" et président de la Fémis.

Michel Hazanavicius lors du 72ème festival de Cannes en 2019
Michel Hazanavicius lors du 72ème festival de Cannes en 2019 Crédits : LOIC VENANCE / AFP - AFP

Le parcours de Michel Hazanavicius n'est pas des plus ordinaires: d'abord passé par Canal comme gagman à la fin des années 1980, avant de goûter au montage avec La Classe Américaine en 1993, c'est en 1999 qu'il réalise Mes amis, son premier long-métrage. Le film est un échec; Michel Hazanavicius se tourne alors vers la publicité et travaille comme scénariste. 

Ce n'est qu'en 2006 qu'on le retrouve à nouveau comme réalisateur pour son deuxième long-métrage: OSS 117 : Le Caire nid d'espions. Puis viennent OSS 117 : Rio ne répond plus (2009) et, surtout, The Artist (2011), qui lui vaut notamment cinq Oscars, parmi lesquels ceux du meilleur réalisateur et du meilleur film. 

Son dernier film, Le Prince Oublié, avec Omar Sy et Bérénice Bejo, raconte l'histoire d'un père aux prises avec sa petite fille qui grandit et commence son entrée dans le monde de l'adolescence.  

Mon métier me permet d'inventer des histoires, de les concevoir dans les moindres détails. Il y a quelque chose de psychopathe là dedans, le jeu prend une dimension monomaniaque. C'est génial pour l'imaginaire, c'est un vrai jeu à grande échelle.
(Michel Hazanavicius) 

Michel Hazanavicius considère que ce que nous sommes en train de vivre produira nécessairement des effets que nous ne pouvons pour le moment pas observer. 

Ce qu'on a vécu, ce qu'on est en train de vivre, ce n'est pas anodin, il y a quelque chose qui va ressortir, j'en suis persuadé.
(Michel Hazanavicius)

Pour autant, ce dernier estime qu'au delà de cet évènement inédit, notre époque se caractérise par un état de transitions permanent. Ce qui permet alors de voir la crise du Covid-19 comme la continuité d'un état du monde déjà en place depuis plusieurs décennies. 

Je pense que la révolution est perpétuelle. On est tout le temps en période de transition. (...) Chaque époque a sa transition. Cela fait longtemps que les gens ne meurent plus dans le même monde que celui dans lequel ils sont nés.
(Michel Hazanavicius)

Concernant l'état du cinéma et les nouveaux défis auxquels l'industrie va devoir faire face, le président de la Fémis (l’Ecole nationale supérieure des métiers de l’image et du son) rappelle que le cinéma a de tout temps fait face à des crises, et que sa force réside justement dans sa capacité à s'adapter. Aujourd'hui, le défi est celui posé par le numérique, et notamment les plateformes de streaming. 

Le cinéma a toujours réussi à s'adapter aux nouvelles technologies. Le cinéma est en crise depuis son invention. Il est en toujours en crise (...) La place du cinéma va peut-être être différente. On va acter le fait que les grands diffuseurs sont américains et numériques, et il va falloir que les gens qui fabriquent les films s'adaptent à cela.
(Michel Hazanavicius) 

Quand on interroge enfin Michel Hazanavicius sur la place qu'a le cinéma dans la crise que nous traversons, il ne surinterprète pas son rôle et préfère voir dans la fonction du 7ème art quelque chose qui, souvent, nous échappe. 

Je crois qu'il ne faut pas trop en attendre du cinéma, le cinéma n'apporte pas de réponse. Mais j'imagine la chose à l'envers : essayons d'imaginer un monde sans cinéma, sans films... Ce ne serait pas le même monde. Donc, oui, il a un rôle à jouer, peut être comme le disait Godard : on ne le voit pas toujours ce rôle, il n'est pas toujours perceptible.   
(Michel Hazanavicius)

A noter que Le Prince Oublié, son septième long-métrage, est disponible en vidéo à la demande depuis le 8 avril. Et le 28 mai prochain sort aux éditions Allary le livre La Classe Américaine, qui reprend le scénario du détournement qu'il avait réalisé en 1993 avec Dominique Mézerette...

Extraits sonores: 

  • Bande-annonce du film Le Prince oublié de Michel Hazanavicius (2019)
  • Jean-Luc Godard au micro de Thierry Ardisson dans son émission Bains de minuit (archive INA, 25 décembre 1987)
  • Extrait de La Classe Américaine de Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette (1993)
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