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Claire Denis à la Cérémonie de clôture du Festival de Venise 2020

Claire Denis, radioscopie

28 min
À retrouver dans l'émission

Cinéaste iconoclaste, Claire Denis prépare son prochain film, une plongée dans l'univers radiophonique réunissant Juliette Binoche et Vincent Lindon. L'occasion d'évoquer avec elle son rapport singulier au son, du silence de l'espace dans "High Life" à la BO des Tindersticks qui l'accompagnent.

Claire Denis à la Cérémonie de clôture du Festival de Venise 2020
Claire Denis à la Cérémonie de clôture du Festival de Venise 2020 Crédits : Stephane Cardinale - Corbis / Contributeur - Getty

La scénariste et réalisatrice Claire Denis est notre invitée. De son premier long-métrage, échappée africaine aux accents autobiographiques, "Chocolat" (1988), au récent _"High Life_" (2018) réunissant à l'écran Robert Pattinson et Juliette Binoche pour un huis-clos spatial, le cinéma de Claire Denis demeure résolument libre. 

Le tournage avec Robert Pattinson et Mararet Qualley de "The Stars at Noon", une adaptation du roman de Denis Johnson plongeant dans le Nicaragua des années 1980 a dû être reporté. Pas de quoi décourager Claire Denis qui prépare aujourd'hui un nouveau film tourné en France et qui réunira Juliette Binoche et Vincent Lindon pour la première fois à l'écran. Le son y occupera une place particulière, cette fois-ci autour de la fabrique de la radio, et une partie de l'action se déroulera à la Maison de la Radio.

J'aime beaucoup la Maison de la Radio, sa forme, ce qu'elle représente. Je ne la vois pas en images, c'est un univers dans lequel on peut se perdre, il y a de la place pour la pensée. Je le vois comme un lieu assez magique ; (...) un studio de radio n'est qu'ouverture, c'est d'abord l'histoire des ondes qui partent vers les antennes, c'est comme une station spatiale, ça émet. (Claire Denis) 

A la radio, il y a les silences, les respirations, l'hésitation aussi. Parfois, la réponse à la question ne jaillit pas de suite, il faut la chercher en soi. A la radio, on entend les gens penser. (Claire Denis)

L'occasion de revenir sur la relation particulière que Claire Denis entretient aux sons, la musique intérieure qu'elle met en images. Du groupe britannique "Tinderstick" et leur chanteur Stuart Staples, à l'origine de la plupart de ses Bandes-originales depuis 1996, à la texture sonore de l'espace dans "High Life", de la matière des silences aux mélodies qui l'inspirent, radioscopie de son imaginaire musical. 

La musique, si elle vient pour renforcer quelque chose qui est déjà là, alors elle illustre, et c'est tragique pour le film, ça l'efface. Alors que si le musicien, la musicienne, sont émus par quelque chose dans le film, ils composent autour du film, ils tirent le film vers le haut. (Claire Denis). 

Claire Denis, c'est aussi la cinéaste des corps, du corps désirant d'Isabelle dans " Un beau soleil intérieur " (2017) à l'animalité des joutes qui opposent Galoup et Sentain dans " Beau Travail " (2000), en passant par l'érotique sanglante de "Trouble Every Day" (2001). Sans filtre, son cinéma saisit les corps de ses personnages traversés par la fureur de la vie, jusque dans ses retranchements, aux lisières de la mort.  

Je crois que ce qui est important dans un film n'est pas tant la technique mais comment s'approcher des personnages du film, les rendre inoubliables, beaux, vivants, et accompagner leur émotion. C'est le travail du cinéma (Claire Denis). 

A noter, son premier film "Chocolat" (1988) est à voir cette semaine sur la plateforme MK2 Curiosity, quant à "High Life" récemment diffusé sur Arte, il est à retrouver en VOD sur Arte.tv

Extraits sonores: 

  • Module réalisé par Thomas Beau
  • Jim Jarmush pour l'émission Personne n'est parfait (6 oct 1999) 
  • Mustang, Memento Mori (Nouvel album à paraître au printemps 2021, chez Sony Musique, label Prestige Mondial) 
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