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Jean Echenoz

Echenoz, biographe de l’ordinaire

27 min
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Comment mêler l'intrigue du roman noir au destin d'un anti-héros? Jean Echenoz, écrivain et auteur de la "Vie de Gérard Fulmard" (Minuit, janvier 2020), une enquête loufoque qui revisite les codes du roman feuilleton.

Jean Echenoz
Jean Echenoz Crédits : JNS / Contributeur - Getty

Jean Echenoz déjà couronné des prix Goncourt et Médicis revient en cette rentrée littéraire hivernale raconter la Vie de Gérard Fulmard. Cette vie est une petite histoire qui passe juste à côté de la grande. Fulmard est un personnage qui a traversé des événements sans à aucun moment les marquer de son empreinte. 

Quand je m’occupais de personnages réels j’étais soumis à la contrainte de la fidélité biographique. Le travail pour moi consiste à rendre un personnage de fiction aussi attachant qu’un personnage réel. Il me semble que les personnages auxquels on s’attache sont des personnages un peu ternes, négatifs, un peu mauvais, ils sont par nature plus attrayants que les personnages positifs, qui m’ennuient un peu.                              
(Jean Echenoz)

Echenoz revendique être inspiré par le polar et la série noire. Comme son texte précédent, Envoyée spéciale, ce dernier ouvrage reprend et détourne les codes du roman feuilleton. Echenoz substitue à la logique implacable du polar un récit fait d’esquisses, de détours et de bifurcations. Sans être dans la parodie ou le pastiche cet ouvrage joue avec drôlerie des motifs récurrents de l'enquête policière.

Je ne m’amuse pas en écrivant, je ne me suis jamais surpris à rire. C’est plutôt un sourire attendri. C’est une chose que l’on prend au sérieux, c’est un corps à corps entre moi et le personnage.                            
(Jean Echenoz)

Dans une formation politique dans laquelle Fulmard se trouve entraîné, la Fédération populaire indépendante, l'auteur explore avec une distance amusée les scènes de drame, les passions, les luttes internes pour le pouvoir et les rivalités propres à la vie politique.

J’ai été un grand lecteur de série noire dans les années 1970, cela comblait quelque chose qui me manquait dans la production de l’époque. Le système du roman noir me parait toujours très fertile quand on a envie de raconter des histoires, il y a des enjeux, la possibilité des tresser des paysages, des décors, c’est une forme riche.                              
(Jean Echenoz)

La rue principale du récit est l'occasion pour Echenoz de reprendre le thème cher à Jérôme Garcin des vies brèves. En effet, parmi les morts précoces de la rue Erlanger on compte celle de Renée Hartevelt, dévorée par le cannibale  japonais Issei Sagawa (événement décrit par Nicole Caligaris dans Le paradis entre les jambes) ou encore celle de Mike Brant. Dans les deux cas, l’auteur passe à côté de l’histoire collective, il en est spectateur, acteur parallèle par l’écriture. Les deux fois sa mère voit les faits, particulièrement lorsque Mike Brant manque de l’écraser dans sa chute.

Il y a beaucoup de lieux qui peuvent déclencher des idées de fiction. Cette rue Erlanger, c’est comme si elle produisait du fait divers, son apparence est pourtant à l’opposé du fait divers, elle est très calme et très banale, et pourtant elle produit de l’accident.                              
(Jean Echenoz)

Extraits sonores:

  • Bande-annonce du film Polar (1984) de Jacques Bral.
  • Extrait du Concerto pour piano en Sol Majeur de Maurice Ravel par l'Orchestre de Paris et le pianiste Javier Perianes  sous la direction de Josep Pons.
  • Jean Pierre Manchette définit le polar, 19 octobre 1983, archive INA.

Bibliographie

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