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Eric Fottorino

Eric Fottorino, s'il n'en fallait qu'1

27 min
À retrouver dans l'émission

Premier invité de l'année : Eric Fottorino, journaliste ayant co-fondé, après sa carrière au Monde, plusieurs journaux dont "Le 1". C'est comme écrivain que nous le recevons aujourd'hui, pour "Marina A.", un livre qui explore la rencontre d'un homme avec l'artiste performeuse serbe Marina Abramovic.

Eric Fottorino
Eric Fottorino Crédits : JOEL SAGET - AFP

De son premier article, paru en 1981 alors qu'il était encore étudiant, jusqu'à son départ, en février 2011, c'est toute une carrière de grand reporter, de voyages, de rencontres, de restructuration du journal et de postes de direction qu'Eric Fottorino a connu au journal Le Monde. Une trajectoire qu'il raconte dans Mon Tour du Monde (Gallimard, 2012).

C'est ensuite vers d'autres projets qu'il se tourne, parmi lesquels l’hebdomadaire Le 1 dont le premier numéro paraît en avril 2014. Un journal innovant tant par sa forme que dans le fond : le traitement d'un sujet unique, éclairé par des points de vue variés, sur une seule feuille de papier repliée sur elle-même. En mars 2017, il lance avec François Busnel le magazine trimestriel America, qui analyse les États-Unis durant la présidence de Donald Trump, et dont le 16e et dernier numéro sera publié ce mois-ci. En mars 2019, il lance la revue Zadig, un trimestriel consacré à la France d'aujourd'hui, qui rassemble journalistes, historiens et romanciers. Ajoutons à cette liste la revue Légende, dont le premier numéro, consacré à Zinédine Zidane, est paru l'été dernier. 

Mais c'est en tant que romancier que nous le recevons aujourd'hui. Dans Marina A. (Gallimard, janvier 2021), il raconte une rencontre singulière : celle d'un médecin à la vie bien rangée, Paul Gachet, avec la performeuse serbe Marina Abramovic. Alors que le personnage emmène sa femme Maud et sa fille Lisa à Florence lors des vacances de Noël en 2018, leur séjour est perturbé par la rencontre avec cette artiste lors de l'exposition "The Cleaner" au Palazzio Strozzi. Explorant la représentation de la douleur, la souffrance physique et psychologique du corps en repoussant toujours ses limites, cette femme bouleverse tous les repères de Paul Gachet. De retour à Paris, il ne peut oublier ce regard, cette démarche.

Elle nous attire vers un partage, une empathie, parce qu’elle exerce une violence, mais qui est toujours réparée. (Eric Fottorino)

J’ai essayé d’imaginer quelle fiction je pouvais construire pour raconter cette fissure intérieur. L’art peut venir vous chercher au plus profond de ce que vous rejetez. (Eric Fottorino)

En 2020, alors qu’éclate la pandémie, le hasard lui fait à nouveau croiser l'art de Marina Abramovic. Et dans le contexte actuel, ses performances artistiques prennent un sens nouveau, comme une incitation à protéger l’autre, à se rendre attentifs aux corps vulnérables de ceux qui nous entourent.

Il découvre finalement la générosité fondamentale qui anime le travail de Marina Abramovic : loin de la vision caricaturale qu'il avait au départ, celle d’un art exhibitionniste ou macabre, le personnage principal accède au sens profond de cette démarche artistique. Il se retrouve face à une artiste qui ne se blesse que pour rendre attentif aux blessures de l’autre, pour se rendre sensible à la fragilité des hommes.

La lumière de l'autre dans sa différence, c'est ce qui nous manque le plus. (Eric Fottorino)

Extraits sonores :

  • Marina Abramovic, L’atelier intérieur, décembre 2013, "Marina Abramovic – être au présent"
  • Esther Ferrer, extrait de sa performance « Encore une performance ?! » le 12/10/2010 au Centre Pompidou
  • Nathalie Léger à La Grande Table en 2018
  • Drake,"Laugh now cry later" (feat.Lil Durk), extrait de l'album à paraître en janvier "Certified Lover Boy" (Label Ovo Sound)

Bibliographie

couverture

Marina A.Eric FottorinoGallimard, 2021

Intervenants
  • Journaliste, écrivain fondateur et directeur de la publication du Journal Le 1, ancien dirigeant du Monde
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