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Fabienne Verdier

Fabienne Verdier, de Cézanne à Soulages

26 min
À retrouver dans l'émission

"Questionner les formes que nous avons sous les yeux" : ainsi l'artiste Fabienne Verdier définit-elle la peinture, à l'occasion de sa rétrospective "Sur les terres de Cézanne" au Musée Granet d'Aix-en-Provence (jusqu'au 5 janvier 2020).

Fabienne Verdier
Fabienne Verdier Crédits : Gerard Mortier - AFP

A nos auditeurs. Le son de cette émission n'étant exceptionnellement pas disponible suite à un mouvement de grève, pour accéder à l'intégralité de l'émission en vidéo, cliquez ici - ou regardez la vidéo en bas de cette page.

Du 21 juin au 5 février 2020, le Musée Granet expose « Fabienne Verdier. Sur les terres de Cézanne ». Cette première grande rétrospective de l’artiste en France comprend la sélection d’une cinquantaine d'oeuvres monumentales, incorporant son travail récent sur la Montagne Sainte-Victoire, engagé depuis 2017. Ce travail considérable, "du domaine de l'anéantissement", comme elle le dit, a représenté pour l’artiste une sortie de l’atelier éprouvante, puisqu’il a fallu se frotter aux éléments autant qu’à l’aura de Cézanne. Bruno Ely, conservateur de l’exposition et directeur du Musée Granet, est l’instigateur de cette  entreprise de deux ans.  

Le fait d'aller se perdre dans la montagne, de se mettre en immersion, de sortir des murs clos de l'atelier, de se connecter aux forces, à l'oeuvre de la nature, et d'essayer de comprendre ce qui se passe derrière le voile du réel... Se confronter à ces turbulences, à ces phénomènes... Je pense que peindre, comme le rappelle Georges Didi-Huberman n'est pas que dépeindre, comme écrire n'est pas que décrire.            
(Fabienne Verdier)

Née en 1962 à Paris, Fabienne Verdier a coutume de dire que c'est l'art qui a donné un sens à sa vie. À l'âge de six ans, son père lui apprend la peinture. Après un passage aux Beaux-Arts de Toulouse, l'artiste est restée dix années à Chongqing, pour apprendre l'art de la calligraphie auprès de Huang Yuan, et du graveur de sceaux Cheng Yun. De retour en Europe, elle s'est consacrée à la mise en dialogue de son travail avec les maîtres du passé autant qu'avec les autres arts. En témoignent notamment la grande exposition qu'elle présenta à Bruges, hommage aux maîtres flamands, ou encore, son travail à la Julliard School de New York ces dernières années, où on l'a vue expérimenter un mode de création qui convoque simultanément peinture et musique.

J'ai eu la chance inouïe de pouvoir travailler avec Kenny Burrell [...] Comment arriver à partager nos expériences ? Le jazz est une expérience extraordinaire, parce qu'il y a le sens du groupe, et le groupe m'a sortie de ma solitude de peinture, et j'ai essayé d'échanger de manière spontanée, dans la fulgurance, des émotions et des choses d'une grande profondeur, sans passer par le langage des mots.            
(Fabienne Verdier)

Elle évoque avec nous la rudesse extrême des conditions de travail, alors qu'elle avait installé aux abords de la Montagne Sainte-Victoire un "atelier-nomade" de plus de trois cents kilos, monté à dos d'âne. C'est là qu'elle a appris à composer avec les éléments, dans la continuité d'un travail qui met à nu la parenté des structures qui composent le réel. Ainsi l'arborescence que trace le vent dans la peinture encore sèche lui semble-t-elle la même que celle du paysage aixois. Pour ce faire, elle a fait le choix du noir, une couleur dont Pierre Soulages avait révélé les potentialités lumineuses. C'est au "peintre de l'outrenoir" que le Musée du Louvre consacre en effet une exposition à partir du 5 décembre 2019.

J'ai beaucoup d'admiration pour les artistes qui, justement, osent faire un pas de côté par rapport au discours scientifique. Et Soulages fait un pied-de-nez aux scientifiques qui disaient que d'un corps de matière picturale noire ne pouvait se réfléchir aucune radiation visible de lumière. On sait que le pigment noir dévore, absorbe, tous les photons qui tombent sur lui. Donc les scientifiques parlaient d'une non-couleur. En donnant [...] un corps-relief à sa matière picturale, il trouve le moyen de réfléchir, de renvoyer les variations de lumière.            
(Fabienne Verdier)

Extraits sonores : 

  • François Cheng citant Rilke au sujet de Cézanne (Conférence du vendredi 5 novembre 2010 au Collège des Bernardins)
  • Improvisation jazz extraite d’une vidéo où l’on voit Fabienne Verdier peindre à côté d’un quartet de jazz à la Julliard School (Vidéo "BloomingYou", 7 mars 2018)
  • Le choix en peinture selon Pierre Soulages (INA, ORTF, 16 mars 1968)
  • Christian Bobin au sujet de son livre Pierre (Gallimard, 2019 - "Boomerang", France Inter, 4 octobre 2019)

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