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 Florence Cestac PARIS 2013

Florence Cestac, illustratrice libérée pour BD confinée

27 min
À retrouver dans l'émission

Entrée en résistance, avec l'auteure incontournable de la bande-dessinée, Florence Cestac qui, en soutien aux librairies, se retire du programme " L'année de la BD " du Ministère de la Culture dont elle était l'une des quatre marraines.

 Florence Cestac PARIS 2013
Florence Cestac PARIS 2013 Crédits : Eric Fougere / Contributeur - Getty

Du farfelu Harry Mickson à la battante Noémie de la série incontournable " Les Démons ", en passant par des œuvres aussi engagées que " Des Salopes et des anges " (Dragaud, 2010) ou la série plus intime " Filles des Oiseaux ", la créativité de Florence Cestac n'a jamais tari. En 2000, elle remporte le Grand Prix d'Angoulême, seule femme à l'époque à obtenir ce titre après Claire Brétécher en 1982.

Elle revient en janvier prochain avec un nouvel album, Un papa, une maman, une famille formidable (la mienne) (Dragaud, janvier 2020). Elle y met en bulles les Trente Glorieuses dans lesquelles elle a grandi, son bestiaire - entre la cuisine en Formica et la dernière Déesse -, mais aussi ses contradictions, ses carcans, ses silences et le poids d’une éducation dont elle s’est sauvée grâce à la bande-dessinée. 

Une famille formidable, au second degré, c’est la famille patriarcale, avec le père qui commande et qui travaille. Dans la première case, il y a mon père qui est à table et qui dit « Si je me suis marié, c’est pour me faire servir ». Tout est dit dans cette phrase. Ma mère a toujours été femme au foyer, à s’occuper de la maison, des enfants. Ma voie, c’était ça, trouver un bon mari, apprendre à tenir une maison et, surtout, ne rien faire d’autre. (Florence Cestac) 

Florence Cestac pour La Grande Table
Florence Cestac pour La Grande Table Crédits : Florence Cestac

Cette époque qu’elle croque avec tendresse mais lucidité, c’est aussi celle, plus intime, d’une enfance marquée par un père incapable d’affection. Cette "misère affective", elle l’a fuie par le dessin, une créativité que sa mère a su nourrir. Avec ce témoignage, Florence Cestac explore "comment un père fabrique la résilience de sa fille". 

Ma mère m’a transmis le côté artistique, elle savait tout faire de ses mains, elle se réfugiait dans son monde, la couture, le bricolage. Elle m’a tout appris de la façon de faire les choses. Avec mon père, c’était horrible, je me suis toujours demandée pourquoi mon père a fait des enfants, on ne l’intéressait jamais, il s’intéressait plus à son chien qu’à nous. Il fallait fuir cette famille, c’est que j’ai fait en demandant à aller en pension à 12 ans. Depuis, je n’ai jamais rejoint la famille : je me suis débrouillée toute seule, j’ai fait mon chemin. (Florence Cestac)

Son camp, Florence Cestac l’a choisi tôt. Plutôt que d’en pleurer, elle a toujours pris le parti d’en rire : du rire tendre à l’humour vache, de l’acide lucidité au franc éclat de rire, ses personnages, aux « gros nez » reconnaissables entre tous, nous embarquent depuis les années 1970 dans un univers aux formes tout en rondeurs mais bien affuté. Primée par deux fois de l'Alph'art de l'humour à Angoulême, pour " Les vieux copains pleins de pépins " en 1989 et en 1997 pour "_Le Démon de mid_i ", elle croque le monde, ses petitesses, ses travers mais aussi sa poésie.

Bien sûr que dans mon prochain album, il y aura « des gros nez », c’est ma marque de fabrique, c’est l’influence de mes lectures de jeunesse, c’est un tic graphique, qui indique qu’on va plutôt en rire qu’en pleurer. (…) Oui, le rire peut nous sauver de tout, j’ai toujours avancé avec le nez de clown, en faisant le clown, c’est comme ça que je m’en suis sorti. J’aime parler de choses graves, importantes, mais en les tournant en dérision. Mon dessin, avec ce côté rond, permet de dire beaucoup plus de chose qu’un dessin réaliste. (Florence Cestac)

Cette liberté dont elle entretient le goût, Florence Cestac avoue en être durement privée : elle qui s’accoude chaque matin au comptoir d’un café, attrapant d’une oreille attentive ces petits riens qui font tout, se dit bien démunie face à la fermeture de son pain quotidien, le cinéma qu’elle fréquente assidument, les cafés où elle puise l’inspiration. 

Oui, aujourd’hui j’ai toujours des choses à dire mais c’est n’est pas toujours facile de les exprimer. Il faut avoir le cœur à ça, et il y a des jours où ça ne vient pas, c’est bloqué. On cherche, on gomme, on refait. En ce moment, ça ne vient pas tout seul. D’habitude, quand ça ne vient pas, je sors, je vais me promener, je vais au cinéma, voir une expo, mais là, je dois me dire « Allez, on y va », ce n’est pas facile ! (Florence Cestac)

Marraine du programme " L'année de la BD " aux côtés de Catherine Meurisse, Jul et Régis Loisel, ils claquent collectivement la porte de l'évènement le 31 octobre dernier : " Vous les fermez? On la ferme " signent-ils dans un communiqué en soutien aux librairies. 

L’importance des librairies indépendantes pour les auteurs, les éditeurs, - notamment de bande-dessinées, secteur en essor mais polarisé entre quelques grands noms et pléthore d’artistes que les conseils du libraire permettent de découvrir, Florence Cestac le connaît bien : en 1972, elle fonde Futuropolis, la première librairie de bande-dessinée à Paris devenue une maison d’édition engagée pour la bande-dessinée d’auteur. En se retirant du programme du Ministère de la Culture, c’est une résistance contre ce qu’il convient désormais d’appeler « une mascarade » que Florence Cestac et ses comparses de crayon s’élèvent. 

Extraits sonores: 

  • Joann Sfar au micro d'Augustin Trapenard (Boomerang, France Inter 30 oct. 2020) 
  • Claire Brétecher, au micro d'Harold Portnoy (Le temps libre, France Culture, 19 janvier 1974) 
  • "Rissala" de Nesrine, Premier Album solo sorti le 30 octobre
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