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Frederick Wiseman à la 75ème édition de la Mostra de Venise (2019)
Épisode 4 :

Frederick Wiseman : "Avec les mesures de distanciation sociale, je ne peux plus filmer comme avant"

28 min
À retrouver dans l'émission

Il filme depuis plus de cinquante ans les institutions et ceux qui les habitent : un hôpital, la Comédie-Française, une école... A 90 ans, le réalisateur de "Titicut Follies" prend encore le temps d'écouter ce que le réel a à nous dire. Frederick Wiseman est notre invité.

Frederick Wiseman à la 75ème édition de la Mostra de Venise (2019)
Frederick Wiseman à la 75ème édition de la Mostra de Venise (2019) Crédits : Elisabetta A. Villa / Contributeur - Getty

La plateforme de VOD UniversCiné proposait de voir ou de revoir son œuvre pendant le confinement : Frederick Wiseman, considéré comme l'un des maîtres incontestés du cinéma direct, est notre invité. 

Lui qui s'est fait connaître grâce à un premier documentaire, Titicut Follies (1967), où il montrait le fonctionnement d'un asile, filme depuis 55 ans le quotidien des Américains, entre sujets difficiles (Near Death (1989), qui pénètre une unité de soins intensifs), et documentaires plus légers (Boxing Gym (2009), sur une salle de boxe où se côtoient des pratiquants de tous les horizons). Amateur de théâtre, il fait aussi des détours par Paris et réalise La Comédie-Française ou l'amour joué (1995), La Danse, le ballet de l'Opéra de Paris (2008) et Crazy Horse (2010).

A 90 ans, et juste avant ce basculement mondial provoqué par la pandémie du Covid-19, il terminait l'étalonnage de son 46e documentaire, un film dédié à l'hôtel de ville de Boston, sa ville d'origine. L'occasion pour lui d'établir une comparaison entre le maire de cette municipalité – soucieux d'aider les plus démunis - et le Président des Etats-Unis, Donald Trump, dont les paroles et les actes, nous dit F. Wiseman, n'ont fait qu'empirer la situation au lieu d'apporter des solutions.  

(A l'hôpital Beth Israël de Boston à l'époque du film "Near Death"), c'était un fonctionnement démocratique, tout le monde participait à la décision : le médecin, le malade, la famille. (...) Avec le virus, on ne peut pas faire ça : la famille ne peut pas participer.      
(Frederick Wiseman)

Confiné en France, non loin de Bergerac, il a profité de ce hors temps pour, dit-il, lire les livres qu'il avait envie de lire et voir les films qu'il avait envie de voir, ceux des frères Marx en tête. 

Pour lui, il n'est désormais plus possible de tourner un film comme on le faisait avant l'épidémie. Pour éviter l'occasion manquée, Frederick Wiseman avait pour habitude de ne jamais cesser de filmer. En petite équipe, il valorisait le zoom et les longs plans séquence, passant ensuite des heures à visionner ses rush car, précise-t-il, c'est lors du montage qu'il donne forme et sens au film – sa méthode étant celle du "montage mosaïque", qui consiste à construire un assemblage de séquences dont la structure est "fictionnelle". Ainsi sa démarche est-elle très semblable à celle de l'écrivain, dans le sens où, si il filme le réel, le résultat final découle aussi d'une réécriture.

Quand je tourne, je pense que je fais des scènes de fiction : tout est très subjectif, tout est arrangé, tout est très monté. (…) Qu'est-ce que le réel ? C'est quelque chose qui m'échappe. J'essaye d'en trouver ma version. Mais je refuse de dire que je capte la réalité : c'est mon idée de la réalité.          
(Frederick Wiseman)

Quand je tourne, je ne capte presque jamais les choses que j'ai anticipées dans mes fantasmes. C'est toujours comme à Las Vegas : on prend le risque, et la surprise est toujours là. (…) Avec de la chance et un peu de jugement, on peut réussir un film. L'instant où je pense pouvoir prédire, c'est l'instant où je dois arrêter.          
(Frederick Wiseman)

Représentant d'une forme longue de documentaire (Near Death dure presque cinq heures), s'intéressant notamment aux plus démunis, dans des films comme Welfare (1975), autour du système de santé américain, et montrant les corps (corps de mannequins dans Model (1980), mais aussi corps de malades dans Hospital (1969)), il dresse un tableau  des Etats-Unis, comme d'autres pays, toujours d'actualité, la crise du Covid-19 cristallisant les frontières entre les privilégiés et les populations vulnérables.

Je ne peux pas tourner des films comme autrefois, car je suis toujours en contact avec cent, deux-cent personnes par jour, et on ne peut pas respecter les distances. Il faut rencontrer des gens, saluer... (…) Impossible maintenant de tourner comme je le fais depuis 55 ans.            
(Frederick Wiseman)

Ce vaccin est peut-être comme Godot, il n'arrive jamais.          
(Frederick Wiseman)

Extraits sonores : 

  • Nicolas Philibert (France inter, Le petit atelier, 20/05/20)
  • "Sleep People" (Baxter Dury, The Night Chancers, 2020)
  • Near Death (Frederick Wiseman, 1989)

Bibliographie

bibliography

Near DeathFrederick WisemanZipporah Films, 1989

bibliography

HospitalFrederick WisemanZipporah Films, 1974

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