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Alan Parker en 1973

Hommage à Alan Parker

1h13
À retrouver dans l'émission

Rembobinons aujourd'hui la carrière d'Alan Parker, réalisateur aux multiples facettes disparu le 31 juillet 2020. En compagnie de Pierre Charpilloz, journaliste et critique à Bande à part, Simon Riaux, critique au Cercle, et Marc Moquin, rédacteur en chef de Revus et corrigés.

Alan Parker en 1973
Alan Parker en 1973 Crédits : © Hulton-Deutsch Collection/CORBIS/Corbis via Getty Images - Getty

Né en 1944 à Londres, Alan Parker fait ses débuts dans la publicité, notamment chez Ridley Scott Associates en compagnie de Hugh Hudson, Tony Scott et Hugh Johnson. Lorsque la plupart d'entre eux se lancent dans le cinéma, le style et l'esthétique publicitaire imprègnent leur manière de filmer et les placent à contre-courant du réalisme britannique des années 60. Après deux courts-métrages, Alan Parker produit Bugsy Malone (1976), un musical parodiant les films de gangsters des années 30, avec un casting uniquement composé d'enfants. Il se fait ensuite connaître pour Midnight Express (1978) qui lui vaut deux Oscars (meilleur scénario, meilleure musique pour la BO composée par Giorgio Moroder) et un scandale critique. Le film est interdit en Turquie jusqu'en 1993 et grève les relations diplomatiques avec les États-Unis, une histoire sur laquelle revient le documentaire Midnight Return : The Story of Billy Hayes and Turkey (2018). 

Le film est l’adaptation d’une histoire vraie mais n’entretient pas grand rapport avec le réel : ni avec la représentation des prisons turques, ni avec le détail de la procédure, ni même avec la personnalité et les actions du personnage principal (...) mais il (Alan Parker) appréhende l’histoire vraie comme les Etats-unis à d’autres moments de sa carrière : comme une idée, un concept. Il parle de moralité de la loi, il n’est pas là pour parler de la Turquie. Pour lui, cette histoire est une matière première, un matériau fissile pour interroger la moralité, la loi, le légalisme, et la place du bien et du mal là-dedans. Simon Riaux

Sa filmographie est traversée de thématiques politiques puissantes, vis-à-vis desquelles il affirme son point de vue : la ségrégation avec Mississippi Burning (1988, qui remporte 3 BAFTAs), les vétérans de la guerre du Viêtnam dans Birdy (1984, grand prix du jury au Festival de Cannes), jusqu'à la peine de mort aux États-Unis dans son dernier film, La Vie de David Gale (2003). Autant de sujets proprement américains mais auxquels il donne néanmoins une dimension universelle grâce à sa technique très simple mais extrêmement maîtrisée, empruntée à l'univers de la publicité. 

Quelque chose de très matriciel dans son cinéma, c'est la promesse de n’utiliser que des outils émotionnels, plastiques et sonores très simples. C’est un cinéma dont la fin justifie les moyens, un cinéma “pas subtil” (…) Mais en salle on est encerclé par ce cinéma, grâce à un vrai metteur en scène qui prend son spectateur et qui ne le lâche pas. Ce rapport à l’émotionnel est ce qui déplaît à plein de gens. Marc Moquin

C’est un cinéma très conscient de ses effets, qui les travaille énormément, de manière quasiment chirurgicale mais sans être dans une complicité un peu goguenarde avec son spectateur. Il y a une maîtrise technique absolue (…) Il a une hyper conscience des effets : ce n’est pas un cinéma qui se laisserait la chance de voir comment vont retomber les dés. Simon Riaux

Cette efficacité émotionnelle voire émotive est ce qui fait de la quasi-totalité de ses films des films cultes. Son utilisation de la musique y est également pour beaucoup, tant dans ses films dits 'politiques' (dont les bandes originales sont composées par des artistes tels Giorgio Moroder et Peter Gabriel) que dans ses films musicaux, un autre versant de sa carrière dont le propos politique n'est pas moins présent. Après Fame en 1980 qui remporte deux Oscars, un BAFTA et un Golden Globe, Pink Floyd : The Wall en 1982 (qui obtient deux BAFTAs) et The Commitments (1991, récompensé par quatre BAFTAs), il réalise Evita (1996), une comédie musicale à partir de la vie de l'actrice et femme politique argentine Eva Perón, incarnée par Madonna. Le film remporte un Oscar et trois Golden Globes et montre la liberté de création du réalisateur ainsi que sa profonde connexion à son époque. 

Il est libre, audacieux et aussi profondément de son temps et de son époque, même s’il a pu être aussi avant-gardiste (...) On dit souvent que Fame est la comédie musicale culte des années 80 : c’est un film qui sort en 1980. Dans tout ce qu’il représente, ce qui l’intéresse c’est son époque. Sa manière d’utiliser les technologies, par exemple dans Birdy (...) est tout à fait novatrice. C’est quelqu’un qui comprend parfaitement son époque. Pierre Charpilloz

Ses films des années 1990 confirment cette liberté de ton et la diversité de sa création qui l'a fait saluer comme un "caméléon" : Bienvenue au Paradis (1990), Aux bons soins du Docteur Kellogg (1994), Les cendres d’Angela (1999). Ils marquent également l'évolution de son style et la sublimation de son esthétique. L'ensemble de son œuvre a très fortement marqué la culture visuelle, y compris des générations suivantes : son univers influence massivement le domaine des jeux vidéos d'horreur, notamment son traitement du film noir avec Angel Heart (1987). Ce polar satanique où l'identité des personnages se dilue fait écho à la personnalité fuyante du réalisateur qui, discrètement caché derrière sa caméra, demeure moins connu que ses films. Son dernier film en tant que réalisateur tourné en 2003, il a déclaré prendre sa retraite en 2015 et s'est éteint le 31 juillet 2020 des suites d'une maladie. 

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Bibliographie

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