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Couverture des numéros 136 et 137 du magazine Society.

L'affaire Dupont de Ligonnès, polar de l'été ?

1h13
À retrouver dans l'émission

Le succès des deux numéros du magazine Society consacrés à l'affaire Xavier Dupont de Ligonnès est révélateur de notre fascination pour les faits divers criminels. Pourquoi ces histoires, qu'elles soient réelles ou fictionnelles nous fascinent autant ? Que disent-elles de notre présent ?

Couverture des numéros 136 et 137 du magazine Society.
Couverture des numéros 136 et 137 du magazine Society. Crédits : Society

Une affaire qui hante la presse depuis bientôt dix ans, lourde des vies qu’elle a détruites et des questions qu’elle laisse en suspens… Celle-ci porte le nom de celui que l’on croit souvent reconnaître - Xavier Dupont de Ligonnès -  mort ou disparu, évaporé alors que tant d’esprits se penchent sur son histoire, tant de lecteurs sur les lignes qui le racontent. Cet été, le magazine Society y consacre deux numéros, 76 pages, deux volets d’une enquête que l’on s’arrache - qui remet la relation entre fait divers et journalisme sur la table, interroge sa narration et les fantasmes qu’elle suscite…

Avec Pierre Boisson, rédacteur en chef du magazine Society, et co-auteur de l'enquête parue cet été dédiée à l'affaire Xavier Dupont de Ligonnès, Dominique Kalifa, historien spécialiste de l'histoire du crime, du fait divers et de ses représentations, et Christine Marcandier, professeure de lettres à l'université à Aix-Marseille, co-fondatrice du magazine en ligne Diacritik, spécialiste de la fictionnalisation du fait divers. 

_Toute la particularité de cette cavale c'est qu'à la fois il laisse des traces très claires mais en même temps, on a découvert au cours de notre enquête qu'il y a une volonté d'effacer certains souvenirs qu'il aurait pu laisser,_il essaie de faire en sorte que le passé ne remonte pas. Par exemple, sur ses serveurs informatiques, il efface 7700 fichiers juste avant de disparaître. De la même manière, quand les policiers rentrent dans sa maison la première fois, il n'y a plus aucune photo de sa famille : tous les cadres sont vides.
Pierre Boisson

Il y a des liens très intimes entre la fiction et le fait divers, maisle fait divers est déjà lui-même une fiction. Il y a un premier récit qui est le récit médiatique, mais avant, il y a peut être même le récit que se construit le criminel, intérieurement et extérieurement. Il a construit une cavale qui est une sorte de dichotomie entre "je me cache" et "je me montre", c'est un auteur de fiction qui a construit l'idée qu'il était parti aux Etats-Unis, qu'il était un témoin protégé. Marc Dugain a écrit dans Vanity Fair que Xavier Dupont de Ligonnès était l'auteur d'une très mauvaise fiction, une fiction qui ne tient pas.
Christine Marcandier

Les faits divers racontent la vie extraordinaire des gens ordinaires. Dupont de Ligonnès, sa famille est versaillaise, on pourrait les connaître, on pourrait les croiser. _Ça raconte l'histoire extraordinaire de vous et moi_. Il y a aussi la duplicité.
Dominique Kalifa

Le fait divers est le fait démocratique des gens ordinaires. Il n'y a pas de faits divers dans les régimes totalitaires : c'est une forme de transgression qui n'a pas sa place, et dans le régime soviétique par exemple, le prolétaire est devenu le héros de l'histoire, donc il n'a pas besoin qu'on raconte l'histoire ordinaire pour exister.
Dominique Kalifa

Il y a eu longtemps un rejet de l'histoire du fait divers des deux côtés du spectre politique, soit considéré comme malsain, soit considéré comme l'opium du peuple. Cette modalité de récit a toujours été considérée comme illégitime. [...] On a toujours eu cette forme de disqualification, de discrédit de cette forme de récit, alors même (et sans doute parce que) il était au cœur de la fascination et de l'intérêt du public.
Dominique Kalifa

Quand on reconstruit son histoire, ça devient un nouveau récit. [...] Le père de Ligonnès avait une maîtresse qui s'appelait Catherine, Ligonnès avait plusieurs maîtresses qui s’appelaient Catherine ; le père de Ligonnès était endetté auprès de l'URSSAF, Ligonnès était aussi endetté auprès de l'URSSAF... _C'est mystérieux et fascinant de mettre en juxtaposition ces éléments là_. Le père de Ligonnès meurt trois mois avant les crimes. Que Ligonnès ait commis les mêmes erreurs que son père alors qu'il a essayé toute sa vie de ne pas les répéter, c'est très troublant. Mais on n'a pas essayé de tirer une analyse psychologique de ça : on met ces éléments l'un à côté de l'autre. Qu'est ce qu'on peut en dire ? Rien de plus que cette juxtaposition.
Pierre Boisson 

_Il y a quelque chose qui fait qu'on cherche à se cacher à soi, et soudain on apparaît dans une forme de vérité. C'est une vérité opaque, une vérité indécidable._Et c'est ce qui fait qu'on pourra parler je pense pendant encore très longtemps de ce fait divers.
Christine Marcandier

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