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Hervé Le Tellier - Manosque - 2017

Avec "L’Anomalie", Le Tellier prend de la hauteur

28 min
À retrouver dans l'émission

Embarquement immédiat avec le romancier Hervé Le Tellier, membre de l'Oulipo, ancien pilier des "Papous dans la tête" pour la parution "L’Anomalie" (Gallimard, août) en lice pour le Goncourt.

Hervé Le Tellier - Manosque - 2017
Hervé Le Tellier - Manosque - 2017 Crédits : JOEL SAGET / AFP - AFP

En lice pour les Prix Médicis, Renaudot et Goncourt, "L'Anomalie" (Gallimard, 2020) d'Hervé Le Tellier traverse le paysage littéraire comme un astéroïde. 

Roman efficace, le lecteur est happé de la première à la dernière ligne aux côtés d'une galerie de personnages dont la destinée se croise au détour de L'Anomalie : juin 2021, le vol Paris-New York 0006 surgi d'une tempête, ... pour la seconde fois à trois mois d'intervalle. A son bord 243 passagers, tous persuadés d'atterrir en mars, tous confrontés à leur double déjà à terre. Du tueur à gage tout droit sorti d'un roman de Mickey Spillane, à l'écrivain en quête de son œuvre, Victor Miesel, en passant par l'avocate ambitieuse, l'architecte transi d'un amour impossible, Hervé Le Tellier décline autant de destins romanesques confrontés à un impensable "et si " avec lequel ils doivent composer. 

Chaque individu est confronté à son propre double. J'avais envie d'avoir beaucoup de personnages. Depuis longtemps je voulais inscrire un livre dans différents genres. J'avais tous ces personnages à manipuler, chacun relevant d'un genre littéraire différent, dans un roman avec un " S " pour traiter toutes les situations possible face à cette duplication. (Hervé Le Tellier) 

Je voulais proposer au lecteur une expérience de réflexion : un " Et si ? " . Cette question je me la pose moi-même, à chaque fois que je me précipite dans un personnage, je me demande comment je réagirais mais aussi comment le personnage réagirait, il n'est pas nous. Il faut répondre à ces deux questions simultanément. Face à mon double, la question essentielle qui se poserait ne serait pas matérielle, mais la question serait celle du sacrifice pour ceux qu'on aime : est-ce que je serai prêt à me battre ? à aller jusqu'au meurtre ? Est-ce que je serais capable de résister à la pression, à la concurrence, à un point incroyable, puisque l'autre l'autre, c'est vous? Quand on est confronté à soi, comment être plus soi que l'autre devient une question assez complexe" (Hervé Le Tellier) 

Roman ludique, réjouissant et drôle de l'écrivain membre de l'Oulipo, pilier de l'émission " Les Papous dans la Tête " pour lequel la littérature est avant tout une histoire de jeu. La contrainte littéraire est pour Hervé Le Tellier un terrain d'expérimentation : la structure émancipe, la règle permet le jeu.

Dans "L’Anomalie", je gomme les structures. Il y en a deux qui restent évidentes, celle du genre avec le pastiche, le roman psychologique... Le deuxième jeu c’est celui de la multiplicité de personnages. Il faut des axes, des arches fortes pour ne pas perdre le lecteur. Le livre est conçu comme une tresse, chacun des personnages est lié à une couleur. Avec un personnage en ligne droite, le tueur, c’est l’axe central. Et Miesel, qui tourne tout au long, qui va devenir le fil narratif (Hervé Le Tellier). 

Attentif à l'expérience du lecteur, Hervé Le Tellier convoque dans L'Anomalie ce dialogue infini entre l'œuvre que tisse l'écrivain et celle que le lecteur fait vivre par sa lecture. Impossible coïncidence comme l'écrit son Victor Miesel, le double littéraire d'Hervé Le Tellier, cette rencontre tripartite entre lecteur, œuvre et écrivain n'en demeure pas moins féconde. 

Je pense à mes lecteurs quand j'écris. (...) Je pense toujours à un petit livre d'Italo Calvino, une réponse d'un critique de son livre "Si par une nuit d'hiver un voyageur" qui expliquait à Calvino son propre livre. Calvino reconnaît que le critique avait raison, que c'est ce livre-là qu'il avait écrit, et non celui qu'il pensait avoir écrit. Il écrit alors "Si par un nuit d'hiver un narrateur" qui reconnaît que la lecture de ce critique lui a amené à avoir sur son propre livre une réflexion très différente : qu'il n'a pas écrit le livre qu'il voulait écrire, mais que c'est le lecteur qui a lu le " bon livre ". Je trouve ça intéressant, ce n'est pas seulement le lectore fabula de Umberto Eco, c'est aussi la manière dont un livre est perçu par le lecteur qui est forcément différente de l'intention de l'auteur. (Hervé Le Tellier). 

Extraits sonores: 

  • Jacques Roubaud sur l'Oulipo (France Culture, " For intérieur " 23 sept. 2007) 
  • Etienne Daho, Ton silence en dit long  

Bibliographie

Intervenants
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