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Ken Loach à Cannes en 2019

UK 2. Ken Loach et l'Angleterre en crises

1h13
À retrouver dans l'émission

Nous recevons Ken Loach, réalisateur militant qui ne cesse de dénoncer les injustices de la société anglaise, pour le deuxième volet de notre diptyque spécial Royaume-Uni. Ophélie Siméon éclairera les résonances politiques et sociales de son œuvre, à l'heure de la crise du coronavirus et du Brexit.

Ken Loach à Cannes en 2019
Ken Loach à Cannes en 2019 Crédits : Loïc Venance - AFP

Nous continuons à parler du cinéma britannique, dans le deuxième volet de notre diptyque spécial Royaume-Uni. Qui mieux que Ken Loach pour décrire les maux de la société britannique, les nouvelles formes de souffrances au travail, et donner à voir les oubliés et les démunis ? Dans son dernier film, sorti en 2019, Sorry We Missed You, Ken Loach raconte l’histoire de Rickie et son rêve d'auto-entrepreneur qui tourne au calvaire. Avec lui se racontent la précarité et la violence d’un système ubérisé qui happe l’individu et le laisse sans protection. 

Le cinéaste continue année après année de nous offrir un cinéma engagé qui questionne les crises actuelles du Royaume-Uni - du Brexit à la crise sanitaire - et pose un regard sans compromis sur la société britannique. C'est Ken Loach lui-même qui nous parle de son cinéma dans la première partie de cette émission, puis c'est Ophélie Siméon, maîtresse de conférences en civilisation britannique à l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris III, qui en éclairera le contexte social et politique, celui du Royaume-Uni contemporain.

Ce que nous aimerions, c’est que les gens puissent venir voir les films avec un esprit ouvert, prêts à s'impliquer dans les personnages, de partager une histoire, de partager les aventures du personnage, la tristesse, la joie, la comédie, et puis d’apprendre de ces personnages, de partager quelque chose avec eux, et de partager un moment avec eux [...]. [...] On veut vraiment impliquer les gens dans l’histoire, dans les personnages, dans les vies que l’on décrit, et en espérant que quelque chose en sorte et en émerge, d’une façon ou d’un autre. (Ken Loach)

Le cinéma, comme la prose, c’est un médium, […] et on peut en faire ce que l’on veut […]. Et le cinéma peut nous faire réfléchir à nos vies, à notre existence, il peut parler de notre histoire, de nos problèmes, et de ce que l’on apprend les uns des autres. […] Le cinéma a un pouvoir, peut faire quelque chose, il peut nous laisser une impression sur les choses, une opinion sur les choses, un regard, un regard sur l’injustice. Mais la question clé, c’est : qu’est-ce qui se passe pour le public quand il quitte la salle, est-ce qu’il garde quelque chose du film avec lui ? Moi, en tant que réalisateur, j’ai une responsabilité, […] je serai responsable des images. Je sais maintenant quelque chose du cinéma, et le public aussi sort de la salle en ayant vu quelque chose, appris quelque chose, et il peut lui-même prendre des responsabilités. Le public peut se dire : non je ne vais pas quitter la salle et tout oublier. (Ken Loach)

Le cinéma néoréaliste italien est très important pour nous, parce que [...] c’est là que le sujet social a vraiment été choisi comme étant le cœur du cinéma. Le cinéma n’a pas besoin d’être plein de glamour, ça n’a pas besoin de parler de show-business, ça peut parler des gens vrais, des gens, des gens de la classe ouvrière. [...] Aussi il y avait une perspective politique dans ces films. On y parle d'injustice sociale, de batailles, de lutte, et c'est aussi quelque chose d'important que le néoréalisme a apporté. Et ça a eu une influence énorme sur moi dans les années 1960 : des films très humains, très modestes, avec une réelle affection pour les gens que l’on filme, une chaleur, une sensibilité. On partage leur humanité. (Ken Loach)

Mais on a des influences quand on est jeune. Plus tard, il faut travailler votre propre façon de faire des films, de raconter une histoire, avec des images, avec de dialogues, avec des personnages, avec des conflits. Après, vous vous retrouvez tout seul. Les influences, elles sont là au début, mais, très vite, il vous faut trouver votre voix. (Ken Loach)

Ce qu’on a retenu, de ce film, de ce cinéma italien des années 1950 et 1960, c’est l’idée qu’on peut mettre au centre de l’écran la classe ouvrière, et que la moralité quelque part dépend de considérations politiques et économiques. (Ken Loach)

J’essaie aussi de partager les dilemmes de l'humanité de ces personnages, de les montrer sous une lumière pleine d’empathie, pas toujours critique. Il faut aussi cela dit de l'objectivité, il faut pas être trop sentimental. Mais effectivement être un observateur sympathique qui est dans un coin de la pièce, et qui essaie de comprendre ce qui se passe, aux gens, dans leur vie, dans les circonstances, dans les choix qu’ils doivent faire, d’essayer de les comprendre. Et c’est ça, simplement ça, qu’on peut faire, on peut peut-être pas complètement toujours les comprendre eux, mais comprendre la pression sociale, la pression des structures économiques autour d’eux qui les oblige à faire des choix extrêmement étriqués. (Ken Loach)

On a une confiance, un contrat de confiance avec le public. On essaie de raconter des histoires qui soient plausibles, mais là il faut quand même aussi raconter l’histoire, et la vérité de l’histoire. On peut pas utiliser des techniques très réalistes de cinéma pour dire un mensonge. Il faut effectivement savoir des faits et être très rigoureux […]. Ce que l’on met à l’écran, ça ne peut être que des vérités, des choses que vous savez être justes. Et c’est pour ça qu’il faut travailler beaucoup en amont, pour savoir ce qu’il en est du sujet et que ce que l’on dit est authentique. Et puis les conséquences politiques, les implications, deviennent assez claires. (Ken Loach)

Comment est-ce qu’on crée une illusion de réalité, au cinéma, avec le son et l'image ? Et ça, ça tient beaucoup aux personnages et à qui vous engagez pour incarner ces personnages. Parce que la caméra elle rentre, elle peut vous montrer les pores de votre peau, et elle peut vous montrer la vie que vous avez vécue, que le personnage a vécue auparavant. Et donc quelque part tout film est un documentaire sur les gens qui interviennent dans le film. Et donc il faut trouver des gens auxquels vous croyez, absolument, comme dans un documentaire. (Ken Loach)

C’est ça être acteur, c’est vous faire croire quelque chose qui existe, qui est de la fiction, et vous faire croire. Si vous y arrivez, alors c'est bien que vous jouez la comédie, que vous êtes acteur. (Ken Loach)

Et puis la question du regard, la question de la lumière, la question du cadre, c’est très important, la façon dont on réfléchit à toutes ces conditions-là, il faut effectivement faire une sorte de réinvention, parce qu’il faut quelque part être plus simple. Comme l’intérieur d’une pièce, il faut qu’il soit plus simple que dans la réalité. Les couleurs doivent être simplifiées. Parce que dans la réalité il y aurait beaucoup de couleurs vivantes, beaucoup de couleurs fortes, si vous voulez, ce serait visuellement trop fort. Donc il faut parfois, peut-être, choisir des choses, choisir des choses qui sont justes, réelles, mais aussi il faut créer l'image qui reste et qui tienne. (Ken Loach)

L’autre chose à dire, c’est l’histoire que vous racontez. Quel personnage, quel est le centre du dilemme, quelle est l’essence de l’histoire ? Et ça, il s’agit de trouver toujours une histoire à raconter qui soit très simple en surface, mais qui ait un conflit interne, dans son cœur, qui illumine les sujets, ce que vous voulez dire sur la société [...] L’histoire doit vraiment être le reflet, et montrer, donner de la lumière sur le sujet et les conflits que nous traversons tous. Essayer de trouver quelle est l'histoire essentielle, quel est le conflit qui est dans le cœur du personnage, comment il s’exprime. Et c’est quelque chose qui doit rentrer dans un cadre plus large, qui parle effectivement des conflits qui traversent le cœur de toute la société. (Ken Loach)

Cette réalité politique, elle est présente sans cesse, et on ne peut pas y échapper. Mais puisque nous vivons dans un monde, quelque part nous devons accepter la responsabilité d’y être. (Ken Loach)

Le problème, c’est qu’il y a tant d'histoires, tant de sujets. Il faut trouver vraiment l'histoire qui nécessite d’être racontée, d’être mise à l’écran, et qu’on la montre à un public, pour que les gens sachent ce qu’il se passe. (Ken Loach)

Le système autorise les employeurs à dépenser le moins d'argent possible, à payer le moins d’argent possible leurs employés, et le gouvernement encourage ça. Ça s’appelle la flexibilité. La flexibilité, elle est sur le dos des gens de la classe ouvrière, des livreurs qui sont vulnérables. (Ken Loach)

J’ai l’impression qu’on est maintenant à un moment, mais ça fait un moment que ça arrive, ça fait quarante ans, tout ça c’est le rêve de Margaret Thatcher, que chaque individu n’ait aucune protection sociale, que la loi oblige les syndicats à rester faibles, et que les travailleurs restent à la merci de leurs employeurs. Ça, c'est le rêve de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher, et il devient réalité. Donc on en est à une époque et à un niveau vraiment catastrophique, aujourd’hui. Où donc le capitalisme va-t-il nous mener ? Quelle est la prochaine étape ? Il s’agit de crucifier la classe ouvrière. Les gens vraiment ne vivent que sur des allocations. Où est-ce que ça aller après ? Parce que c'est ce que nous voyons aujourd’hui, et aujourd’hui il est temps d’être bouleversé par ce qui se passe, et de vraiment creuser pour vraiment se rendre compte. Il s’agit certainement de changer complètement la politique, et c'est un travail énorme. Mais quand les travailleurs travaillent ensemble, dans des unités sociales, parce que là aujourd’hui le travail il est fragmenté, et les gens ne sont plus ensemble, les nouvelles technologies ont été utilisées pour séparer et éloigner les gens qui travaillent ensemble, et le problème c'est que la gauche ne s'est pas attachée, ne s’est pas mise au travail pour essayer de faire fonctionner le marché aujourd'hui d’une façon sociale. [...] Et donc la gauche doit absolument trouver le moyen de transformer la politique, car c'est ça la réalité finalement politique, c'est la bataille, c’est la lutte des classes. (Ken Loach)

La crise sanitaire a en fait remis au premier plan des tensions structurelles : […] le démantèlement du système de santé public, qui est une réalité depuis l’arrivée de Margaret Thatcher au pouvoir en 1979. (Ophélie Siméon)

La crise du Covid a mis à jour des divisions extrêmement profondes, qui recoupent en partie le vote, le rejet du Brexit, puisque l'Ecosse et l’Irlande du Nord ont dit clairement non. Et puis aussi la crise du Covid a révélé au grand jour des tensions raciales extrêmement profondes, puisque les minorités ethniques en Grande-Bretagne, comme aux Etats-Unis ou ailleurs, sont en moyenne deux fois plus touchées que le reste de la population. Et on a une convergence très forte entre le mouvement Black Lives Matter en Grande-Bretagne et une opposition croissante au gouvernement Johnson et à sa gestion de la crise. (Ophélie Siméon)

Ken Loach fait partie de ce qu’on appelle le Old Labour. Il faut savoir que le parti travailliste en Grande-Bretagne est scindé en deux. On a le Vieux Labour, qui est représenté par Jeremy Corbyn, donc l’ancien leader, Ken Loach, et qui est une gauche proche des syndicats, proche aussi de l’ADN du parti travailliste qui a été fondé en 1900 pour défendre les droits des travailleurs et notamment des ouvriers en usine. Et on a d’un autre côté le New Labour, qui a été propulsé sur le devant de la scène politique par Tony Blair, et ensuite qui a été incarné par le premier ministre suivant, Gordon Brown, et c’est un socialisme, un néo-socialisme dit de la troisième voix, qui est un socialisme néo-libéral sur le plan économique, et qui se veut socialisant sur les questions de santé publique, mais qui en fait a complètement répété les politiques de privatisation qui avaient été mises en place sous les gouvernements Thatcher et Major. (Ophélie Siméon)

Aujourd’hui, en Grande-Bretagne, au Royaume-Uni, premièrement, le NHS, le National Health Service, le système de santé publique, est sous-financé de manière chronique. [...] L’alternative qui est promue par les gouvernements, c’est un système de santé alternatif privé, mais qui repose sur une main-d’œuvre extrêmement précaire. [...] La santé va être sous-traitée à des prestataires privés qui vont en fait ubériser une main-d’œuvre extrêmement précaire, et souvent d’origine étrangère." (Ophélie Siméon)

Le droit du travail en Grande-Bretagne, il y a beaucoup moins de garanties vis-à-vis des travailleurs qu'en France par exemple. (Ophélie Siméon)

Ce qu’il faut savoir, c’est que le vote pro-Brexit en Angleterre, [...] c’est un vote en fait qui recoupe la montée du nationalisme anglais. [...] Je distingue l'Angleterre [de l’Irlande, de l’Ecosse et du Pays de Galles]. [...] Parce que depuis 1998, l’Ecosse, le Pays de Galles et l'Irlande du Nord sont semi-autonomes politiquement, c'est ce qu’on appelle la dévolution, c’est une politique qui a été mise en place par le gouvernement Blair. La conséquence, ça a été une montée en puissance du nationalisme proprement anglais, avec la montée du UKIP, et on a en effet eu une montée de la xénophobie. (Ophélie Siméon)

Le Mouvement Black Lives Matter en Grande-Bretagne recoupe en fait un effet de ras-le-bol vis-à-vis d’un racisme institutionnel. (Ophélie Siméon)

La gauche, et notamment son principal représentant au Royaume-Uni, qui est le parti travailliste, c'est un parti qui est quand même relativement en crise depuis qu’il a perdu les élections, et que donc les conservateurs sont revenus au pouvoir avec David Cameron en 2010. Et c’est une gauche en fait qui peine à trouver une identité entre ses tendances Old Labour, donc vieux travailliste, et New Labour. (Ophélie Siméon)

On a eu en fait une migration du vote de gauche traditionnel [en Ecosse et en Irlande du Nord] vers les partis indépendantistes. […] Alors qu’en Angleterre, très souvent le vote protestataire des classes ouvrières va plutôt se tourner vers le parti conservateur ou le UKIP, le parti anti-européen pro-Brexit. Donc c’est une gauche qui est quand même relativement en crise. Mais après on a un sang neuf en fait qui est insufflé avec des mouvements de jeunes. […] Ce sont des jeunes qui ne sont pas forcément encartés. [...] Mais ce sont des jeunes qui vont s'engager dans des mouvements pour l’écologie. (Ophélie Siméon)

On a en fait une baisse très forte de la consommation d’alcool chez les jeunes en Grande-Bretagne, et c’est en lien avec une montée des revendications écologistes et une popularité croissante du végétarisme et du véganisme. (Ophélie Siméon)

Les négociations autour du Brexit sont complètement dans l’impasse. [...] La date butoir, c’est le 31 décembre, et a priori il n’y a aucune période d’extension qui est prévue. Mais, vu le contexte du Covid, on voit mal dans quelles conditions on pourrait trouver un accord, surtout que les deux parties restent campées sur leurs positions. Le gouvernement Johnson souhaite un accord de libre-échange qui garantisse son indépendance économique et politique, donc c’est-à-dire un accord de libre-échange qui permettrait à la Grande-Bretagne de bénéficier [...] des facilités à faire du commerce au sein de l’Union Européenne, mais elle souhaite en même temps avoir un accord commercial avec les Etats-Unis. (Ophélie Siméon)

La relation spéciale en fait n’a jamais disparu, mais elle varie en fonction de la personnalité des dirigeants. Entre Boris Johnson et Donald Trump les rapports sont plutôt cordiaux, donc le gouvernement britannique espère toujours avoir un accord de libre-échange avec les Etats-Unis, mais beaucoup de personnes y sont opposées au sein du Royaume-Uni, parce que ça veut dire ouvrir le marché britannique à des produits qui sont jusqu'ici interdits par l’Union Européenne, c’est-à-dire le bœuf aux hormones et le poulet chloré. (Ophélie Siméon)

Il y a des divergences fondamentales entre les quatre nations qui composent le Royaume-Uni, elles sont très anciennes, la raison étant que donc le Royaume-Uni n’est pas un Etat fédéral, c’est-à-dire que les quatre nations n’ont pas le même statut. Il y a une nation qui reste dominante, politiquement, économiquement, diplomatiquement, c’est l'Angleterre. Et c'est quelque chose, c’est un état de fait que les trois autres nations, Ecosse, Pays de Galle, Irlande du Nord, ont quand même du mal à accepter. Et en fait donc, pour rappel, l’Ecosse et l’Irlande se sont prononcées très clairement contre le Brexit, et la crise du Covid n’a fait que renforcer ces divisions. Donc ce qu’il faut savoir, c'est que donc [...] depuis que l'Ecosse, le Pays de Galle et l'Irlande du Nord sont semi-autonomes, depuis 1998-1999, le système de santé publique dépend des gouvernements locaux. Donc il y a bien sûr des directives qui sont données par le gouvernement central à Londres, […] mais ensuite ce sont les nations qui l'appliquent, et il y a eu des divergences extrêmement profondes. (Ophélie Siméon)

Extraits diffusés :

  • Extrait du film Le Voleur de bicyclette (1948) de Vittorio de Sica : la fin du film
  • Extrait du film Sorry We Missed You (2019) de Ken Loach : Ricky veut partir travailler alors qu’il n’est pas en état, sa famille essaie de le retenir
  • Carte Blanche de Ken Loach : la chanson "Dirty Old Town" d’Ewan MacColl, interprétée par Ewan MacColl 
  • Extrait du film électoral réalisé par Ken Loach en 2017 pour le Labour Party : Jeremy Corbyn parle du NHS, le système de santé britannique 
  • Bande-annonce de I, Daniel Blake (2016) de Ken Loach
  • Michel Barnier, chargé de la négociation pour l’Union Européenne avec le Royaume-Uni pour le Brexit, en janvier 2020 : met en garde contre le risque d'une rupture brutale des échanges entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne s'ils ne parviennent pas à s'entendre cette année sur leur future relation après le Brexit

Traduction de l'entretien avec Ken Loach : Harold Manning 

Chroniques

13H50
8 min

Un voyage : la Seine et nos amours

Rediffusion
André Breton et les pois sauteurs (Paris)
Intervenants
  • réalisateur
  • Maître de conférences en Civilisation britannique à l'université Sorbonne-Nouvelle (Paris 3)

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