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Les architectes français Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal posent dans leur atelier de Montreuil le 16 mars 2021.

Lacaton & Vassal, Prix Pritzker : "Arrêtez de démolir !"

28 min
À retrouver dans l'émission

La plus importante distinction du monde de l'architecture a été décernée à des Français pour la troisième fois. Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, les nouveaux lauréats, viennent échanger sur leur travail qui place l'habitant au cœur de la pensée du bâtiment.

Les architectes français Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal posent dans leur atelier de Montreuil le 16 mars 2021.
Les architectes français Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal posent dans leur atelier de Montreuil le 16 mars 2021. Crédits : JOEL SAGET - AFP

Comment mieux habiter ? Telle est la question qui semble traverser les projets d'Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal. Ils se sont rencontrés à l'école d'architecture de Bordeaux et ont formé leur propre cabinet en 1987. Depuis, c'est une succession de projets pour le duo qui préfère transformer plutôt que détruire, trouver de la liberté dans les contraintes (notamment les budgets réduits) et offrir des espaces toujours plus importants que ceux prévus dans la commande. 

On a des envies communes, des rêves communs, et c’est dans le dialogue permanent qu’on sait qu’à la fin on est d’accord sur un sujet. En général, on n’a pas du tout la même approche au départ. (Anne Lacaton)

Si on ne répond qu’aux besoins, on ne touche jamais à la possibilité de la liberté, du rêve, d’inventer, cette possibilité que des choses auxquelles on n’avait pas pensé puissent exister. (Jean-Philippe Vassal)

Les points clés de leur travail de retrouvent déjà dans la maison Latapie, à Floirac (Gironde). Construite en 1993, elle est la démonstration du leitmotiv du duo : faire plus avec moins. Pour un budget très restreint, une famille de quatre personnes peut se retrouver avec un jardin d'hiver de plus de 60m2 et des espaces modulables au fil des saisons. Cela est rendu possible par une croyance forte en la capacité de réhabiter un espace, mais également par l'utilisation de certains matériaux comme la tôle ou le polycarbonate, inspirés de la technologie des serres. 

Les matériaux ne sont pas un préalable, mais ce à quoi le matériau sert dans la perception de l’espace. Partir de l’intérieur, de cette sensation de liberté, de lumière naturelle, de vue. La transparence, ce qui permet de voir la lumière au maximum, c’est ce qui nous amène à utiliser du polycarbonate, des portes fenêtres coulissantes… (Anne Lacaton)

Petit à petit et avec leur acolyte Frédéric Druot, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal ont développé une architecture de transformation des tours construites dans les années 1960. Ils ont ainsi tous les trois reçu le prix de l'Equerre d'Argent en 2011 pour la rénovation de la Tour Bois le Prêtre dans le 17ème arrondissement de Paris. L'augmentation des surfaces, la rénovation des structures délabrées et la restructuration des habitats préexistants ont été les maîtres mots de cette réussite. 

Je ne peux pas penser que mon métier est de voir démolir, exploser, parfois à la télévision, une vie de trente ans qui devient un tas de béton en deux minutes. L’architecture, c’est dedans, ce n’est jamais un bloc de béton mais des milliers de pièces, des centaines d’habitants qui décorent les pièces, la richesse est là. Faire à partir de l’existant c’est s’attacher à cette richesse et aux problèmes en les résolvant un par un. C’est ce qui s’est passé pour la tour Bois-le-Prêtre. (Jean-Philippe Vassal)

Une formule qu'ils ont renouvelée à plus grande échelle dans le quartier du Grand-Parc à Bordeaux (2016). Ils ont également appliqué leur philosophie architecturale dans d'autres types de bâtiments, comme à l'intérieur du Palais de Tokyo (2002 et 2012), pour le FRAC de Dunkerque (2013) ou encore pour l'Ecole d'Architecture de Nantes (2009)

Ce n’est pas une question de minimalisme, il s'agit de faire déjà avec ce qu’on a. C’est un travail qu’on a commencé il y a 25 ans, quand a émergé la politique nationale de rénovation urbaine. Avec Frédéric Druot, on s’est parlé et on trouvait que c’était une erreur, une catastrophe de se dire que ce qui était aussi jeune devait être démoli. (Anne Lacaton)

Depuis 15 ans, 15 milliards d’euros ont été consacrés à démolir 200 000 logements pour en reconstruire 190 000. C’est insensé. Alors que, finalement, en gardant et en transformant tous ces logements, on pouvait rajouter 10% de logements. On aurait pu dépenser moins et avoir plus de logements et d’espaces. (Jean-Philippe Vassal)

Extraits sonores : 

  • Jacques Hondelatte / France Culture / 1998
  • Paddy Sherlock, "Last time in New York",  en duo avec Brisa Roché, extrait de l’album Dusk (avril 2021) pour Black Ash Records.
  • Frédéric Druot / France Culture / 2011
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