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Régis Jauffret

Le roman familial de Régis Jauffret

27 min
À retrouver dans l'émission

Avec Régis Jauffret, pour la sortie de "Papa" (Seuil, 2020).

Régis Jauffret
Régis Jauffret Crédits : Joel Saget - AFP

Régis Jauffret, l'auteur des Microfictions publie en cette rentrée littéraire hivernale Papa.

Je suis assez opposé à cette façon de dire papa et maman. Là c’est justifié parce que je n’arrive à dire papa qu’à la fin. Je l’ai gagné parce que de papa j’en ai eu très peu. Il parlait peu, il n’y avait pas d’échange. Ce n’était pas un père avec qui je pouvais jouer au football, bricoler, ou avoir des conversations intellectuelles. C’était un père annihilé qui n’existait pas socialement. »                    
(Régis Jauffret)

C’est la découverte de d'images tournées en 1943 dans un documentaire sur la police de Vichy où il voit son père emmené par deux gestapistes qui vient rompre l’indifférence bien plus que le décès du père qui ne semble pas avoir été un traumatisme particulier pour le narrateur.
Cette image a fait naître chez l’auteur l’espoir d’une vision plus positive de ce qu’a été son père. Il a envie qu’il soit autre chose que ce qu’il a été et c’est là le sens de son enquête.

L’enfance était un point noir dans ma vie. Cette image était une sorte d’espoir. Lui qui n’était rien, là, il était quelque chose même si je ne saurais jamais quoi. »                      
(Régis Jauffret)

Le récit se déroule dans la maison familiale de l’enfance du narrateur au 4 rue Marius-Jauffret, un immeuble marseillais.

J’ai toujours été dans la projection totale, la surexcitation permanente, contrairement à lui je suis plus dans l’avenir qu’enfermé dans le présent. Le présent ne me suffira jamais.                    
(Régis Jauffret)

Une irrémédiable distance semble s’être creusée durant l’enfance entre le père et le fils. Si l’écriture apparaît comme le moyen de rétablir une proximité, elle est aussi l’occasion parfois d’entériner cette distance et cette étrangeté l’un à l’autre.

Quand on parle de ses parents, de son enfance, c’est le moment d’être dans l’optimisme le plus total et dans le bonheur absolu. Contrairement à ce que dit Freud, il n’y a que deux types d’enfants: ceux qui ont été aimés par leurs parents et ceux qui n’ont pas été aimés. Même si je n’ai eu qu’un petit bout de père il m’a toujours aimé. Je n’oserais pas dire que je n’ai pas eu une enfance heureuse, ce serait scandaleux.                    
(Régis Jauffret)

Madeleine semble prendre en charge à elle seule la place des deux parents dans la construction de l’enfant. L'enfant semble avoir pris la place d’Alfred dans sa vie. Le père n’apparaît que comme un moyen d’avoir l’enfant. Une fois son rôle accompli, on a le sentiment que son existence, comme son audition, se réduit progressivement.

Je n’ai jamais ressenti une douleur pareille à l’écriture d’un livre. Pour moi c’est une aventure invraisemblable, je n’aurais jamais imaginé écrire ce livre.                    
(Régis Jauffret)

Si le texte s’intitule Papa, on ne parle ni de papa ni de maman à l’intérieur mais d’Alfred et Madeleine. Cette mise à distance participe de l’effet de fiction, du romanesque et de l'universalité de l'ouvrage. L'ouvrage apparaît comme un cheminement pour dire "papa".

J’ai inventé une journée merveilleuse avec mon père. C’est mon travail, je suis romancier. Ce livre n’est que vérité, quand on ment et qu’on dit qu’on ment, on dit la vérité.                    
(Régis Jauffret)

Extraits sonores:

  • Sugar man / B.Trotignon

Bibliographie

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