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Man Ray dans son atelier du 2 bis rue Férou à Paris en 1956

Lydia Flem et le génie de la rue Férou à Paris

26 min
À retrouver dans l'émission

Fascinée par une ruelle du VIe arrondissement de Paris où se trouvait l'atelier de Man Ray, Lydia Flem cherche à mettre à nu 500 ans d'histoire pour pouvoir répondre à ce questionnement existentiel : comment faire du monde un chez-soi ? Comment habiter à la fois son corps et le monde ?

Man Ray dans son atelier du 2 bis rue Férou à Paris en 1956
Man Ray dans son atelier du 2 bis rue Férou à Paris en 1956 Crédits : Slim Aarons - Getty

La rue Férou est une rue éminemment littéraire : c’est là qu’Alexandre Dumas a élu domicile pour l’un de ses trois mousquetaires, Athos, c’est là que Mme de La Fayette a écrit La Princesse de Clèves et dialogué pendant de longues après-midis avec La Rochefoucauld, c’est là qu’ont séjourné entre autres (Ernest Hemingway, Man Ray, Henri Fantin-Latour, Talleyrand et Hippolyte Taine). Depuis 2012, les badauds viennent y admirer les vers du “Bateau ivre” de Rimbaud, qui l’aurait déclamé pour la première fois dans une rue voisine, peints à main levée par l'artiste néerlandais Jan Willem Bruins. C'est cette rue qui a inspiré Lydia Flem son dernier ouvrage Paris Fantasme (Seuil).

Tout a commencé quand j’ai eu le projet d’écrire un livre sur l’enfance. J’ai lu l’autoportrait de Man Ray, et j’ai appris qu’entre 1951 et 1976, il avait habité au 2bis rue Férou. Et puis une fondation hollandaise a eu l’idée de peindre le mur aveugle de la direction générale des finances, et cette rue s’est éclairée de vers. (Lydia Flem)

De cette rue historique et littéraire, Flem a fait sa propre rue Férou : elle complique le palimpseste urbain en y ajoutant une couche de son histoire intime et personnelle, ses premiers pas, ses déménagements successifs, pour mieux construire une domesticité publique.

J’avais envie de prendre un chemin différent pour retrouver mes ancêtres disparus dans la Shoah : j’ai la conviction que l'autobiographie doit se faire au pluriel, que nous sommes faits de nos rencontres avec les autres. J’ai eu envie de redonner vie, dans cette petite ruelle qui devient le symbole de la grande histoire, à des inconnus. Je n’ai pas choisi, j’ai laissé venir à moi ceux qui ont vécu, sont morts, ont créé dans cette rue. (Lydia Flem)

Brouillant la frontière entre l'intime et la rue, entre le réel et la fiction, Flem écrit à la première personne les biographiques de personnages liés à la rue Férou et importants à ses yeux : l’actrice Dorothée Dorinville, dite Mlle de Luzy, qui a donné son nom à l’hôtel particulier du numéro 6, le photographe Eugène Atget, comédien raté, qui tente à la Belle Époque de capturer le vieux Paris déjà en train de céder à la modernité. A cela s’ajoutent les pages du journal intime de Flem, écrit sur une table du 3 Ter où elle séjourne brièvement, les recettes littéraires ou familiales, et des listes, des listes de noms et de dates, comme autant de vies dont l’histoire s’entrelace à celle de la rue Férou.

On sent des fantômes, celui de Mme de La Fayette, celui de Colette, mais aussi d’inconnus. Ma flânerie légère s’accompagne d’un désir de restauration : j’ai appelé l’un des chapitres “Prononcer leurs noms”, car c’est rendre un peu de leurs vies aux anonymes que de prononcer leur nom. (Lydia Flem)

Flem flâne dans la rue Férou pour mieux réapprendre à faire du monde un chez soi, faire corps avec un lieu, comme une variation sur l’Arpenteur de Kafka, sauf qu’en Arpenteuse, Flem est dans le Château, sans se savoir comment elle est parvenue à y entrer.

Comme le dit Woolf, l’expérience de la littérature est d’essayer de se mettre pour un court moment dans le corps, à la place des autres. Cette empathie, c’est habiter le monde. (Lydia Flem)

Extraits sonores

  • Lecture de Patrick Modiano le 7 décembre 2014 lors de la remise de son prix Nobel de littérature à Stockholm
  • Ruth Zylberman à propos des _Enfants du 209 rue Saint-Maur, Paris Xe, e_xtrait de l’émission Par les temps qui courent, au micro de Marie Richeux, le 1er mai 2018, sur France Culture.
  • Man Ray dans l’émission Impromptu de vacances, au micro d’Yvette Tuchband, le 3 août sur France Culture.

Bibliographie

Intervenants
  • psychanalyste et photographe, elle est membre de l'Académie royale de Belgique.

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