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Maggie O'Farrell en août 2004

Maggie O'Farrell : l'autre Hamlet de Shakespeare

28 min
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Elle nous transporte jusque dans l’Angleterre élisabéthaine pour percer le mystère de la mort du seul fils de William Shakespeare et de Anne Hathaway, qui porte le même nom que la pièce la plus célèbre du barde d’Avon. Maggie O’Farrell, auteure de “Hamnet” (Belfond, 2021), est notre invitée.

Maggie O'Farrell en août 2004
Maggie O'Farrell en août 2004 Crédits : Colin McPherson - Getty

Je crois qu’avec Hamnet, j’essaie de comprendre pourquoi ce garçon n’a jamais été étudié par l’histoire, pourquoi on ne lui a jamais donné d’importance. J’ai toujours été fascinée par le lien entre le nom de ce fils et le titre de cette pièce. Comment cela pourrait-il être une coïncidence ? (Maggie O’Farrell)

Née en Irlande du Nord, Maggie O’Farrell vit désormais en Grande-Bretagne, et elle explore la face cachée de son chantre le plus célèbre, William Shakespeare, dans Hamnet (Belfond, 2021). Le roman porte le nom du seul fils de Shakespeare et de Anne Hathaway, qui, nous explique Maggie O’Farrell, était à l’époque interchangeable avec celui de Hamlet, le héros de la tragédie la plus célèbre de Shakespeare. On n’y découvre ainsi la vie domestique de la famille de l’auteur de Macbeth, construite autour d’Anne, que Maggie O’Farrell préfère appeler Agnes, d’après le testament de son père, Richard Hathaway. Agnes est une guérisseuse, un peu voyante, très sauvage, que Shakespeare a épousée à 18 ans, et qui l’a encouragé à quitter Stratford-upon-Avon, où il est né, pour Londres, où il trouvera sa voie dans le théâtre.

Le nom de William Shakespeare est tellement chargé, dans toutes les langues, et c’était impossible pour moi d’écrire une phrase comme “William Shakespeare descend les escaliers et prend son petit déjeuner.” J’avais l’impression que cela me sortait du récit. J’ai dû me séparer de lui, retirer son nom. Je ne voulais pas que les lecteurs le voient comme ce monument de la littérature, mais comme un homme. (Maggie O’Farrell)

Agnes, si centrale dans ce roman qui interroge l’intimité d’une famille, est rapidement une mère endeuillée. On retrouve l’un des thèmes chers à O’Farrell, et qu’elle amorçait déjà dans son précédent roman, I am, I am, I am (Belfond), qui racontait les 17 fois où elle avait frôlé la mort, depuis ses 8 ans, âge auquel elle est restée alitée pendant 1 ans, malade d’une encéphalite, jusqu’à la fois où sa petite fille de 3 ans est sauvée in extremis d’une réaction allergique mortelle. Dans Hamnet, la mère est pourtant bel et bien confrontée à la mort de son enfant, inimaginable même une fois qu’elle s’est produite. Pour Agnes, comme pour son mari, il paraît impossible de survivre à cela. Jusqu’à ce que William ressuscite leur fils, donnant une portée universelle à sa douleur dans son Hamlet. A la pestilence de la peste qui emporte leur enfant, Shakespeare et O’Farrell opposent la puissance du verbe qui raconte les larmes.

Je voulais que les lecteurs ressentent le chagrin des personnages. Je ne voulais pas qu’Hamnet reste une note de bas de page. [...] J’étais très superstitieuse à propos de ce roman: je ne voulais pas l’écrire tant que mon fils n’avait pas passé l’âge de 11 ans. (Maggie O’Farrell)

Extraits sonores

  • Extrait de Hamlet, acte IV, scène 7, par Kenneth Branagh (1996)
  • Amy Hurst, archiviste au Shakespeare Birthplace Trust, raconte le registre paroissial mentionnant le nom de Hamnet Shakespeare
  • Extrait du documentaire Joan Didion : le centre ne tiendra pas de Griffin Dunne (2017)

Bibliographie

Hamnet

HamnetBelfond, 2021

Intervenants

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