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Mathias Enard

Mathias Enard, de la littérature-monde à la littérature-terroir

27 min
À retrouver dans l'émission

Mathias Enard, Prix Goncourt en 2015 pour son roman "Boussole", publie en cette rentrée "La confrérie annuelle des fossoyeurs", histoire de son Poitou natal et de la France rurale.

Mathias Enard
Mathias Enard Crédits : Godong - Getty

AprèsLa Perfection du tir en 2003, Zone en 2008, Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants en 2010, L'Alcool et la Nostalgie en 2011, Rue des voleurs en 2012 ou encore Boussole en 2015, qui lui a valu le Prix Goncourt, Mathias Enard quitte les voyages à travers le monde pour proposer un voyage dans l'Histoire de son Poitou natal dans Le banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs

C'est mon livre le plus autobiographique, il est très inspiré d'histoires que j'ai entendues, de réalités quotidiennes de mon enfance dans les Deux-Sèvres, région que j'ai quittée à 18 ans. Le livre reflète ces paysages entre la plaine et le marais. (...) J'avais envie de me plonger dans mon enfance et mes racines.    
(Mathias Enard)

Je suis gourmand, ce qui me passionne, ce sont les mots de la cuisine, comment donner faim par la description d'un plat. Ce banquet, c'est avant tout un festin de littérature.    
(Mathias Enard)

Né à Niort en 1972, Mathias Enard dédie ce livre à son père "ainsi qu’à tous ceux qui peuplent [ses] souvenirs d’enfance deux-sévrienne". Projet débuté en 2009, ce roman marque donc un retour à la terre natale après des voyages lointains, dans une littérature très ancrée géographiquement dans la région niortaise. Mais c'est aussi toute une réflexion sur le cycle de la vie et l'Histoire qui se déploie de manière très romanesque dans l'œuvre, explorant les existences antérieures des personnages, faisant voyager de la France contemporaine à celle des Guerres de Religions en passant par le règne de Clovis, la période révolutionnaire ou encore la Seconde Guerre Mondiale.

Je n'ai pas de difficulté avec le terroir, j'aime la localité dans tout ce qu'elle offre de diversité : les langues régionales, la diversité quotidienne. Le défi était de montrer que tout cela est absolument passionnant, tout dépend du regard que l'on porte dessus.    
(Mathias Enard)

Ce village, ces personnages, ce sont eux, la Grande Histoire, ce sont eux qui font notre Histoire collective.    
(Mathias Enard)

Le roman suit le parcours d'un jeune ethnologue, David Mazon, qui se rend dans la campagne niortaise pour observer son "terrain" de recherche et effectuer des entretiens qui nourriront son travail de thèse, dont le sujet est la vie à la campagne. A travers le parcours de ce scientifique en herbe découvrant son "Nouveau Monde", comme il l'appelle, plongée hors de sa zone de confort parisienne pour découvrir la ruralité contemporaine, ce sont toutes les formes de vies présentes et passées de cet univers rural que l'auteur saisit. En effet, non seulement a-t-on accès au journal de bord du personnage, qui se prend pour un Lévi-Strauss narrant ses aventures en terre indigène, mais d'autres chapitres marquent une rupture énonciative pour aborder d'un autre point de vue la vie des personnages qui peuplent le village fictif de La Pierre-Saint-Christophe, ainsi que celle de leurs ancêtres et de toutes leurs vies antérieures...

Cet anthropologue est comique car décalé : il a de grands rêves d'une anthropologie fondatrice, ce qui est déjà décalé par rapport à la recherche d'aujourd'hui, à la réalité du monde rural.  Cet observateur extérieur a un côté grandiloquent. Très vite, il va être avalé par le milieu qu'il est censé observé pour y participer de plus en plus, dévoré par son objet d'étude. (...) Ce livre raconte sa transformation : j'aime les personnages qui ne sont pas les mêmes au début et à la fin d'un livre. David Mazon va transformer sa façon d'aimer, de vivre.    
(Mathias Enard)

C'est l'occasion de saisir une région dans ses réalités actuelles et historiques. Le roman s'écrit dans un style qui va de l'autodérision dont fait preuve David Mazon au pastiche des romans de Rabelais ou des chansons de troubadours. Une écriture déambulatoire, donc, qui traverse l'histoire de la langue, explore la diversité des patois, et construit des personnages hauts en couleurs. L'ensemble propose une singulière réflexion sur la campagne aujourd'hui, sujet initial de la thèse du jeune étudiant. 

Rabelais invente un français délicieux, une puissance de la langue qu'on sent en bouche bien plus que des nourritures réelles, l'immense liberté de tout dire. Rabelais, et surtout le personnage de Gargantua, c'est aussi ce territoire entre Loire et Gironde ! C'est la coïncidence entre un auteur et une région géographique qui me fascine.    
(Mathias Enard)

La gestation de ce livre a été longue : j'avais une certaine réticence à me plonger dans mon enfance et ce territoire, et cela m'a pris du temps de découvrir la région comme si je ne la connaissais pas. C'est le livre que j'ai mis le plus longtemps à écrire : entre le premier mot et le dernier, il y a plus de dix ans.    
(Mathias Enard)

Extraits sonores :

  • Yves Rabault, dit "le barde poitevin", "La Sauce aux lumas", sur une musique de Vincent Scotto
  • L'ethnologie vue par Claude Lévi Strauss (15/04/1981, "Radioscopie", France Inter)
  • Jean-Louis Barrault déclare son amour pour Rabelais (1968, ORTF)
Intervenants
  • écrivain et producteur de "La Salle des Machines" sur France Culture
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