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"Atlantique" (Mati Diop, 2019)

Mati Diop, loin des yeux…

27 min
À retrouver dans l'émission

La réalisatrice franco-sénégalaise Mati Diop nous parle de "Atlantique", Grand prix du Festival de Cannes en salle le 2 octobre. Un film sur le départ, la mer et les fantômes de Dakar.

"Atlantique" (Mati Diop, 2019)
"Atlantique" (Mati Diop, 2019) Crédits : Les films du bal

Déjà remarquée pour son moyen métrage documentaire 1000 soleils, présenté à Cannes en 2013, Mati Diop, qui a commencé comme actrice pour Claire Denis dans 35 rhums (2008), revient avec Atlantique, Grand prix du Festival de Cannes, en salle le 2 octobre.

Un film sur l’océan, le départ et la mort : celle de Souleiman qui, avec d’autres jeunes ouvriers de Dakar, quitte son pays pour un avenir meilleur. Il laisse derrière lui Ada, promise à un autre homme. Mais les jeunes migrants ne survivent pas au voyage : ils reviennent en noyés pour hanter les leurs, réclamer vengeance ou, comme Souleiman, retrouver leurs aimés.

Je me suis aussitôt méfiée du risque d’enfermer toute une jeunesse dans ce destin-là, dans cet appel-là, d’où l’importance de raconter l’histoire des disparus […], de tenir compte de la jeunesse vivante, de sa complexité, de sa diversité, de ses contradictions ; je me suis dit je ne peux pas proposer un film, aujourd’hui, à Dakar, qui serait un énième constat pessimiste, triste, et purement mélancolique. L’idée c’est vraiment que les vivants portent en eux ces disparus, mais qu’il y ait la question d’une transcendance.     
(Mati Diop)

Dans ce film qui brasse les genres et où la musique composée par Fatima Al Qadiri occupe une place centrale, Mati Diop joue avec les genres, du film social s’intéressant à la réalité des ouvriers non payés et forcés de traverser la mer vers l’Espagne à la place des femmes dans la société, en passant par le film de revenant.

C’est la particularité même de ces disparitions [en mer], et de cette tragédie, c’est qu’elle n’a pas de nom, c’est qu’elle n’a pas laissé de traces.    
(Mati Diop)

En outre, le départ est une thématique récurrente de l’œuvre de Mati Diop : dans son premier court métrage tourné à Dakar, Atlantiques (2009), elle filme Serigne, un jeune homme qui raconte à ses amis sa traversée en mer. C’est l’époque « Barcelone ou la Mort », où des milliers de jeunes quittent les côtes sénégalaises pour un avenir meilleur en tentant de rejoindre l’Espagne.

Cette franco-sénégalaise issue de mère française et du musicien sénégalais Wasis Diop est aussi la nièce de Djibril Diop Mambety,  grand réalisateur sénégalais connu notamment pour les films Touki Bouki (1973) et Hyènes (1993). Elle rend d’ailleurs hommage à son oncle dans son moyen métrage 1000 soleils, où l’on suit l’acteur de Touki Bouki, désormais sexagénaire, qui assiste à la projection du film culte. 

Cet été, pour la sortie sénégalaise de Atlantique, Mati Diop, qui avait appris le wolof pour ce tournage, a organisé des projections en plein air dans les quartiers où il a été tourné.

« Ce que je trouvais intéressant dans Atlantique, c’est cet écart immense et fatal entre les hauteurs de cette tour […], qui incarne les dérives du capitalisme, et les profondeurs de ces abysses où meurent les ouvriers qui n’ont jamais été payés. » (Mati Diop)

Extraits sonores : 

  • Bande-annonce de Atlantique (Mati Diop, 2019)
  • Fatou Diome (Cosmopolitaine, 09/11/2003 et le 5/7 de France Culture 12/09/2010)
  • Brittany Howard, "Stay High" (Jaime, 20/09/2019)

Bibliographie

"Atlantique" (Ad Vitam, 2019)

AtlantiqueMati DiopAd Vitam, 2019

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