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Philippe Talbot (Georges Brown), Elsa Benoit (Anna)

Pauline Bureau, la Dame de l'Opéra Comique

27 min
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Dans une ambiance gothique à souhait, Pauline Bureau met en scène "La Dame blanche" de François-Adrien Boieldieu à l’Opéra Comique, du 20 février au 1er mars 2020.

Philippe Talbot (Georges Brown), Elsa Benoit (Anna)
Philippe Talbot (Georges Brown), Elsa Benoit (Anna) Crédits : Christophe Raynaud de Lage

Aujourd'hui peu connue hors de certains cercles, La Dame blanche de Boieldieu est pourtant l'oeuvre de tous les records : lors de sa création en 1825 à l'Opéra-Comique, elle a rencontré un succès triomphal immédiat qui perdurera tout au long du XIXe siècle puisqu'elle sera jouée pas moins de 1637 fois entre 1825 et 1900... Cet opéra-comique en trois actes, tiré de deux romans de Walter Scott alors immensément en vogue en France, reste la quatrième œuvre la plus jouée du répertoire de l’Opéra-comique derrière Carmen, Manon et Mignon. Saluée par Weber, Wagner ou Rossini, l'oeuvre tombe pourtant peu à peu dans l'oubli au XXe siècle. Cette nouvelle production, mise en scène par Pauline Bureau et dirigée par Julien Leroy, ressort l'oeuvre après 23 ans d'absence à l'Opéra-Comique.

Pauline Bureau est connue pour ses textes et mises en scène autour de faits ou phénomènes de société, qui lui valent souvent le qualificatif de "dramaturge du réel" : la question du genre avec Modèles en 2011, le scandale du Mediator dans Mon Coeur en 2017, le "procès de Bobigny" qui mena à la loi sur l'avortement dans Hors la loi en 2019... 

Ici, elle semble s'éloigner radicalement du contemporain pour plonger dans l'univers gothique et romantique de La Dame blanche. C'est sa deuxième mise en scène à l'Opéra-Comique après Bohême, notre jeunesse en 2018, version resserrée et réécrite par elle-même de l'opéra de Puccini.

L’élégance de la légèreté est quelque chose qui m’intéressait ici.                
(Pauline Bureau)

1759, dans un village écossais. Les éléments-clé ? Un château en déshérence hanté par une mystérieuse Dame blanche, des paysans loyaux mais crédules, une orpheline courageuse, un soldat amnésique et chevaleresque, un intendant cupide, un juge corrompu... Tous les éléments sont réunis pour un mélodrame plein de rebondissements, de passages secrets et d'apparitions fantomatiques, tels que le genre de l'opéra-comique sait si bien nous offrir.

Dans une mise en scène très soignée où costumes, lumières, décors, vidéo et même magie contribuent à recréer à merveille un univers exotique de ruine écossaise au clair de lune, Pauline Bureau livre une interprétation qui refuse la modernisation :

L’enjeu pour moi à l’opéra, c’est de raconter avec les moyens d'aujourd’hui une histoire qui s’est passée hier.              
(Pauline Bureau)

Pourtant, Pauline Bureau exhume également dans La Dame blanche des thèmes plus modernes, comme la dimension psychanalytique du retour aux racines des personnages, leur évolution caractéristique du romantisme, notamment grâce à la découverte de l'amour... 

Féministe dans la lignée de Virginie Despentes, Pauline Bureau analyse enfin une forme d'avant-gardisme de l'oeuvre dans les rapports entre homme et femme, comme le montre le personnage d'Anna, orpheline de retour au château de son enfance et qui va prendre l'apparence de la Dame blanche pour mener l'intrigue et arriver à ses fins : 

Je trouve contemporain ce mouvement qu’elle a d’aller à la fois vers son désir, d’aider George Brown et de tenir les clés de l’action.              
(Pauline Bureau)

Extraits sonores :

  • acte I, scène 1, chœur des paysans écossais
  • acte III scène 1, air d’Anna
  • Philippe Gumplovicz, "La marche de l'histoire" (France Inter, 27/12/16)
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