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Amazon, 2016, Andreas Gursky

Peter Szendy analyse « l’iconomie »

27 min
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Interroger les images, leur structure, leur circulation, leur matérialité, leur valeur, c’est là toute l'entreprise de Peter Szendy, philosophe et commissaire de l’exposition « Le supermarché des images », au Jeu de Paume (Paris, du 11 février au 7 juin 2020).

Amazon, 2016, Andreas Gursky
Amazon, 2016, Andreas Gursky Crédits : © Andreas Gursky / Courtesy de l'artiste et Sprüth Magers / ADAGP, 2019

En 2017, Peter Szendy rédige Le Supermarché du visible. Essai d'iconomie (Editions de Minuit), un ouvrage dans lequel il interroge le rapport qu’a notre société actuelle à l’image. Cet essai est à l’origine de l’exposition que présente actuellement le Jeu de Paume et dont la réflexion se construit autour de cette notion d’iconomie. Celle-ci questionne l’économie générale des images, leur histoire, leur généalogie ; c'est une notion qui créé un lien entre les théories économiques et les théories de l’image. 

Face à ce flux d'images qui déferle, je crois que le philosophe doit permettre de ralentir, de poser des questions, d'interroger.         
(Peter Szendy)

Construite autour de cinq thèmes - « Stocks », « Matières », « Travail », « Valeurs » et « Echanges » -, cette exposition thématique donne à voir le travail de 48 artistes qui interrogent à la fois la structure dans laquelle s’insèrent nos images et la production de ces images. La diversité des œuvres présentées, des supports, des genres, permet d’aborder l'image dans une définition élargie de ce qui la compose et de questionner la surabondance, la saturation du visible par les images, ce torrent incessant qui envahit l’espace mental, social, qui créé un flux infini à l’échelle humaine. 

C'est au croisement de ces deux questions : la visibilité du marché et le marché de la visibilité, que l’exposition essaie de tenir.        
(Peter Szendy)

"Le supermarché des images" cherche notamment à démontrer que, malgré une dématérialisation de l’image, cette dernière continue à avoir un impact physique, à passer par du matériel. Ces images ont une valeur énergétique, elles sont polluantes. Montrer cela, c'est montrer au spectateur cette économie invisible qui sous-tend l’architecture contemporaine des images.

Aujourd’hui, on vit dans une époque qui pense trop souvent et à tord que l'image est immatérielle. (...) Or tout cela suppose une structure matérielle.        
(Peter Szendy)

L’exposition s’ouvre sur l’œuvre monumentale d’Evan Roth : Since You Were Born. L’artiste a imprimé toutes les images stockées dans son cache web depuis la naissance de sa seconde fille. Ce sont des milliers d’images qui sont présentées au spectateur… Cette œuvre est un patchwork tentaculaire, indigeste, sans début et sans fin, sans contexte ; le spectateur ne peut en saisir que quelques bribes, quelques références. L’extrême majorité du reste lui échappe. Cette œuvre installée dans le hall questionne notre rapport quotidien aux images, c’est une confrontation physique avec cette masse que nous consommons et voyons passer.

Je ne pense pas que l’image soit une drogue, je pense qu'elle est une production. C'est une des choses que j'ai découverte en travaillant dans cette exposition.        
(Peter Szendy)

Il y a une opposition entre l’exposition, un médium qui fixe l’image, qui l’ancre dans le réel, dans l’espace physique, et la notion de flux qu'elle aborde. Elle propose d’arrêter les images en quelque sorte, d’arrêter ou de ralentir quelques instants ce flux pour pouvoir le voir, le rendre visible et le questionner. 

Ce qui s'agissait de montrer, c'était la fluidité de l'image aujourd'hui, il y a un paradoxe à vouloir matérialiser le flux et le poser dans un lieu, mais c’est grâce à ce paradoxe qu'on peut faire apparaître ce qu'on ne voit pas quand l'image circule. Matérialiser cela, c'est montrer des tuyaux, des câbles, des gens qui cliquent dans l’ombre, tout un tas de chose qu'on ne voit pas.        
(Peter Szendy)

Extraits sonores: 

  • Georges Didi-Huberman (Interview à la Librairie Mollat, 8 novembre 2011)
  • Marie-José Mondzain (France Culture, Du jour au lendemain, 19 février 2008)
  • Harun Farocki
  • Philippe Katerine, "Bonhommes", extrait de son dernier albums Confessions
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