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On refait le film, avec Chloé Galibert-Lainé

27 min
À retrouver dans l'émission

Un tourbillon d'images pour nos imaginaires virtuels: la chercheuse et réalisatrice Chloé Galibert-Lainé donne du sens à nos vertiges contemporains avec deux films à mi-chemin entre fiction et documentaire.

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Négatif photographique Crédits : Auteur : Smith Collection/Gado / Contributeur - Getty

Comment s'orienter dans la pensée à l'ère du flot numérique ? C'est la question à laquelle la chercheuse à l'ENS-PSL Chloé Galibert-Lainé consacre sa thèse en recherche et création, thèse explorant notamment l'éthique et la politique du cinéma contemporain. Elle en tire deux films, restituant l'expérience d'une réalisatrice-spectatrice, l'écran noir comme une salle de projection, l'infini horizon d'internet pour espace d'archives. Ses deux films sont disponibles sur son site internet, ainsi que de nombreux métrages qui accompagnent et nourrissent son travail de recherches théorique. 

Ces deux films sont comme des réponses à deux films qui m'ont affectée émotionnellement, presque physiquement. Je les pense presque comme des remake mais aussi comme des analyses de la mécanique que ces deux films mettent en place. (Chloé Galibert-Lainé)

Ce qui m'intéresse dans mon travail de recherche et de création, c'est l'activité spectatorielle, qu'est-ce que ça fait quand on regarde des images et qu'est-ce que les images nous font quand elles nous regardent ? (Chloé Galibert-Lainé). 

Le premier, Watching the pain of others, film entre l'essai et le journal de bord, propose une réponse intime au visionnage du film de Penny Lane, The Pain of others (2018), lui-même constitué du montage d'un ensemble de témoignages en ligne. Autant d'extraits vidéos qui documentent l'air du temps, une époque où chacun se construit un univers virtuel, une communauté " non pas d'empathie" mais plutôt " agglomérat silencieux de clics et de likes". La chercheuse filme sa réaction face à ce flot d'images, documente ses recherches pour tenter d'y voir plus clair, entre le vrai et le faux, l'authentique et la construction face à la constante mise en scène de soi sur les réseaux. 

Dans "Watching the pain of others", je voulais partager mon ressenti de spectatrice avec le film de Penny Lane qui est lui-même un film de spectatrice. (Chloé Galibert-Lainé)

Son second moyen-métrage, Forensickness, a pour point de départ le film de Chris Kennedy, Watching the Détectives (2017), film entièrement construit sur les photos partagées par les internautes à la recherche des terroristes responsables de l'attentat de Boston de 2013.  Sur les traces virtuelles des enquêteurs, Chloé Galibert-Lainé remonte le fil des correspondances, des réseaux de sens qui se déploient et s'entretiennent au travers ce kaléidoscope virtuel.

Plongée vertigineuse dans le monde d'images et de virtuel qui peuple désormais nos imaginaires individuels et collectifs, la forme même de ces deux films épouse celle de l'univers dans lequel nous évoluons : une collection d'images, de séquences, un mélange de sources qu'elle s'efforce de hiérarchiser, de comprendre au cours de longs mois de recherches dont elle nous livre le témoignage. Jeu subtil entre l'illusion de l'authentique et la construction de l'image, le " foundfootage ", technique cinématographique chère aux films d'horreurs et s'appuyant sur des vraies-fausses images d'archives, permet à Chloé Galibert-Lainé de dérouler le fil de ces recherches et de mieux saisir ce qui se cache derrière l'image. Si avec sa démarche la chercheuse fait " oeuvre " et crée un sens nouveau, son travail n'en questionne pas moins notre éducation à l'image, de notre facilité à y adhérer et l'enjeu du montage face à ce qui se donne si souvent pour " authentique ". 

Ce film est réalisé dans une espèce de sous-genre, aussi appelé "destop documentaire" : le film prend place à partir de captures d'écran. A certains moments, je montre le logiciel de montage que j'utilise à la fois pour découper et analyser le film et pour monter celui que le spectateur regarde. Ça m'intéressait de montrer les coulisses car le film pose la question de ce en quoi on croit, de la légitimité de l'expertise. En tant que chercheuse, j'étais obligée de partir d'une position d'experte, montrer de façon transparente les outils techniques que j'utilise pour produire mon discours me semblait importante, aussi pour déconstruire l'endroit d'expertise depuis lequel je parle.  (Chloé Galibert-Lainé)

Extraits sonores : 

  • Deux extraits de Watching the pain of others de Chloé Galibert-Lainé
  • Aragon  / Extrait de l’émission « Cinéma cinémas », 1964
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