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"J'accuse", Roman Polanski, 2019

Roman Polanski : la part de l’homme, la part de l’oeuvre

28 min
À retrouver dans l'émission

Alors que de nouvelles accusations de viol ont été rendues publiques contre Roman Polanski, son film "J'accuse" sort en salle de 13 novembre, un thriller historique sur l'affaire Dreyfus sous la IIIème république. La journaliste Florence Colombani et Hervé de Luze, son monteur, nous en parlent.

"J'accuse", Roman Polanski, 2019
"J'accuse", Roman Polanski, 2019 Crédits : Guy Ferrandis / Allocine

La part de l’homme, la part de l’œuvre… Séparer l’homme et l’artiste... Difficile de faire la part des choses alors que le cinéaste franco-polonais est à nouveau accusé de viol, par voie de presse, par la française Valentine Monnier. Des faits remontant selon elle à plus de quarante ans, en Suisse. Des faits prescrits qui s’ajoutent à un dossier déjà nourri et que Roman Polanski dément catégoriquement. 

Distinguer l’homme de son oeuvre, un principe d'autant plus mis à rude épreuve que le réalisateur lui-même fait le lien entre son film et sa situation.

J'ai lu ce témoignage de Valentine Monnier avec beaucoup d'émotion, j'ai trouvé que c'était un témoignage bouleversant. Il y a aussi un moment pour écouter la parole des femmes qui se libèrent. Je ne suis pas dans le désir, par amour pour le cinéma de Roman Polanski, qui est un amour réel que je ressens profondément, d'écarter ces voix qui s'élèvent, et je comprends aussi que les gens qui veulent entourer Roman Polanski de leur affection et de leur soutien soient choqués que cette accusation sorte quelques jours avant le film.    
(Florence Colombani)

J'accuse, son dernier film, sort en salle ce 13 novembre. Un thriller historique qui nous replonge dans l’histoire de la France de la IIIème République, son antisémitisme et ses institutions. 

C'est comme l'année 0 de la France antisémite et de ce qui nous mènera tout droit à l’antisémitisme de Vichy, puisque Roman Polanski montre l'antisémitisme ordinaire, celui des conversations de tous les jours, l’antisémitisme des institutions et l'antisémitisme de la rue.        
(Florence Colombani)

Roman Polanski, producteur et scénariste franco-polonais, également comédien, ainsi que metteur en scène de théâtre et d'opéra, a coécrit et réalisé cette adaptation du roman de Robert Harris intitulé D. en français (Plon, 2014), An Officer and a Spy dans sa version originale. Un projet qui date de 2013, après La Vénus à la fourrure, mais qui a été repoussé à plusieurs reprises à la suite de nombreuses difficultés de production et de casting. 

Nos invités pour en parler sont Hervé de Luze, monteur sur J’accuse, qui a travaillé sur tous les films du cinéaste depuis Tess (1979), et Florence Colombani, journaliste cinéma au Point. Productrice d’une Grande traversée Roman Polanski, Vie et destin diffusée sur France Culture à l’été 2010, elle est l’auteure de l’ouvrage du même titre paru chez Philippe Rey/France Culture en 2011.

Le film raconte l'Affaire Dreyfus, du point de vue du lieutenant-colonel Georges Picquart, chef des services de renseignement et personnage clé du dénouement de l'affaire. Il avait diffusé les preuves permettant d'innocenter le capitaine Dreyfus, français d'origine alsacienne et de confession juive accusé de trahison, mettant fin à ce scandale majeur de la IIIe République qui a duré douze ans (1894-1906).

[Le personnage de Picquart] montre toute l’ambiguïté de l'âme humaine : Picquart dit qu'il n'aime pas les Juifs, mais il est passionné par la justice et l’injustice le révolte. Il décide de défendre Dreyfus car celui-ci est victime d'une injustice. Si on avait juste pris Dreyfus comme héros, c'était une cause juste, il n'y avait pas de dimension humaine.        
(Hervé de Luze)

Conçu comme un thriller sur fond d'espionnage, J'accuse a été accueilli chaleureusement lors de sa présentation en compétition officielle à la Mostra de Venise en 2019. Il a remporté le Lion d'argent ainsi que le Prix FIPRESCI. Jean Dujardin y joue le rôle de Picquart et Louis Garrel celui de Dreyfus. Emmanuelle Seigner, Mathieu Amalric, Melvil Poupaud, Olivier Gourmet et Grégory Gadebois complètent la distribution.

On y retrouve des thématiques récurrentes de l’œuvre de Polanski, de l'enfermement (Le couteau dans l’eau : Le locataire, Carnage…), à l’antisémitisme (Le bal des vampires, Le pianiste) en passant par le goût pour le fantastique et l’angoisse (Rosemary’s Baby, La 9e porte). 

Jamais au grand jamais Roman [Polanski] ne s'est identifié à Dreyfus. [...] Il met des choses personnelles dans ses films bien sûr, mais je ne pense pas qu'il faille faire un tel amalgame.    
(Hervé de Luze)

Extraits sonores : 

  • J'accuse (Roman Polanski, 2019)
  • Roman Polanski (France Inter, L'heure bleue, 17/11/2017)
  • Quatuor pour piano et cordes no 2 en sol mineur opus 45 de Gabriel Fauré

Bibliographie

"J'accuse"

J'accuseRoman PolanskiGaumont Distribution, 2019

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