LE DIRECT
Régis Debray en 2015

Stendhal/Hugo : on refait le match

27 min
À retrouver dans l'émission

Stendhal/Hugo : qui pour l’incarner, ce génie singulier ? L’écrivain Régis Debray, Grand Prix de Littérature de l’Académie française, refait le match dans son dernier essai, "Du génie français" (Gallimard, coll. "Tracts", 2019).

Régis Debray en 2015
Régis Debray en 2015 Crédits : Fethi Belaid - AFP

L’un est « medium size », l’autre est extra-large. L’un parle de « moi », l’autre parle de tous. Dans le match de l’écrivain national, là où l’Espagne a son Cervantes et l’Angleterre son Shakespeare, en France, c’est Stendhal contre Victor Hugo. C’est ainsi que la Société des gens de lettres (SGDL) a choisi Stendhal pour représenter la France lors de l’exposition universelle de 2020. Régis Debray, lui, aurait choisi Victor Hugo.

Victor Hugo couvre l’arc entier des choses, du plus intime au plus cosmique, en passant par tous les registres de la langue et de la pensée.                      
(Régis Debray)

Écrivain et philosophe que l’on ne présente plus, l’auteur de Vie et mort de l’image, une histoire du regard en Occident (Gallimard, 1992) revient aujourd’hui avec Du génie français (Gallimard, Blanche, 2019), un essai qui dénonce une France du XXIe siècle où l’individualisme stendhalien a pris le pas sur la grandeur hugolienne.

Hugo a été victime de la monumentalisation, de son côté école primaire, cours du soir, kitsch républicain, grand-papa et pot de confiture...                      
(Régis Debray)

S’il ne s’agit pas, écrit-il, de critiquer mécaniquement l’œuvre et le personnage de Stendhal, il reproche notamment à celui qu’on appelait     « Monsieur Myself » de se limiter à un point de vue convenu, d'être fidèle à une philosophie du « ôte toi-de-là-que-je m'y–mette » qui plaît à notre ère du selfie et de la fausse singularité. A l’inverse, Victor Hugo, écrivain de l’univers et du cosmos, nous dépasse et nous élève. Il s’intéresse à l’homme de la rue autant qu’aux sommets, des Misérables à Notre-Dame de Paris.

L’énergie, le plaisir et la vérité, les trois dieux stendhaliens. Mais d’abord, le refus de la grandiloquence, le souci de parler vrai.                
(Régis Debray)

Quand Hugo décrit la bataille de Waterloo, c'est un panoramique, tout y passe. [...] Avec Stendhal, on passe de la grande Histoire à la story.                
(Régis Debray)

Il n’y a pas chez Hugo d'apitoiement philanthropique. C’est un optimiste qui a pu dire que la canaille est un commencement douloureux du peuple.                    
(Régis Debray)

Face à la disparition de l’écrivain national au profit des animateurs, chanteurs et autres figures aujourd’hui adulées - là où un André Malraux ou un Aragon étaient autrefois consultés par le pouvoir, et où la panthéonisation de Victor Hugo rassemblait des millions de personnes, Johnny Halliday et Alain Delon sont devenus les nouveaux héros nationaux -, Régis Debray craint que le génie français ne soit plus qu’une marque de soft power dépourvue de contenu. 

Stendhal ça fait chic et Hugo ça fait péquenaud, démago. […] Hugo a une situation, mais Stendhal a de la présence aujourd’hui.        
(Régis Debray)

Il appelle donc à un deuxième tour à ciel ouvert pour élire un écrivain national, le tout sur une base moins élitaire, avec un référendum d'initiative citoyenne. Car, selon lui, « la question nous concerne tous, le choix de l'identifiant collectif, du totem fédérateur, du récit partagé, bref d'une figure susceptible de faire jeu égal avec Shakespeare. Dante, Goethe, Pouchkine, Andersen, chaque pays son porte flambeau. Cela élève et cela rassemble. »

Extraits sonores : 

  • Robert Badinter, Hugo et la peine de mort (La revue des enseignants)
  • Eric Zemmour (L'Opinion, 18/09/2018)
  • Jacky Terrasson, Lacrimosa inspiré du Requiem de Mozart
  • Arnaud Laster lit Victor Hugo

Bibliographie

Le génie français

Le génie françaisGrasset & Fasquelle, 2006

Intervenants

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......