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"Watchmen" (Urban, édition 2019)

Watchmen, apocalypse en série

27 min
À retrouver dans l'émission

"Watchmen", le roman graphique d’Alan Moore et Dave Gibbons qui a fait grandir les super-héros... Autour de sa réédition et de la série de Damon Lindelof sur OCS, rendez-vous avec Yann Graf, éditeur chez Urban Comics, et Edmond Tourriol, scénariste de bandes dessinées et traducteur de comics.

"Watchmen" (Urban, édition 2019)
"Watchmen" (Urban, édition 2019) Crédits : Alan Moore et Dave Gibbons

Watchmen, le roman graphique de Alan Moore et Dave Gibbons qui, à sa sortie en 1986, a contribué à révolutionner le genre du comics de super-héros en l'élevant au rang d'art véritablement adulte. Une œuvre fondatrice et un classique qui a traversé les époques : édité en France en 1992, adapté en film par Zack Snyder en 2009, réédité en intégrale en 2012, des histoires dérivées en BD en 2014... Il est désormais réédité chez Urban Comics sous la forme de douze tomes, pour autant de chapitres dans l’œuvre originale. 

Quand j’ai découvert Watchmen, j’ai pris une baffe : ça m’a pris par la main et ça m’a emmené dans la cour des grands.              
(Edmond Tourriol)

Une édition calquée sur la publication d'origine en feuillets, plus accessible aux lecteurs qui ne connaîtraient pas encore l'univers créé par Alan Moore et Dave Gibbons. Pour en parler, nos deux invités : Yann Graf, éditeur chez Urban Comics, et Edmond Tourriol : traducteur de comics et scénariste BD, cofondateur du studio MAKMA.

L’agrégat de ces douze épisodes fait la richesse de Watchmen : à chaque relecture, on voit cette œuvre de manière différente. Watchmen, c’est de la politique fiction, une série méta-discursive sur le genre du super-héros… […] Toute l’expérience humaine est résumée dans Watchmen. (Yann Graf)

Ils nous parlent de l’œuvre phare de l’auteur britannique Alan Moore, qui marque en profondeur la scène du comic book américain en y injectant des héros réalistes et cyniques. Celui qui se fera également connaître grâce à des œuvres comme V pour Vendetta (Zenda, 1989) ou La Ligue des Gentlemen Extraordinaires (Wildstorm, 2001) publie Watchmen en 1986, une oeuvre née de la déconstruction et la réappropriation des personnages des éditions Charlton Comics rachetés parDC Comics. En outre, Alan Moore s’était déjà attaqué à Swamp Thing, la créature du Marais créée en 1971 par Len Wein et Bernie Wilson, transformant le personnage en être mi humain-mi végétal, complexe et horrifique.

Watchmen paraît à la même époque que The Dark Knight Returns de Frank Miller. Considérées comme des romans graphiques révolutionnant le genre et intégrant une véritable dimension littéraire, ces œuvres marquent la fin de l’innocence pour l’univers du super-héros. Dans la lignée du "Marvel Age" qui, dans les années 1960, montrait déjà les failles de l’homme sous le masque – ne serait-ce qu’à travers les tourments adolescents d’un Peter Parker, alias Spiderman- fait "grandir" son lecteur. 

Derrière Watchmen, il y a la volonté de mettre un point final au concept de super-héros en prenant des archétypes : le justicier masqué solitaire façon Rorschach, le justicier qui travaille pour le gouvernement comme le Comédien, […] un pseudo Batman comme le Hibou…                
(Yann Graf)

Le point de vue d’Alan Moore est de dire qu’il n’y a pas de héros, seulement des motivations égoïstes. L’homme providentiel n’existe pas ; généralement, il est là pour vous vendre autre chose.              
(Yann Graf)

Rorschach, Dr. Manhattan, le Hibou… Avec Alan Moore, pas de Superman triomphant, mais des héros névrosés et violents, alcooliques, violeurs, mais aussi courageux et dotés, pour certains, d’une morale sans compromis. Le tout dans une uchronie, un univers contre-factuel au bord de l’apocalypse, une Amérique de guerre froide où les Etats-Unis ont remportés la guerre contre le Vietnam et où Richard Nixon est président. 

Un monde qui, semble-t-il, n’est pas sans rappeler le nôtre, où l’horloge de l’Apocalyspe – inventée en 1947 pour symboliser l'imminence d'un cataclysme planétaire, motif récurrent dans Watchmen- pointe minuit moins 100 secondes, et où certains présidents ne sont pas sans rappeler le Nixon caricaturé de Alan Moore.  

Une intemporalité que la série Watchmen produite par HBO, qui vient de se terminer, ne manque pas de souligner. Se déroulant en 2019, soit 34 ans après l’histoire originale, et se référant de diverses manières à l’œuvre d’origine, la série de Damon Lindelof (Lost, The Leftovers…) s’en éloigne aussi en inventant de nouveaux personnages. La grande menace n’est plus la guerre nucléaire mais le racisme, représenté par la 7e Kavalerie, un groupe de suprématistes blancs que combattent des personnages comme Angela Abar (jouée par Regina King), ex-flic de Tulsa reconvertie en boulangère, alias Sister Night

Je regrette que l’ensemble urbain de la série ne corresponde pas à celui des comics et de ce qu’on attend des super-héros : pour moi, les super-héros sont les nouveaux dieux de notre civilisation urbaine. Or ici, ils sont à la campagne.          
(Edmond Torriol)

La preuve que l'univers d'Alan Moore se poursuit aujourd'hui, entre exégèse, critiques de fans et références diverses.

Pour aller plus loin : "Les villes de SF, prochain arrêt Metropolis", une émission qui s'intéresse à l'importance de l’imaginaire et des œuvres de fiction dans la construction de l’image de la ville. Comment sont représentées les villes dans les dystopies ? Sur quel schéma ces villes sont-elles bâties ? D’où vient cette idéologie anti-urbaine ? A écouter ici.

Extraits sonores : 

  • Alan Moore (France Inter, "Boomerang", 2017)
  • Bande annonce de la série Watchmen de HBO (Damon Lindelof, 2019)

Bibliographie

Couverture "Watchmen" d'Alan Moore

WatchmenAlan MooreUrban Comics / Coll. DC ESSENTIELS, 2012

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