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Yan Morvan, 1981

Yan Morvan, l’insurrection dans le viseur

27 min
À retrouver dans l'émission

Que peut nous dire l'image fixe de notre histoire partagée? Retour avec le photographe Yan Morvan, exposé à Paris Photo du 7 au 10 novembre 2019, sur une carrière qui l'a amené à capturer des moments d'histoires individuelles et collectives.

Yan Morvan, 1981
Yan Morvan, 1981 Crédits : Yan Morvan

Yan Morvan, photojournaliste membre du studio Hans-Lucas depuis 2015, dont plusieurs travaux seront exposés au festival Paris Photo, du 7 au 10 novembre 2019,  a été le chroniqueur et le témoin des conflits mais aussi des révoltes et des cultures marginales qui ont jalonné ces quarante dernières années. Des blousons noirs parisiens des années 1970 à la guerre civile du Liban, son travail a une valeur à la fois artistique et historique et est toujours animé par une même éthique humaniste. 

Je ne me considère pas comme un photographe de guerre, j'ai fait ça pendant longtemps. La guerre, c'est quelque chose comme un no man's land de la vie. On vit très intensément mais on ne vit pas du tout. La guerre, c'est quelque chose de très trivial, c'est laid, ça n'a strictement aucun intérêt. Je m'y suis habitué, mais ce n'était pas mon intention d'être reporter de guerre. Il ne faut pas y aller pour changer le monde, ça ne peut pas marcher. Il faut y aller pour faire son boulot, c'est tout.            
(Yan Morvan)

Yan Morvan utilise une grande diversité de matériel photographique, passant du noir et blanc argentique au cibachrome couleur, de la chambre Deardorff au Leica 24x36. Il a aussi un grand souci des méthodes de tirage, dont il change régulièrement. Sa formation journalistique explique peut-être chez lui un souci du témoignage social, bien que ses photographies soient souvent instinctives, en prise directe, au flash. Il photographie aussi bien des territoires de guerre et des zones civils que des ruines.

Je ne suis pas mystique mais on a une mission. Je sais ce que je dois faire et ce que je dois à ces gens qui m'ont accordé leur confiance, qui se sont laissés photographier. On a de moins en moins de connaissance du passé et, du coup, on ne comprend plus le présent. Mon travail sur Bobby Sands documente le Brexit. Le passé permet de penser le présent et l'avenir.            
(Yan Morvan)

Au Liban, où il sera condamné à mort à deux reprises, il ne se contente pas de photographier les scènes de guerre mais fait aussi des très nombreux portraits qui lui rendent peu supportables des photographies se contentant de retranscrire la violence de façon impersonnelle. Lui a le souci de donner à voir la souffrance quotidienne et ce qu’est la vie dans un contexte guerrier.

Je suis resté tellement longtemps dans le Liban en guerre que j'ai fini par me dire : "ce n'est pas ça qu'il faut faire". Je gagnais de l'argent en prenant des photos, mais, quand tu es sur un champ de mine, tu ne penses pas à ton compte en banque. Alors, je me suis dit "il faut montrer les gens". Ces gens qui tous les jours sont pilonnés. Dire qui ils sont, raconter leur histoire.            
(Yan Morvan)

Le photographe a très tôt pris ses distances avec les organes de presse, préférant raconter des histoires individuelles et collectives plutôt que de diffuser des "photos-chocs". 

La presse est quelque chose de tout à fait anxiogène, elle ne se nourrit que de mauvaises nouvelles. Je n'ai jamais voulu photographier de cadavres malgré les demandes, j'ai toujours voulu les laisser en paix. Il y avait une folie, des gens sans foi ni loi qui faisaient ce métier et qui pouvaient vous rendre cynique.            
(Yan Morvan)

Son premier livre est un travail à portée sociologique sur les "blousons noirs" des quartiers parisiens des années 70. C’est ce travail qui fera de lui l’un des principaux photojournalistes de Paris Match, puis du Figaro Magazine jusqu'en 1980. Il est le premier à documenter cette vie marginale au plus près de la réalité et sans commentaires ou jugements de valeur. Ce travail a aussi une valeur  historique, au sens où il fait apparaître toute l’influence de la culture américaine sur une frange de la jeunesse de l'époque.

Il n'y a plus de censure politique aujourd'hui, il y a une censure commerciale.            
(Yan Morvan)

Extraits sonores:

  • Mashrou Leila / Fasateen, Extrait de l'album « The Beirut school » sorti en mars 2019.
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