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PHOTOPQR/LA MONTAGNE / Carole Thibaut dans l'installation immersive de sa création : "Une liaison contemporaine" en 2017

Inégalités femme/homme dans le spectacle vivant : rien ne change ?

1h04
À retrouver dans l'émission

Après les rapports coup de poing pour l’égalité des femmes et des hommes dans les arts du spectacle de 2006 et 2009 révélant de criantes discriminations, qu'en est-il aujourd'hui ? Alarmant constat de Carole Thibaut et Reine Prat. 2ème partie : portrait de l'écrivaine Dominique Sigaud.

PHOTOPQR/LA MONTAGNE / Carole Thibaut dans l'installation immersive de sa création : "Une liaison contemporaine" en 2017
PHOTOPQR/LA MONTAGNE / Carole Thibaut dans l'installation immersive de sa création : "Une liaison contemporaine" en 2017 Crédits : Photo : Florian Salesse

PREMIÈRE PARTIE : Inégalités femme/homme dans le spectacle vivant : rien ne change ?

Avec Carole Thibaut, autrice, metteuse en scène, comédienne et directrice du Centre dramatique national de Montluçon

et Reine Prat, autrice des rapports ministériels de 2006 et 2009 sur les inégalités dans les arts du spectacle

Le 13 juillet dernier au Festival d'Avignon, Carole Thibault, directrice du Centre national dramatique de Montluçon depuis 2016 et artiste engagée qui milite pour l’égalité des femmes et des hommes à travers le mouvement HF a dénoncé dans un puissant discours la programmation du festival IN, présentant 9% d’autrices femmes pour 91% d’auteurs hommes, stigmatisant une « dichotomie totale entre la présence des spectatrices et la vision du monde très masculine dans laquelle la femme y est souvent dépeinte de façon très stéréotypée à travers le regard de l’homme qui la considère toujours un peu comme l’autre. Celle qui ne fait pas trop partie de la donnée universelle. »

Reine Prat est quant à elle l’autrice de deux rapports pour l’égalité des femmes et des hommes dans les arts du spectacle datant de 2006 et 2009, commandités par le ministère de la Culture, qui révèlent les discriminations criantes entre les hommes et les femmes employés dans le secteur du spectacle vivant. Ces deux rapports qui font l’effet d’une bombe font naître le mouvement HF qui lutte pour une représentation égalitaire femme/homme des artistes et des professionnels du spectacle.

Rapport de 2006 de Reine Prat

Rapport de 2009 de Reine Prat

La nouvelle feuille de route du ministère de la Culture s’appuie sur les préconisations que j’avais faites il y a douze ans mais rien ne change. Il faut donc prendre les choses de façon très différente. Il faut démonter les systèmes d’assignation qui font qu’on a décidé que les porteurs de pénis auraient telles ou telles compétences et que les porteuses de clitoris et de vagin en auraient d’autres, c’est une convention artificielle.          
Reine Prat

Le milieu culturel et artistique est vécu en interne comme ouvert, démocratique, très en avance sur les questions de représentation humaine sociétales et qui fonctionne malheureusement structurellement comme toute notre société qui se vit comme très démocratique, ouverte, mais sur des règles extrêmement archaïques et patriarcales mais qui sont totalement inclues, ingérées, qui font partie de notre subconscient collectif.          
Carole Thibaut

L’art est une représentation symbolique et c’est pour ça que la place de l’artiste est très spécifique dans nos sociétés, mais le problème c’est que ceux qui tiennent ce pouvoir, ce sont des hommes, dans le sens des héritages qu’on constitue.          
Carole Thibaut

Sons diffusés en première partie :

Discours de Carole Thibaut à Avignon
Extrait des Nuits magnétiques sur France Culture le 02/02/1979, lecture de Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir puis archive de Simone de Beauvoir
Clara Luciani, La baie

DEUXIÈME PARTIE : Dominique Sigaud

Dominique Sigaud est écrivaine, grand prix SGDL 2018 pour son oeuvre, auteure de Dans nos langues aux éditions Verdier (2018), elle sera présente au festival du Banquet du livre d’été de Lagrasse du 4 au 10 août 2018.

Pourquoi les langues devraient-elles être les mêmes ? Ce qui nous fonde, c’est précisément notre singularité. Il est normal que nous ayons chacun notre langue puisque nous venons chacun nous-mêmes de langues différentes. Le seul lieu dans lequel on apprend à entendre des langues singulières c'est la littérature.

Ce que je trouve touchant quand j’arrive à écrire, ce qui signifie être dans un état assez particulier, m’écarter de moi-même, c'est que quelque chose d’assez interne prend le relais, qui va venir nommer d’une manière que parfois moi je ne sais pas. Des phrases viennent sous ma main dont je ne sais rien. 

La langue est un axe à l’intérieur de soi. Ça aide à repousser les vilains, les prédateurs. Pour une fille c’est essentiel d’avoir une langue. Une fille à qui on n’a pas autorisé à structurer sa langue, la bâtir, ne peut pas dire « dégage ». Une langue c’est autant ce qu’on est incapable de dire que ce qu’on est capable de dire. 

Un extrait de l'entretien en vidéo :

Sons diffusés en seconde partie :

Roland Barthes sur la littérature, Collège de France 1977, dans Les vendredis de la philosophie sur France Culture le 29/10/2004

Bibliographie

Intervenants
  • autrice, metteuse en scène, comédienne et directrice du centre dramatique national de Montluçon
  • autrice des rapports ministériels de 2006 et 2009 sur les inégalités dans les arts du spectacle
  • écrivaine
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