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Le metteur en scène Claude Régy à Paris le 12 novembre 2015

Claude Régy : un dernier silence

33 min
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Il a ouvert un nouveau répertoire dramatique et développé une nouvelle esthétique. Retour sur l'oeuvre du metteur en scène Claude Régy, figure du théâtre français, décédé à 96 ans dans la nuit du 25 au 26 décembre.

Le metteur en scène Claude Régy à Paris le 12 novembre 2015
Le metteur en scène Claude Régy à Paris le 12 novembre 2015 Crédits : Joël SAGET / AFP - AFP

Dans le documentaire d’Alexandre Barry, Du régal pour les vautours (2016), il disait à propos de sa longue et riche carrière au théâtre : “Je me demande comment j’ai pu créer un nouveau spectacle à peu près chaque année, pendant soixante ans. Pour moi, c’est un mystère absolu". Le metteur en scène Claude Régy est décédé à 96 ans dans la nuit du 25 au 26 décembre. Son dernier spectacle, Rêve et folie, de Georg Trakl, date de 2016.

Claude Régy voulait vraiment saisir la dimension de l'inconscient dans la parole, dans le langage, et c'est cela qu'il a essayé de mettre en scène ; en s'intéressant notamment à la folie.        
(Leslie Kaplan)

Il voulait nous mettre en contact avec une autre réalité, nous faire toucher un réel beaucoup plus dense, avec plus de niveaux, et c'est cela que l'on expérimentait.        
(Leslie Kaplan)

Pour en parler, Leslie Kaplan, écrivaine, dont le texte Le Criminel a été mis en scène par Claude Régy au Théâtre de la Bastille en 1988. A ses côtés, Arnaud Rykner, professeur d’études théâtrales à Paris III, ancien assistant et dramaturge de Claude Régy. Egalement présents par téléphone, le chorégraphe Jérôme Bel etla comédienne Valérie Dréville, qui a longuement et régulièrement collaboré avec Claude Régy (Le Criminel, de Leslie Kaplan en 1988, La Mort de Tintagiles de Maurice Maeterlinck, en 1997…).

L’occasion de revenir sur un parcours, une œuvre et une pensée d’une grande richesse, pour une figure tutélaire du théâtre contemporain : Né à Nîmes en 1923, c’est d’abord vers la littérature que Claudé Régy se tourne adolescent, et particulièrement vers la lecture de Dostïevski qui, dit-il, "agit en lui comme un coup de hache qui brise une mer gelée".

Un soir de 1944, il découvre Les Mouches, de Jean-Paul Sartre. Moment fondateur : il commence à étudier l’art dramatique auprès de Charles Dullin, un grand comédien du XXème siècle à l’origine du Théâtre de l’Atelier à Montmartre. En 1952, il fait sa première mise en scène : Dona Rosita de García Lorca. Jusqu’au milieu des années 1960, il connaît essentiellement un succès d’estime, puis vient le triomphe, avec La Collection et L’Amant en 1965. 

Il avait une position à la fois marginale et centrale, puisqu'il n'a cessé de rayonner sur tout le monde du théâtre. Il était le plus jeune de tous les metteurs en scène du théâtre contemporain.        
(Arnaud Rykner)

Si son travail se penche pour beaucoup sur des auteurs contemporains (L’Amante anglaise de Marguerite Duras en 1968, La Chevauchée sur le lac de Constance de Peter Handke en 1974…), il s’est aussi intéressé à des classiques plus anciens : En 1984, il est invité pour la première fois à la Comédie-Française et délaisse alors les auteurs contemporains pour Tchekhov, dont il met en scène Ivanov, avec Miloud Khétib, Jean-Paul Roussillon, Roland Bertin, Christine Fersen.

En outre, Claude Régy est connu pour son lien avec différents noms de la scène théâtrale et cinématographique : en 1973, il présente Isma de Nathalie Sarraute, un de ses auteurs de cœur. Le rôle principal revient à un Gérard Depardieu quasiment inconnu alors, avec, à ses côtés, Jeanne Moreau, Delphine Seyrig, Sami Frey et Michael Lonsdale

On sait bien que Claude Régy ne voulait pas que l'on assiste aux répétitions, il disait que c'était comme rentrer dans le ventre d'une femme.        
(Arnaud Rykner)

Entre 1974 et 1981, il met en scène Nathalie Sarraute (C’est beau), Marguerite Duras (de nouveau L’Amante anglaise, puis L’Eden Cinéma, avec Madeleine Renaud et Bulle Ogier), Peter Handke (une nouvelle création en France, Les gens déraisonnables sont en voie de disparition, toujours avec Gérard Depardieu). 

Surtout, sa vision du théâtre prône un travail "hétérogène", qui fasse réagir. Car, dit-il dans un entretien "A voix nu" donné en 2006 à Laure Adler, "Le théâtre doit être violent". La liberté dont il bénéficiait pour choisir ses textes, ses scénographies, ses collaborateurs, dit-il, lui ont permis de s’entourer de personnes qui acceptaient de prendre des risques à ses côtés, et d’"aggraver " son goût de la recherche. 

C'était quelque chose d'incroyable d'avoir Claude Régy comme professeur , il nous disait : "Arrêtez-donc de vouloir jouer et rêver à votre texte". Je crois que le travail avec Claude Régy m'a laissé des traces indélébiles. Claude disait toujours qu'il ne savait pas, il nous mettait dans un état de doute, d'incertitude, il nous demandait d'abandonner tout ce que l'on sait en tant qu'acteur, cela demande un abandon, un lâcher-prise.        
(Valérie Dréville)

Celui pour qui "le silence est aussi une forme d'écriture" s’intéressait également au concept des "non nés" développé par Sarah Kane dans 4.48 Psychose, qu’il a mise en scène et pour laquelle il a fait jouer Isabelle Huppert. Ainsi, "La part d’incréé, dit-il, fait partie de la création, ce qui n’est pas dans le livre, ce qui n’a jamais été écrit, fait aussi partie du livre". Soucieux aussi de la spatialité de la scène, notamment dans sa mise en scène de Comme un chant de David (joué du 18 janvier au 23 février 2006 à la Colline), et où il déconstruit la notion même de spectacle pour faire circuler sa comédienne dans un carré, il tient à garder une forme d’intimité avec son public.

C'est quelqu'un qui vous autorise à ne pas subir son autorité. C'est un théâtre qui me permet de retourner à un espace de moi-même que je ne connaissais pas.        
(Jérôme Bel)

Extraits sonores : 

  • Claude Regy sur la mort (France Culture, Hors champs, 13/06/2012)
  • Bulle Ogier (franque Culture, A voix nue, 12/02/2010)
  • Claude Regy à propos de Eden Cinéma (TF1, 26/11/1977)
  • Claude Regy (France Culture, A voix nue 16/07/2012)
  • Claude Regy sur le silence (France Culture, Hors champs,13/06/2012)

Bibliographie

"Espaces Perdus" (Les Solitaires Intempestifs, 1998)

Espaces perdusClaude RégyLes Solitaires Intempestifs, 1998

L'ordre des morts

L'ordre des mortsLes Solitaires Intempestifs, 1999

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