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  [Illustrations de L'Océanie en estampes ou Description géographique et historique de toutes les îles du Grand Océan et du continent de la Nouvelle Hollande, Notasie, Polynésie, Australie] / [Non identifié]

Avec Christophe Granger, comprendre notre vie à travers celle d'un autre

33 min
À retrouver dans l'émission

Etrange biographie d'un inconnu au parcours extraordinaire, "Joseph Kabris ou les possibilités d’une vie" (Anamosa, 2020), lauréat du Prix Femina Essai, nous permet de mieux comprendre notre propre vie en comprenant la sienne. On en parle avec son auteur, l'historien Christophe Granger.

  [Illustrations de L'Océanie en estampes ou Description géographique et historique de toutes les îles du Grand Océan et du continent de la Nouvelle Hollande, Notasie, Polynésie, Australie] / [Non identifié]
[Illustrations de L'Océanie en estampes ou Description géographique et historique de toutes les îles du Grand Océan et du continent de la Nouvelle Hollande, Notasie, Polynésie, Australie] / [Non identifié] Crédits : Jules et Edouard Verreaux, aut. du texte (source Gallica BNF)

Christophe Granger est historien, membre du comité de rédaction de Vingtième Siècle. Revue d’histoire, du Centre d’histoire sociale du xxe siècle (Paris-1/CNRS), l'un des fondateurs, également, de la revue Sensibilités et directeur scientifique de Anamosa.

Il publie Joseph Kabris ou les possibilités d’une vie (Anamosa, octobre 2020), lauréat du Prix Femina Essai. Un livre completé d'images et de diverses archives pour présenter le cas de Joseph Kabris. Celui que  l'on surnommait le « prince des sauvages »  a, aux dires de ses contemporains, mené une vie qui valait d'être vécue.

Ce qui m’intéressait, c’était un individu socialisé par des mondes différents, et comment il passe de l’un à l’autre, comment est-ce qu’il trimballe des morceaux de son passé pour arriver à avancer. Kabris était un merveilleux personnage pour arriver à me poser toutes ces questions.(Christope Granger)

Jeune corsaire originaire de Bordeaux, mais dont le passé est plein de nombreuses zones d'ombre, il a vécu des années dans une tribu des îles Marquises, sur l'île de Nuku Hiva, où il gagne la protection d'un chef et s’intègre au point d'oublier sa propre langue et de changer de nom. Embarqué au bout de quelques années sur un navire russe – malgré lui ou de manière consentante selon les versions-, il montre son corps tatoué et raconte son histoire extraordinaire, choisissant plus ou moins les détails de son récit, en Russie, où il obtient les faveurs du tsar, puis à Paris. Après avoir dû quitter la splendeur des grands salons pour une vie dans les foires, il meurt en 1822 à Valenciennes, à l'âge de 42 ans.

Pour Christophe Granger, ce qui importe ne réside pas dans la véracité du récit que Kabris fait de sa vie. Il s'agit avant tout de comprendre comment Kabris a fait pour adopter les mœurs des sociétés humaines si étrangères les unes aux autres qu’il fut amené à côtoyer, et comment il a pu incorporer les acquis de ces différentes univers pour ses expériences ultérieures. Lorsqu'il devient baleinier, marin, chef de guerre, dit Christophe Granger, il le fait pour de bon, tout entier.

Ainsi, l'auteur analyse dans quelle mesure une vie d’individu est construite socialement. Selon lui, “comprendre comment on devient Joseph Kabris permet d’entrer dans les logiques sociales suivant lesquelles s’opère la construction d’une vie d’individu”. Il ne s'agit pas pour autant de céder à la théorie bourdieusienne de l'habitus (Christophe Granger parle d'en explorer la « boîte noire »), ni de dire que Kabris est le pion impuissant d'un destin qui le dépasse.  

Toute sa vie est, un peu comme nos vies, traversée par des déterminations sociales qui pèsent sur nos habitudes et sur ce qu'il nous est possible de faire dans la société où l'on se trouve. Kabis peut s'appuyer sur la célébrité : ce n'est pas lui qui décide d'être célèbre, il a été « sélectionné » pour tout un tas de propriétés que l'on trouve extraordinaires. (Christophe Granger)

A terme, cette « biographie sociologique », comme il nomme sa démarche, permet aussi de comprendre que « Jeter sa vie dans celle d’un autre, (…) c’est tenir un moyen de comprendre la sienne ».

Extraits sonores : 

  • "A voie nue : Alain Corbin" au micro de Virginie Bloch-Lainé  (11/09/2019)
Intervenants
  • historien, directeur scientifique de "Anamosa", membre du Centre d'histoire sociale du XXe siècle (Paris 1/CNRS)
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