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Pile de livres à la maison à l'intérieur

Book Club sortie de crise : des livres pour revivre

34 min
À retrouver dans l'émission

Deux grandes figures de la pensée nous livrent leurs conseils de lecture : Alain Finkielkraut et Edgar Morin nous parlent de quelques livres qui éclairent ce moment de crise et qui donnent un élan pour aller de l'avant.

Pile de livres à la maison à l'intérieur
Pile de livres à la maison à l'intérieur Crédits : elenaleonova - Getty

Deux grands penseurs vous ouvrent leur petite bibliothèque de crise, une invitation à éplucher les livres qui éclairent le moment présent et aident à envisager l'avenir. Producteur de l'émission Répliques sur France Culture, auteur de L'identité malheureuse (2013) chez Stock et d'un livre autobiographique, A la première personne (2019), chez Gallimard.

A ses côtés, le sociologue et philosophe Edgar Morin, penseur de la complexité, que nous recevions dans une précédente Grande table autour de son livre mémoire Les souvenirs viennent à ma rencontre (Fayard, 2019). Il publie désormais Changeons de voie (Denoël), un essai où il tire des leçons du coronavirus en dialogue avec Sabah Abouessalam.

Il s’y présente comme l’enfant de toutes les crises qu’il a vécues du haut de ses 99 ans. Avec, pour le guider tout du long, les fameuses trois questions de Kant : « Que puis-je savoir ? Que puis-je croire ? Que puis-je espérer ?". Dans cette incertitude généralisée, dit-il, l’on ne peut faire que des paris, au risque de se tromper.  Il revient notamment sur la crise sanitaire qui met en lumière les failles de la politique néolibérale ainsi que sur l’absence de solidarité dévoilée par les interdépendances.

C’est une crise multidimensionnelle et presque totale, parce qu’elle concerne aussi bien nos existences personnelles, nos relations familiales, affectueuses, nos comportements qui, d’extravertis, ont été obligés d’êtres introvertis dans le confinement ; nos meurs, notre civilisation, notre nation qui a été privée des médicaments les plus importants et qui s’est reformée sur elle-même dès l’arrivée du coronavirus, l’Europe qui s’est trouvée prise de cours, et, je dirais, la planète, l’humanité, qui s’est trouvée dans la même aventure incertaine.  
(Edgar Morin)

Se disant surpris par les événements, Alain Finkielkraut prône de garder une certaine humilité face à un événement tragique et aléatoire. Il en appelle en outre à une certaine prudence quant à toute projection à venir. Pendant le confinement, il dit ne pas s'être senti de taille à "surplomber l'événement lui-même", d'où la nécessité de temps pour le digérer et en écrire quelque chose.

J’aimerais en cette époque d’après crise que l’on soit un peu plus compréhensifs à l’égard des politiques, parce que ça les aiderait, et ça nous aiderait aussi à penser le moment que nous vivons.
(Alain Finkielkraut)

Je ne suis pas quelqu’un qui surplombe, je suis quelqu’un qui est dans le monde, j’ai toujours eu cette conceptions, disons, d’une communauté de destins humaine.  
(Edgar Morin)

Même avant cette crise du coronavirus, nous dit Edgar Morin, l’humanité subissait une crise : la crise écologique, la grève des retraites, le mouvement des gilets jaunes, illustraient déjà une crise générale des démocraties. La preuve, selon lui, que le processus commencé à la Renaissance, et qui charriait avec lui de grands progrès culturels, économiques, politiques… arrive à épuisement.

Pour ce Book Club spécial sortie de crise, nos deux invités nous livrent leurs suggestions : pour Alain Finkielkraut, ce sera Le principe responsabilité (1979) de Hans Jonas,  qui, dit-il, parle du temps venu d'une éthique de la conservation, et non pas du progrès et du perfectionnement indéfinis. une invitation à un décentrement de l'Homme, et l'occasion de revenir sur la crise écologique, marquée par la disparition des espèces. la responsabilité va donc au-delà de l'humain. Avec Némésis de Philippe Roth, son dernier livre publié en France en 2012 où il imagine une épidémie de Polio à Newark en 1944, il s'agit de démesure et de culpabilité.

Je crois que nous devrions garder avec un peu plus d’humilité le sens du tragique.
(Alain Finkielkraut)

Avec Edgar Morin, ce ne sont pas les morts ni les grands classiques qui éclairent aujourd’hui les vivants: il nous recommande trois essais de crise écrits pendant le confinement : Et après! de l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, L'économie de la vie de Jacques Attali et Leur Folie, Nos Vies du député France Insoumise François Ruffin, trois essais qui questionnent durablement la mondialisation et qui remettent l'urgence climatique au premier plan. Enfin, L'Amour aux temps du choléra de Gabriel Garcia Márquez (1985), pour Edgar Morin, et La Princesse Casamassima de Henry James (1886), pour Alain Finkielkraut concluent cette dernière Grande table. deux oeuvres touchant au passé, à la civilisation et à la passion.

Une émission en partenariat avec Le Nouveau Magazine littéraire. dans son numéro de juin, il vous présente une sélection de livres pour revivre.

Extraits sonores : 

  • Philip Roth (extrait du documentaire Philip Roth, sans complexe de William Karel et Livia Manera, diffusé sur Arte le 19 septembre 2012)
  • Gabriel García Márquez, l'écriture sorcière de Mauricio Martinez-Cavard et Yves Billon (1998).
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