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Au Libéria, une petite fille tient un carton découpé à la forme de l'Afrique

Carlos Lopes: Afrique, quels futurs possibles ?

32 min
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Après quatre années passées à la tête de la Commission économique pour l’Afrique, Carlos Lopes tente de casser un récit simpliste sur "l'essor de l’Afrique", et identifie huit grands défis que devra relever le continent. Il propose de nombreuses pistes pour repenser le développement en Afrique.

Au Libéria, une petite fille tient un carton découpé à la forme de l'Afrique
Au Libéria, une petite fille tient un carton découpé à la forme de l'Afrique Crédits : MissHibiscus - Getty

Dans L’Afrique est l’avenir du monde. Repenser le développement (Seuil), Carlos Lopes, autrefois  secrétaire exécutif de la Commission économique pour l'Afrique des Nations unies, aujourd’hui haut représentant du président de la Commission de l'Union africaine, interroge le futur de l’Afrique, notamment à travers la question du développement. Il est l’un de ceux qui soutiennent une réforme de la vision de l’aide au développement, qui s’est en partie concrétisée le 2 mars 2021 lorsque l’Assemblée Nationale a voté un texte visant à augmenter l’aide publique au développement, afin d’atteindre enfin d’ici 2025 les 0,7% du revenu national brut promis depuis 1970.

Le constat est facile à généraliser: l’aide n’a pas toujours été efficace, mais surtout ce qui n’a pas été produit par l’aide au développement est un changement dans la structure de l’économie, qui repose structurellement sur le modèle colonial de l’exportation de matière première, qui relègue l’Afrique à un rôle mineur. (Carlos Lopes)

Carlos Lopes veut penser pour l’Afrique une voie de développement nouvelle, loin de l’idée selon laquelle les pays “en voie de développement” devraient suivre le modèle de développement connu par les pays “avancés”. En effet, les défis posés par la crise écologique montrent clairement que l’industrialisation à l’Occidental est une impasse. En tirant les leçons de cet échec, l’Afrique devrait ainsi imaginer un autre modèle d’industrialisation, plus vert et plus durable.

On doit toujours apprendre des erreurs passées: aujourd’hui on a une conscience écologique plus poussée, et on ne peut pas reproduire le modèle asiatique de développement qui a un coût environnemental très important même s’il a réduit la pauvreté. Les règles de commerce, les régimes de propriété intellectuelle rendent difficile l’industrialisation de l’Afrique. Mais les atouts de l’Afrique doivent être mis en évidence: les coûts de l’énergie renouvelable sont devenus compétitifs, et l’Afrique peut directement aller vers les énergies renouvelables. La première difficulté n’est pas technologique, c’est celui de la fiscalité, qui protège un tissu industriel basé sur les énergies fossiles, et qui est très difficile à défaire, comme on a pu le voir en France avec les Gilets Jaunes. (Carlos Lopes)

Ce défi industriel africain se pose en grande partie dans le secteur agricole, qui repose aujourd’hui en majorité sur de petits exploitants qu’il s’agit d’accompagner sur la voie de la modernisation afin d’être en capacité de nourrir une population en pleine expansion. La colonne vertébrale agricole devrait aussi permettre de fournir à la population jeune toujours plus importante un travail, puisque Lopes estime à 10 millions le nombre d'emplois nouveaux nécessaires chaque année pour absorber les nouveaux arrivants sur le marché du travail.

On ne peut pas industrialiser de la même façon au même moment de l’histoire : il reste à l’Afrique, qui est très en retard, la possibilité de le faire en tenant compte des trois grandes tendances, la tendance climatique, la tendance technologique et la tendance démographique. (Carlos Lopes)

La révolution écologique pourrait ainsi commencer en Afrique, qui présente l’avantage de ne pas avoir à restructurer une industrie polluante déjà existante, mais aussi parce que le continent offre certaines des meilleurs ressources mondiales en biomasse, géothermie, hydroélectricité, énergie éolienne et solaire. L'Afrique a à peine commencé à exploiter son potentiel, y compris celui de l'économie bleue. La feuille de route du développement que propose Carlo Lopes s’accompagne aussi d’un versant plus politique: comment financer le développement, comment re-penser le contrat social afin de promouvoir un développement réellement durable, comment renégocier la place de l’Afrique vis-à-vis de ses partenaires étrangers, notamment chinois ? Autant de questions auxquels Carlos Lopes apporte des réponses qui lui font dire que l’Afrique est bel et bien l’avenir du monde

Nous avons le plus grand espace maritime au monde: les ressources halieutiques des côtes africaines sont les mieux préservées au monde, alors qu’il n’y a plus assez de poissons dans le reste du monde. C’est aussi de la mer que viendra, à l’avenir, des énergies nouvelles, comme l’hydrogène, et même des minerais. (Carlos Lopes)

Extrait sonore

  • Reportage RFI au Ghana de Marine Jeannin (7 décembre 2020)
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