LE DIRECT
Rassemblement de Gilets jaunes place de la Bourse à Paris le 28 décembre 2019

Carnets d’un anthropologue sur les barricades

34 min
À retrouver dans l'émission

Quarante ans d’éthno-anthropologie dans les lieux de pouvoir, l’occasion de revenir sur l’esprit de révolte autant que sur une certaine pratique anthropologique. Marc Abélès, directeur d'études à l'EHESS, est notre invité.

Rassemblement de Gilets jaunes place de la Bourse à Paris le 28 décembre 2019
Rassemblement de Gilets jaunes place de la Bourse à Paris le 28 décembre 2019 Crédits : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP - AFP

De Mai 68 aux Gilets jaunes, carnets d’un anthropologue sur les barricades…Marc Abélès est anthropologue, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, directeur de recherche CNRS et titulaire de la chaire Anthropologie globale du luxe. Voilà quarante ans qu'il étudie les lieux de pouvoir, du Parlement européen à la Silicon Valley, en passant par le pays du luxe, dans le cadre d'une "observation participante". Cette fois, il passe de l’autre côté des barricades et signe Carnets d'un anthropologue : de Mai 68 aux Gilets jaunes (Odile Jacob,  2020), un essai sur l’esprit de révolte.

Revenant sur son expérience personnelle autant que sur sa discipline, l’anthropologie politique, il compare les mouvements de Mai 68 et des Gilets jaunes, les rapprochant, sans se livrer aux amalgames, à d’autres mouvements de contestation tels que Nuit Debout ou Indignados.

Il souligne ainsi les modalités de la parole spécifique à chacun de ces mouvements, s’inspirant pour cela de son expérience auprès des Ochollo, en Ethiopie. Un peuple qui, dit-il, valorisait l’assemblée et le lieu du politique, personne ne s’arrogeant le pouvoir lors des délibérations. 

Le mouvement des "Gilets jaunes" m’a marqué par l’idée que personne n’était là pour s’élever au-dessus des autres. On connaît les critiques qui ont surgi, notamment de la part des politologues. Mais ils ont fait émerger une question très importante, qu’on va retrouver partout. Ce qu’on voit, c’est que, à force de créer et de concentrer de la représentation, on arrive à des désastres politiques car ce sont des individus qui fonctionnent trop séparés du monde.              
(Marc Abélès)

En outre, alors que les Gilets jaunes ne s’illusionnent pas sur le pouvoir du discours et privilégient l’action, Mai 68 était autant une affaire de mots que d’action, procédant à coup d’affiches, de tracts et de slogans. Marc Abélès lui-même y a construit son propre espace de parole : timide au départ, il a trouvé son registre, se vivant en porte-parole revendiqué de la "base" qu’incarnait alors les étudiants des classes préparatoires.

Dans certaines circonstances, prendre la parole était une manière de prendre le pouvoir. Et c’est une parole qui a réussi à ébranler un certain nombre de conformismes, et même un pouvoir qui était considéré comme inexpugnable.              
(Marc Abélès)

De même, son enquête à Quarré-les-Tombes lui a fait éprouver l’importance des politiques locales. Pas besoin d’un ailleurs lointain pour cet anthropologue qui privilégie la politique  vue d’en bas : au contact des électeurs et des élus, acquérant progressivement leur confiance, Marc Abélès éprouve la nécessité, pour qui veut se faire élire, de s’affirmer comme un "élu du sol" et de se livrer aux rituels symboliques (commémorations, vins d'honneur...). Ainsi, écrit-il, être originaire d’un lieu est essentiel pour acquérir une légitimité.

L’occasion d’un retour sur la politique du quinquennat actuel et sur les causes du mal-être social à l’origine des contestations. 

J’ai souvent éprouvé une impression d’étrangeté à l’Assemblée Nationale. Mon comportement n’était pas complètement calqué sur celui des députés. Il m’est aussi arrivé de ne pas poser des questions dans le cadre. (…) Si quelqu’un vient avec le point de vue d’un citoyen, comme moi, alors il y a un flottement.               
(Marc Abélès)

Extraits sonores : 

  • _Une approche de Claude Lévi-Strauss, "Lumière et Brume des voyages" (_Jean-Claude Bringuier, 1974)
  • Le Grand Débat et la parole de trois maires : Sophie Gargoswitsch, maire de Blanquefort-sur-Briolance ; Catherine Arenou, maire de Chanteloup-les-Vignes; Laurent Hénart, maire de Nancy (Public Sénat, 21/11/2019)
Intervenants

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......