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Marteau de juge

Comparutions immédiates : antichambre d’une "justice de classe" ?

32 min
À retrouver dans l'émission

Quelle sociologie des audiences en comparution immédiate, enfants de ce qu'on nommait les "flags"? Dominique Simonnot, chroniqueuse judiciaire au "Canard enchaîné", nous en parle dans "Coups de barre" (Seuil, novembre 2019).

Marteau de juge
Marteau de juge Crédits : Tetra Images - Getty

Dominique Simmonot, chroniqueuse judiciaire au Canard enchaîné, est notre invitée  à l'occasion de la parution au Seuil de Coups de barre, justice et injustices en France, des chroniques s’étendant de 2014 à 2019. Depuis une vingtaine d’années, Dominique Simonnot assiste régulièrement à des audiences. Etudiante, elle passait déjà des journées entières à la 23e chambre de Paris. L’auteure prélève tous les moments où la justice agit contre son devoir, peignant un tableau très sombre qui mène à remettre en cause toute la structure judiciaire.

Elle évoque notamment la structure des box, ces cages de verre instaurées en 2015 et très critiquées depuis, qui donnent l’impression aux prévenus d’être coupables avant même d’être jugés. En outre, ces procès presque en dehors des règles sont pourtant les plus courants et le fait de très nombreuses condamnations : "Aujourd’hui, premières pourvoyeuses de cellules, les comparutions immédiates sont le reflet lugubre d’une "justice à deux vitesses", une justice de classe" (p.12).

Cette procédure est un moyen de gérer les flux de délinquance. Les juges râlent mais ils font le job, dans des conditions qui ne permettent pas de rendre la justice. On a vu la semaine dernière une audience qui s'est terminée à 6h du matin. Comment un juge peut-il juger sereinement à 6h du matin, comment un prévenu peut-il se défendre? 
(Dominique Simmonot)

Les accusés, dit-elle, ont parfois l'esprit embrouillé et sont perdus, d'autant qu'on ne leur a pas donné les moyens ni le temps de mettre en place une stratégie de défense. Le procès apparaît alors comme le prolongement du travail d'usure physique et psychologique commencé par les policiers : "Combien de parents, d’épouses, d’amis, apportant au tribunal un bail ou un contrat de travail, sont-ils arrivés trop tard pour présenter des gages d’insertion ?" [...] "Désolé, madame, monsieur, les débats sont clos…" (p.11). Si on songe d'abord aux inconvénients de la comparution immédiate pour les accusés, ce système n'est pas plus favorable aux supposées victimes pour qui les conditions du procès prolongent bien souvent la violence qu'elles ont subie.

Comme dans toutes les manifs avec violence que j'ai vues, on attrape toujours celui qui court le moins vite. Donc, ceux des Gilets jaunes qui sont passés en comparution immédiate ne sont sans doute pas ceux qui ont été les plus violents.
(Dominique Simmonot)

Dans cet essai qui, dans sa structure, reprend celle des journées d’audience en comparution immédiate, Dominique Simmonot ne parle pas en son nom. Elle donne à lire un recueil d’ensemble dont la ligne directrice réside dans la description des manquements de la justice. L'impression qui en ressort est celle du lecteur qui est plongé dans la réalité de la justice et qui, au terme de sa lecture, la juge à son tour, innocente ou coupable.

Extraits sonores : 

  • Laurence Blisson, "Tout va trop vite" (Collectif Justice-prison, YOUTUBE, 21 févr. 2018)
  • 10e chambre (Raymond Depardon, 2004)
  • Quatre manifestants arrêtés et condamnés (EUROPE, 13 déc. 2018)
Intervenants
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