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"Chat" avec "émojis"

Covid, manspreading, selfie, émojis... les mots de l'époque

33 min
À retrouver dans l'émission

"Covid", "nomophobie", "manspreading"... Elle dresse un portrait de la société française du XXIème siècle à partir de ses mots. Julie Neveux, auteure de "Je parle comme je suis" (Grasset, 2020), est notre invitée.

"Chat" avec "émojis"
"Chat" avec "émojis" Crédits : Westend61 - Getty

Julie Neveux est dramaturge, agrégée d'anglais et Maîtresse de Conférences en linguistique à l'Université de Paris-Sorbonne. Après John Donne : Le sentiment dans la langue (Editions Rue d'Ulm, 2013), elle publie Je parle comme je suis (Grasset, 16.09.20), une enquête linguistique qui dresse le portrait de la société française du XXIe siècle.  

Tous les mots sont des points de vue sur le monde. (…) On utilise des mots, on les propage, on les répète, parce qu'on est pris dans cette air du temps. Sauf que, la plupart du temps, on ne sait pas d'où ils viennent. (Julie Neveux) 

À partir des moteurs de recherche, dictionnaires, de discussions avec ses amis, ses élèves, ses voisins, en écoutant les journalistes, les hommes politiques, les magazines, elle nous livre une analyse linguistique précise des mots d’aujourd’hui. « Selfie », « fake news », « écologie » : nos mots ne décrivent pas seulement le monde, mais la façon dont nous le percevons . Ils sont porteurs d’une histoire et d’une culture dont nous n'avons souvent pas conscience. La langue française s'est ainsi faite le miroir des révolutions sociales, politiques et technologiques qui ont marqué les époques : de nouveaux mots ont germé et les sens ont évolué pour charrier de nouvelles réalités. 

Vous pouvez dire « belle journée » : ça révèle que vous trouvez que « bonne journée » ne suffit plus. (Julie Neveux)

Insistant notamment sur les tics de langage, l'auteure montre notre inscription mimétique dans un certain milieu socioculturel. Les images, les métaphores, le lexique qui parlent de notre époque se répandent à travers les réseaux sociaux et par imitation. Ainsi, des expressions comme « belle journée, « une tuerie », « du coup » ont-elles fait leur chemin dans nos discours sans même que nous en prenions conscience.

Dès qu'il y a une pathologie qu'on peut nommer, on peut y remédier. On a besoin du nom, c'est un processus d'élucidation d'une réalité. (Julie Neveux)

De notre dépendance aux outils informatiques -  avec l'expression "en mode", bien courante, qui ferait de nous des machines destinées à une seule fonction- à l'expression plus ou moins sincère des sentiments (émojis à l'appui), en passant par les problématiques de genre (« féminicide », « clitoris », « charge mentale ») ou écologiques (« transition », «recyclage»), l'auteure montre que « Je parle ma langue, et [que] ma langue me parle ».  

Extraits sonores : 

  • Vidéo du dictionnaire Le Robert (Alain Rey)

Bibliographie

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