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Drapeau de l'UE sur fond "coronavirus"
Épisode 3 :

Que demain ne ressemble pas à hier !

34 min
À retrouver dans l'émission

Le Covid-19, un phénomène inédit et sans retour en arrière. C'est l'idée que défend le politologue Ivan Krastev dans son dernier essai, "Est-ce déjà demain ?" (Premier Parallèle, 2020). Il est notre invité aujourd'hui.

Drapeau de l'UE sur fond "coronavirus"
Drapeau de l'UE sur fond "coronavirus" Crédits : SOPA Images / Contributeur - Getty

Le Covid-19 va profondément changer le monde dans lequel nous vivons. Telle est la thèse d'Ivan Krastev, notre invité aujourd'hui. Politologue bulgare, collaborateur au New York Times, il préside le Centre pour les stratégies libérales à Sofia et est également membre de l’Institut pour les sciences humaines de Vienne, où il vit. En 2020, il a reçu le prestigieux prix Jean Amery de l’essai européen.

En France, il a publié aux éditions Premier Parallèle Le Destin de l’Europe (2017), un essai qui défend l'exceptionnalité de l'Europe dans un monde anti-libéral. Son dernier livre, The Light that Failed (Le moment illibéral, Fayard, 2019, prix Lionel Gelber 2019), a été traduit en 18 langues. Simultanément dans dix-neuf pays, il publie désormais Est-ce déjà demain ?, toujours aux éditions Premier Parallèle en France. Un livre issu d'une réflexion en plein confinement dans la maison d'un ami en Bulgarie.

La pandémie de Covid-19, nous dit-il, est un événement du type « cygne gris » :  susceptible de faire basculer le monde, hautement probable mais très traumatisant au moment où il se produit. Avec la Covid-19, pas de retour en arrière : la mondialisation telle que nous la connaissons risque bien de prendre fin, même si, à un stade aussi précoce, Ivan Krastev précise qu'il ne peut rien assurer avec certitude.

[Cette crise] est l'expérience sociale la plus extraordinaire à laquelle il nous ait été donné d'assister.    
(Ivan Krastev)

En outre, la crise actuelle a provoqué le grand retour de l’État, en partie grâce à la politique de la peur : au nom de la sécurité, la population est ainsi prête à renoncer à certains droits et libertés. La Covid-19 a remplacé le nationalisme culturel par un « nationalisme de la santé publique », pour lequel l’étranger n’est plus la personne « qui n’est pas née ici », mais celle « qui, à l’heure actuelle, n’est pas ici ».  

La nature du régime politique n'était pas le facteur décisif pour savoir si un pays s'en sortirait mieux ou moins bien. (…) D'un côté, vous avez des démocraties qui s'en sont très bien sorties : le Danemark, l'Allemagne.. ; et de l'autre, des pays autoritaires qui ont également tiré leur épingle du jeu, notamment la Chine.    
(Ivan Krastev)

En même temps, on assiste peut-être au développement d’une forme nouvelle de cosmopolitisme « à la maison » : dans le fait d’avoir fermé les frontières entre les pays membres de l’Union et d’avoir enfermé les gens chez eux, pour la première fois dans l’Histoire, les gens, partout dans le monde, ont peut-être eu les mêmes conversations et partagé les mêmes peurs.  

En même temps, le peuple ne pouvant plus occuper l'espace public, espace politique majeur, c'est la démocratie elle-même qui est mise en danger. Et, ajoute l'auteur, c’est en Europe que l’impact politique de la Covid-19 sera le plus fort, les fondements mêmes du projet européen étant mis à mal. Il trouve une solution dans une Europe plus unie et des institutions bruxelloises investies de pouvoirs supplémentaires, afin d'affronter la phase suivante de la crise dans un monde manquant d’un leadership américain et fragmenté par la rivalité sino-américaine.

Notre solitude nous a amenés à faire des comparaisons constantes avec tout ce qu'il y avait autour de nous : combien de personnes infectées dans tel ou tel pays, etc... On n'arrêtait pas de se comparer aux autres. Cette crise a provoqué une démondialisation et, en même temps, une nouvelle mondialisation, puisqu'on était encore plus ouverts sur les autres.    
(Ivan Krastev)

Enfin, une fois le virus vaincu, une « épidémie de nostalgie » nous mènera à regretter le temps d'avant la crise, lorsque nous pouvions, pour certains d'entre nous, prendre l'avion pour aller n'importe où ou manger au restaurant. Et de se questionner : combien de temps le souvenir de « cette expérience sociale sans précédent » durera-t-il ? 

Car l'Histoire a déjà montré à plusieurs reprises une tendance collective à oublier les pandémies, là où nous nous souvenons pourtant bien des guerres et des révolutions. C'est par exemple le cas de la grippe espagnole, l’événement le plus tragique du XXe siècle dont on parle bien moins que des deux guerres mondiales.

Nous savons bien mieux nous rappeler les révolutions que les pandémies. Il y a eu trois ou quatre fois plus de gens morts de la grippe espagnole en 1918-1920 que pendant les deux conflits mondiaux.      
(Ivan Krastev)

Extraits sonores : 

  • Marine Le Pen (Public Sénat 27/04/2020)
  • Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (France Culture, Cultures Monde, 12/05/2020)
Intervenants
  • Politologue bulgare, auteur de "Le destin de l'Europe" (Premier Parallèle, 2017)
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