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Des réfugiés en 1914-1918

Exil : plus lourd que les mots, le choc des photos ?

34 min
À retrouver dans l'émission

Comment les photographies documentent-elles la question des réfugiés depuis la fin de la Première Guerre mondiale? Bruno Cabanes, historien, questionne ces récits dans "Un siècle de réfugiés - Une histoire photographique" (Seuil) et plaide pour de nouveaux modes de représentation de l'exil.

Des réfugiés en 1914-1918
Des réfugiés en 1914-1918 Crédits : Universal History Archive / Contributeur - Getty

L’ouvrage de Bruno Cabanes, Un siècle de réfugiés -Photographier l'exil, constitue une étude à la fois chronologique et thématique de l’évolution des modes de représentation des réfugiés. L’ouvrage part de l’étude historique des réfugiés du début de la première guerre mondiale jusqu’aux exilés actuels et analyse l’évolution de la photographie humanitaire, dont les débuts coïncident presque avec ceux de la photographie, et qui est devenu, depuis la fin de la Première Guerre mondiale, un levier essentiel de la mobilisation et de l’empathie de l’opinion publique.

Une des limites soulevées de la photographie humanitaire est que, souvent, faite pour alarmer celui qui l’observe, elle fige dans sa misère et sa condition celui qui est observé. C’est pour ces raisons qu’elle est aujourd’hui très critiquée, jugée par certains indécente ou voyeuriste. L’auteur fait un point sur la situation actuelle des réfugiés, décrite par beaucoup comme la crise humanitaire la plus grave depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les réfugiés ne sont plus perçus avec la même empathie et provoquent même une certaine peur.

Ce qui me semble fascinant ,en tant qu'historien de la guerre, guerre dont les premières victimes sont les civils, c'est cette tentative de regarder les visages. La proximité est aussi morale. C'est un livre d'hommage à cette jeune génération de photographes qui saisit la question des réfugiés pour interroger autrement cette question, s'impliquer et réfléchir à ce que c'est qu'être photographe aujourd'hui. Les photographies de réfugiés sont toujours très émouvantes mais, souvent, elles n'expliquent pas ce que ces nouveaux photographes tentent de faire.                        
(Bruno Cabanes)

Entre 2015 et 2019, seulement 4 millions de réfugiés ont demandé l’asile dans l’U.E, ce qui représente moins de 1% de sa population. L’auteur note que la convention de Genève sur le droit de l’asile est appliquée à minima et que la gestion des frontières extérieures est devenue un thème obsessionnel des Etats européens alors même que la menace perçue est tout à fait démesurée par rapport au véritable impact démographique qu’impliquerait une vraie politique d’accueil. On peut, par exemple, invoquer les nuances entre les notions de populations déplacées et les populations réfugiées qui sont déterminantes pour l’obtention ou non du droit à l’asile.

Je crois fondamentalement à la force des images, à la force des photographies. Mon travail dans ce livre est d'amplifier la parole prise par les photographes et de montrer que le changement des images et de notre regard est essentiel pour notre attitude à l'égard des réfugiés.                        
(Bruno Cabanes)

Démantèlement des campements de migrants à cheval sur le nord-est parisien et la Seine-Saint-Denis, à côté de la Porte de la Chapelle, ce jeudi 7 novembre 2019
Démantèlement des campements de migrants à cheval sur le nord-est parisien et la Seine-Saint-Denis, à côté de la Porte de la Chapelle, ce jeudi 7 novembre 2019 Crédits : Martin Bureau/AFP forum - AFP

Bruno Cabanes présente ce qu’à son sens devraient être ces photographies et salue un certain nombre de jeunes photographes dont la démarche semble plus éthique et respectueuse en maintenant chaque réfugié dans son histoire singulière et en refusant une vue de surplomb. En ce sens, cet ouvrage est aussi un plaidoyer pour une autre façon de représenter les réfugiés. Pour l'historien, il faut intégrer le plus possible les réfugiés au travail de l'image. C'est ce qu'ont commencé à faire certains photographes en formant des réfugiés.

Une photographie, c'est un acte militant. Les deux grands écueils de la photographie sont de figer les individus en les privant de leur histoire et de les essentialiser, de les prendre pour un symbole.                        
(Bruno Cabanes)

Extraits sonores: 

  • Marion Maréchal Le Pen évoque la photo du petit Aylan qu'elle juge "bouleversante" mais utilisée à des "fins politiciennes" (BFM TV 4/09/15)
  • Extrait du documentaire "Human Flow", d'Ai Weiwei. (07/02/18)

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