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Old Pinocchio News

Fausses nouvelles et théories du complot : la guerre des récits

33 min
À retrouver dans l'émission

Le phénomène " Hold Up ", une histoire vieille comme le monde ? L'essayiste et professeur de littérature Pierre Bayard et le journaliste et documentariste Thomas Huchon croisent leurs regards sur nos relations aux faits.

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Old Pinocchio News Crédits : RichVintage

De nos petits mensonges à nos grandes histoires, nos quotidiens regorgent d'arrangements avec les faits. Et ce n'est pas plus mal, ça peut même être très utile ! Cette bienveillance à l'égard de nos "pulsion narratives" à une époque en croisade contre le faux, c'est celle que Pierre Bayard soutien dans son dernier essai "C_omment parler des faits qui ne se sont pas produits ?_" (Ed. Minuit, novembre 2020). L'écrivain, essayiste et professeur de littérature à l'Université Paris VIII conclut ainsi une trilogie entamée en 2006 avec le désormais célèbre " Comment parler des livres que l'on a pas lu " (Ed. Minuit, Nov. 20), suivi par la très immobile "Comment parler des lieux on l'on a pas été " (Ed. Minuit, 2012). 

Pour le père de la "critique interventionniste" notre relation au réel est toute entremêlée de faits, de petites et grandes histoires, mythologies personnelles à mi-chemin entre croyance et doute, à divers degrés. En témoignent ces inépuisables exemples, dans la littérature comme dans la construction de l'Histoire, voire de théories scientifiques, la façon dont les hommes s'abreuvent et se mettent à distance des faits. 

Le livre repose sur un paradoxe, avec une dimension évidemment humoristique. D’une manière générale on attribue aux mauvaises informations un caractère nécessairement péjoratif. J’essaie de démontrer que ces informations peuvent avoir, dans certaines circonstances, une qualité, par exemple de stimulation de l’imaginaire. Et surtout j’essaie de montrer qu’elles sont inévitables, contrairement à ce qu’on raconte aujourd’hui sur ces « fake news », dont je pense qu’elles n’ont rien de nouveau, je pense que l’être humain est un être de récit, qu’il y a une "pulsion narrative", un irrépressible besoin de raconter des histoires. J’essaie de cerner des cas dans lesquels ces histoires peuvent avoir un bénéfice psychique, théorique, littéraire. (Pierre Bayard) 

Du voyage avec les loups Mischa Defonseca à la rencontre avec Washington de Chateaubriand en passant par le journaliste Claas Relotius et sa recomposition du réel ou encore les arrangements biographiques de Freud construisant sa théorie de la sublimation... notre Humanité rationnelle ferait mieux d'admettre que la vérité factuelle n'est pas tout, qu'y coexistent d'autres formes de vérités, personnelles, subjectives, littéraires... et que leur négation au nom d'un sacrosaint "vrai" risque bien de nourrir un effet boomerang. Reste à déterminer jusqu'où la narration est acceptable. 

Quid alors de " Hold-up ", film se présentant comme un documentaire, au contenu factuel décrié ? De l'expression d'un besoin de donner du sens à nos expériences de l'absurde, à une mécanique du complot, ses boucs émissaires, ses martyrs ... 

Pierre Bayard croise sont regard à celui de Thomas Huchon, journaliste, documentariste, professeur à Science Po. 

Thomas Huchon est notamment l'auteur notamment du documentaire " Infodemic", à voir sur la plateforme SPICEE. Il dissèque non seulement les théories plus ou moins vraisemblables qui nourrissent la toile depuis mars 2020, mais explique également pourquoi notre fonctionnement cognitif est si prompt à y souscrire ! 

Ce film porte en lui-même un ensemble de contradictions qui empêchent la thèse de tenir (…) et utilise une technique bien connue des théories du complot : créer un mille-feuilles en empilant des arguments parfois sans liens entre eux, mais créer une impression d’unité, de cohérence, donne l’idée qu’il n’y a pas de fumée sans feu. On finit par y croire parce qu’on a du mal à l’expliquer et quand on n’arrive pas à expliquer quelque chose, on cherche des responsables. Le récit soulage ceux qui y croit. (Thomas Huchon). 

Pour Hold-up, je dirai qu’il y a 3 ingrédients qui peuvent expliquer son succès : il propose une explication simple ; un bouc émissaire nous permettant de décharger notre agressivité sur quelqu’un - on ne peut s’énerver contre un virus ; et enfin, il entretient notre _goût du mystère__. Le film joue sur ce goût avec les éclairages, la musique etc. Tout cela compose quelque chose qui relève du plaisir d’écouter des histoires. (_Pierre Bayard) 

Tous deux rappellent l'importance de l'éducation aux images, aux enjeux du montage, à la question des sources mais aussi à notre système de croyances. Aguerrir le spectateur à la fabrique des histoires, dans sa dimension technique et esthétique, c'est peut-être le plus sûr moyen d'éviter le "hold-up" du spectateur dans la guerre des images. 

A écouter, à partager : Mécanique du complotisme, une série de podcasts originaux sur France Culture. 

Extraits sonores: 

  • Simon Leys au micro de Apostrophe, 27 mai 1983 
  • Gérald Bronner au micro d'Ali Baddou, 15 nov 2000 France Inter
  • Bande Annonce Hold -up (P. Barnérias) 
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