LE DIRECT
Après un incendie dans la Vallée des Kangourous en Nouvelle-Galles-du-Sud (Asutralie) le 5 janvier 2020

Glenn Albrecht - Qu’advient-il de nous lorsque la terre nous manque ?

34 min
À retrouver dans l'émission

Alors que l'Australie est ravagée par les mégafeux depuis plusieurs mois, il tire la sonnette d’alarme et en appelle à repenser les liens à la terre. Glenn Albrecht, philosophe de l’environnement et auteur de l'ouvrage "Les émotions de la Terre" (Les Liens qui Libèrent, 2020), est notre invité.

Après un incendie dans la Vallée des Kangourous en Nouvelle-Galles-du-Sud (Asutralie) le 5 janvier 2020
Après un incendie dans la Vallée des Kangourous en Nouvelle-Galles-du-Sud (Asutralie) le 5 janvier 2020 Crédits : Fairfax Media / Contributeur - Getty

Dans un monde globalisé qui nous coupe du vivant autour de nous, il prône le retour aux émotions par l’invention de mots nouveaux. Glenn Albrecht, notre invité, est philosophe de l’environnement, spécialiste mondial de l’étude des émotions ressenties envers la Terre. Il habite la Nouvelle Galles du Sud en Australie, l’une des régions les plus touchées par les mégafeux qui ont ravagé le pays.

Une des conséquences de ce désastre [que sont les mégafeux en Australie] est l’éveil des citoyens. […] Nos dirigeants politiques, à l’ombre de l’énergie fossile, n’ont jamais voulu changer la position économique qui était la leur.                
(Glenn Albrecht)

En 2019, il publiait Earth Emotions: New Words for a New World, traduit en février 2020 aux Liens qui Libèrent sous le titre Les émotions de la Terre. Des nouveaux mots pour un nouveau monde. Un ouvrage qui souligne le concept de "solastalgie", qui l’a rendu célèbre et par lequel il espère, écrit-il, mettre en évidence le fondement émotionnel des relations humains-Terre. Il parle ainsi des "émotions de la Terre", les réactions émotionnelles particulières que nous manifestons en réponse au changement environnemental, nouvel enjeu des crises et, surtout, d’une troisième Guerre mondiale à venir.   

Si nous avons créé un monde nouveau, qui cause en particulier des problèmes de santé  et de santé mentale, nous n’avons pas l'expérience passée pour trouver les mots nécessaires aujourd’hui. […] Nous sommes face à un monde que nous n’arrivons pas à décrire dans nos langues, et que nous puissions partager. Les mots que nous utilisons ne sont plus à leur place, on s’en sert de façon abusive : la "durabilité", la "résilience", sont utilisés pour maintenir le système dont on voudrait se débarrasser.                
(Glenn Albrecht)

Car, à l’heure de l’Anthropocène, les êtres humains sont devenus une espèce technologiquement surpuissante qui s’est éloignée des liens au vivant environnant. Il prend l’exemple des Aborigènes d’Australie, qui entretiennent encore leur identité par des liens forts avec leur lieu de naissance et qui pourraient servir de modèle dans notre propre manière de considérer les lieux que nous habitons. 

On jette toujours sur les tribus une image de xénophobie, des personnes en repoussant d’autres. Or les sociétés aborigènes en Australie accueillaient les visiteurs et les anciens prisonniers qui s’échappaient des prisons et cherchaient refuge chez eux. […] Les aborigènes les accueillaient si et seulement si ces gens vivaient selon les principes de leur région et de leur tribu. Cela signifie qu’il faut attendre dans les deux sens : la faune, la flore, les règles qui gouvernent la vie sociale.            
(Glenn Albrecht)

En outre, écrire ce livre a été selon l’auteur une expérience émotionnelle qui lui a remis en mémoire les événements et expériences personnels qui ont façonné son rapport à la nature et à la vie. Ainsi entame-t-il l’ouvrage par une "sumbiographie", mélange de summa, "somme" en latin, du préfixe sum - "avec" en grec - et "biographie", qui lui permet de revenir sur son apprentissage de la nature, ses expériences, ses études et travaux en lien avec ce champ qui, très tôt, le passionne.

Selon lui, "nous devons créer ces nouveaux mots pour décrire des sentiments que nous n’avions jamais ressentis dans l’histoire de notre espèce." A commencer par le fameux terme de solastalgie, qui désigne la perte d’un lieu naturel unique causée par le réchauffement autant que la transformation des complexes urbains par le développement ; "Le mal du pays que l’on ressent même lorsqu’on est encore dans le pays"

Nous sommes profondément liés à la diversité de la vie, cela se reflète dans la diversité des cultures, des langues et des façons humaines de coexister avec le vivant.                
(Glenn Albrecht)

Prônant une entrée dans le "symbiocène", "une ère caractérisée par des émotions positives envers la terre." (p.10), le philosophe exhorte une génération qui en émanera complètement, la "Génération Symbiocène", à maintenir les liens vitaux et à en créer de nouveaux. 

La Troisième guerre mondiale, la guerre des émotions, c’est une guerre entre les créateurs de terre et les destructeurs de terre.          
(Glenn Albrecht)

Enfin, un rendez-vous à ne pas manquer : Glenn Albrecht sera à l'EHESS le 4 mars de 10h00 à 13h00 pour parler de son ouvrage en compagnie de Barbara Glowzcewski et de Philippe Descola.

Extraits sonores : 

  • Joëlle Zask (France Culture, "Le Temps du débat", 17/01/2020)
  • Bande-annonce du film Where the Green Ants Dream (Werner Herzog, 1984)
Intervenants

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......