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La ville de  Brasília (Brésil) en construction en 1961. La majorité des bâtiments sont de Oscar Niemeyer

James C. Scott : l'expansion de l'Etat a-t-elle standardisé le monde ?

31 min
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L'anthropologue James C. Scott poursuit sa réflexion sur les Etats modernes et la relation qu’ils entretiennent avec les communautés qu’ils gouvernent dans un livre de 1998 enfin traduit en France sous le titre "L'oeil de l'Etat" (La Découverte). Il est notre invité aujourd'hui.

La ville de  Brasília (Brésil) en construction en 1961. La majorité des bâtiments sont de Oscar Niemeyer
La ville de Brasília (Brésil) en construction en 1961. La majorité des bâtiments sont de Oscar Niemeyer Crédits : Dmitri Kessel / Contributeur - Getty

On le connaît pour Homo domesticus. Une histoire profonde des premiers Etats (La Découverte, 2019), un ouvrage explorant les conditions d’émergence de l’Etat. James C. Scott est professeur émérite de science politique et d’anthropologie à l’université de Yale. Figure majeure de l’anthropologie anarchiste, il se penche sur les rapports de domination et les stratégies des populations rurales ou montagnardes pour échapper au pouvoir de l’Etat. 

Paraît en français L’œil de l’État. Moderniser, uniformiser, détruire (traduit de l’anglais par Olivier Ruchet) à La Découverte. Publié en 1998 sous le titre Seeing Like A State. How Certain Schemes to Improve the Human Condition Have Failed, il est à l’époque reconnu par The New Yorker et le Sunday New York Times.

Il ne s'agit pas d'éliminer l'Etat, la question est de savoir si on peut domestiquer l'Etat. (James C. Scott)

Sa thèse principale : L’Etat veut rendre "lisible" la société par des simplifications; comprendre ici qu'il cherche à standardiser, uniformiser, simplifier les pratiques locales et étendre son contrôle. Il emploie ainsi des techniques de mesure normalisées pour taxer et contrôler leurs citoyens : instauration de patronymes, sylviculture scientifique en Prusse et en Saxe au XVIIIème siècle, uniformisation des poids et des mesures, planification urbaine avec le Paris d’Haussmann ou l'exemple de Brasília…

Les grands modernistes, qui sont autant les Saint-Simon, les Lénine, et les Trotsky que les Le Corbusier et le shah d’Iran, usant d'une approche qui se voulait scientifique et rationnelle, pensaient répondre aux besoins humains en augmentant la production dans l'agriculture et l'industrie. Le XXème siècle serait un moment d'apogée, avec ses guerres et ses crises, en particulier au moment de la mobilisation allemande durant la Première Guerre mondiale.

Une telle pensée a le plus souvent échoué. Généralement menée par des progressistes qui espéraient améliorer les conditions de vie des citoyens, elle agissait dans l'ignorance des pratiques et des savoirs locaux. Dans l'ignorance de la mētis des Grecs, le savoir pratique, celle qui a porté Ulysse, un savoir intégré dans la contingence et souvent dénigré au profit des connaissances scientifiques et philosophiques plus abstraites. Matière essentielle aux yeux de l'auteur, et qui se perd aujourd'hui au fur et à mesure de l'incursion de la mondialisation et des technologies jusque dans les communautés les plus reculées.

On pourrait parler d'une forme de sagesse née de la pratique et de l'expérience : les choses que l'on ne peut pas apprendre dans un livre. (James C. Scott)

Ce savoir faire pratique né de l'expérience (…) est essentielle, elle incarne une forme de savoir sur l'environnement, sur les relations humaines. (James C. Scott)

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