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Deux femmes trayant une vache en Allemagne (vers 1920)
Épisode 1 :

Transformer la colère en force

35 min
À retrouver dans l'émission

L'écrivain Jean Rouaud, Goncourt 1990 pour "Les Champs d’honneur", publiait "L'avenir des simples" (Grasset) avant le confinement : une réflexion qui nous pousse à changer notre alimentation, à reconquérir notre temps et à retrouver des savoirs anciens que ne permet plus notre société.

Deux femmes trayant une vache en Allemagne (vers 1920)
Deux femmes trayant une vache en Allemagne (vers 1920) Crédits : FPG / Employé - Getty

Prix Goncourt 1990 pour son roman Les Champs d’honneur, qu'il publie à 38 ans alors qu'il  est encore totalement inconnu et travaille dans un kiosque du XIXème arrondissement de Paris, l'écrivain Jean Rouaud est aujourd'hui notre invité. Son œuvre diversifiée (des romans, mais aussi des chansons, des scénarios, des ballets avec la compagnie de Monte-Carlo) est marquée par l'observation de la société qu'il a pu mener lorsqu'il travaillait en kiosque – moment de sa vie qu'il raconte dans Kiosque (La Vie poétique, Grasset, 2019). En ressort le souci particulier des humbles, que l'on retrouvait déjà dans Les Champs d’honneur, et qui constitue une thématique centrale de son dernier essai, paru chez Grasset en mars 2020 : L'avenir des simples.  

Dans le terme de simple, sans parler de « simplet », il y a l'idée de celui qui refuse de complexifier à loisir les choses quand on peut les faire simplement.    
(Jean Rouaud)

On dit idiot celui qui, au lieu de regarder la lune que pointe le sage, regarde le doigt du sage. (…) Ce type qui, autoritairement, vous dit de regarder la lune et, si vous ne la regardez pas, vous traite d'idiot, j'appelle ça un flic, (…) il cherche délibérément à détourner votre attention.    
(Jean Rouaud)

Un titre en référence à ces jardins que l'on trouvait souvent dans les monastères et où étaient cultivées des plantes médicinales, symbole de ces savoir-faire traditionnels que la modernité et la société néolibérale nous ont fait oublier pour limiter l'autonomie des individus : cuisine, bricolage, jardinage... autant d'activités considérées comme une perte de temps dans notre société de l'Accélération, et que l'on a, semble-t-il, un peu retrouvées au moment du confinement. 

Ce qui est apparu pendant ces deux mois de confinement, c'est l'appropriation du temps : qu'est-ce qu'on fait de ce temps libre dont on est toujours privé ? Dont on est sciemment, volontairement, dépossédé ?    
(Jean Rouaud)

Par ce « petit traité de résistance », Jean Rouaud dénonce les multi-monstres, ces grandes multinationales, puissances financières, GAFA, qui chaque jour nous soumettent à une servitude volontaire, dans le cadre d'un système destructeur pour les Hommes, pour les animaux et pour la Terre. Parmi les cibles de cette critique, les groupes pharmaceutiques qui spéculent sur la maladie « comme sur un cours en bourse ». Le virus du Covid-19 et la recherche d'un vaccin s'inscriraient dans cette course au profit à laquelle même le domaine de la santé n'échappe pas.

La Covid a été comme une métaphore de la catastrophe à venir : soudain, le monde pouvait s'arrêter et dire « je n'en peux plus, je ne peux plus produire, je ne peux plus vous donner, je crie grâce ».    
(Jean Rouaud)

Pour faire face, et plutôt que de défendre une révolution qui ne ferait que mener au pouvoir corrupteur, l'auteur prône une forme de révolution « assise » et « silencieuse » : changer notre alimentation en abandonnant, comme lui l'a fait, tout régime carné. C'est le choix du véganisme, cible de la propagande des grands groupes car mauvais pour un marché basé sur l'exploitation des ressources et de l'animal. Un acte de résistance bénéfique pour l'environnement, et qui touche à une discipline très ancienne, la cuisine. Une activité qu'il nous faudrait reconquérir, dans le cadre d'une ultime révolution : celle du temps et des savoir-faire anciens, substrats d'une époque où les gens ordinaires pouvaient fabriquer leurs propres objets, tricoter leurs propres vêtements, cultiver leurs propres légumes... Jean Rouaud nourrit ainsi l'espoir qu'un jour, nous saurons tous voir l'émotion dans l'oeil d'une vache que l'on conduit à l'abattoir.

Il s'agit de faire profit de tout. Qu'est-ce qui échappe au profit ? C'est quand, tout seul dans votre coin, vous êtres en train de faire quelque chose.      
(Jean Rouaud)

Une des vertus de ce livre, c'est que quelques personnes ont arrêté de consommer de la viande.    
(Jean Rouaud)

A noter que L'avenir des simples figure dans la sélection Essais du printemps du Prix Renaudot.

Extraits sonores : 

  • Vincent Lindon, pour une "taxe Jean Valjean" (Mediapart, 06/04/2020)
  • Greta Thunberg (The Ellen Degeneres Show, 02/11/2019)

Bibliographie

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