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Donald Trump chantant l'hymne américain lors d'un match au Mercedes-Benz Superdome en Nouvelle Orléans (Louisiane, USA) le 13 janvier 2020

Trump, ou la disparition du politique ?

34 min
À retrouver dans l'émission

Que dit l'élection de Donald Trump du monde actuel? De quoi est-il le symptôme? Le philosophe Alain Badiou, qui publie "Trump" (PUF, janvier 2020), et Hervé Aubron, rédacteur en chef du Nouveau Magazine Littéraire, nous en parlent.

Donald Trump chantant l'hymne américain lors d'un match au Mercedes-Benz Superdome en Nouvelle Orléans (Louisiane, USA) le 13 janvier 2020
Donald Trump chantant l'hymne américain lors d'un match au Mercedes-Benz Superdome en Nouvelle Orléans (Louisiane, USA) le 13 janvier 2020 Crédits : SAUL LOEB / AFP - AFP

Comment un homme comme Donald Trump, imprévisible, misogyne, xénophobe, a-t-il pu devenir président de la première puissance mondiale ? C’est la question que pose Alain Badiou, notre invité aujourd’hui, dans l’essai Trump, qu’il fait paraître aux éditions PUF. Professeur émérite de l’École normale supérieure, romancier, dramaturge, passionné de mathématiques, Alain Badiou est une figure majeure du champ intellectuel français à l’étranger. Défenseur du communisme, il est considéré comme une véritable icône de la gauche radicale.

Donald Trump est un personnage de théâtre, qui peut aller jouer ses scènes de façon très diverse et avoir avec la même personne des rapports très divisés. […] On dirait, si on était en psychanalyse, qu’il n’a aucun "surmoi", il n’est pas surveillé par lui-même.          
(Alain Badiou)

De quoi Trump est-il le symptôme ? Quel est l'univers qui a rendu possible qu'il soit là ?          
(Alain Badiou)

L’élection de Trump, un "désastre" ou un "contre-événement" qui, selon Alain bBdiou, marque le début d’une "profonde nuit", pour citer le songe d’Athalie de Jean Racine, lui sert de point de départ dans le cadre d’une réflexion sur le monde contemporain. Car, depuis les philosophes français du XVIIIe siècle jusqu’aux grands mouvements contestataires des années 1960-1970, montre-t-il, l’opinion publique était divisée en deux courants : vision républicaine de l’Etat contre despotisme monarchique dans un premier temps, puis opposition entre une doctrine libérale de l’économie de marché (dont la propriété est le facteur clé) et des variétés de socialisme ou de communisme voulant mettre fin aux inégalités.

Sans qu’il n'y a ait à proprement parler de prémisses de Trump en tant que Trump […], quelque chose attestait un dérèglement du fonctionnement de la démocratie parlementaire ; […] Trump a surgi comme une anomalie au regard de ce qui avait précédé.          
(Alain Badiou)

Or depuis une quarantaine d’années, il note la disparition de ce type de choix. Aujourd’hui dominerait l’idée qu’il n’y a pas de choix global, mais seulement une voie unique : celle du capitalisme mondialisé. C’est le "Il n’y a pas d’autre solution" de Margaret Thatcher.

La modernisation de Macron, c’est de faire que la France soit un acteur complet du marché mondial.          
(Alain Badiou)

Dans ce monde dominé par ce "monstre" qu’est le Capital, où l’on n’est rien si l’on n’est pas capitaliste, salarié ou consommateur, il s’agirait de rétablir d’autres voies en revenant à la possibilité du choix stratégique fondamental entre l’orientation capitaliste et communiste. Surtout, il faudrait revaloriser l’instauration de ce que Alain Badiou nomme une "Idée", soit un terme philosophique et la possibilité d’une action qui concerne, et à laquelle participent, différentes subjectivités. 

Le monde commence à être troublé, nous assistons dans ces dernières années, sous des formes variée, à une considérable agitation populaire qui, pour l’instant, est encore relativement aveugle, […] à motifs très variables, mais dont l’unité profonde est qu’une masse de gens considère qu’on ne peut pas continuer dans la voie existante.          
(Alain Badiou)

Une Idée dont les principales articulations sont celles que défend le communisme (refus des inégalités et de la propriété privée, refus possible des frontières…) et qui doit servir à un "protocole de jugement" pour la future "Révolution". Celle-ci ne pouvant marcher dans le système politique actuel, système à une seule voie, il s’agit, nous dit Alain Badiou, de la construire à l’extérieur. 

Ce qu’on appelle "communisme", c’est la sortie du Néolithique, la sortie du triangle "propriété, famille, Etat".      
(Alain Badiou)

Une discussion en présence de Hervé Aubron, rédacteur en chef du Nouveau Magazine Littéraire.

Extraits sonores : 

  • François Mitterrand (INA, 20/11/1965)
  • Christophe Prochasson (France Culture, Les Matins, 29/08/19)

Bibliographie

Intervenants
  • Philosophe, dramaturge, professeur émérite à l'Ecole Normale Supérieure
  • critique de cinéma, auteur, rédacteur en chef du Nouveau Magazine littéraire, enseigne l'esthétique du cinéma à l’université Paris 3-Sorbonne Nouvelle

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