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Distanciation sociale

La pandémie, un trauma au ralenti, santé mental en danger ! Avec Franco "Bifo" Berardi.

32 min
À retrouver dans l'émission

Il dresse la radiographie d'une société dont la pandémie n'attaque pas que les corps mais aussi les esprits. Franco Berardi dit Bifo, philosophe et militant italien. Il publiera en juin 2021 chez Verso "The third unconscious - Subjectivity and sensibility in the pandemic threshold".

Distanciation sociale
Distanciation sociale Crédits : alvarez - Getty

Franco (dit « Bifo ») Berardi est philosophe, théoricien de la culture et des médias et activiste politique. Né à Bologne, acteur de Mai 68, il a baigné dans les mouvements sociaux radicaux des 1970 en Italie. Issu du mouvement opéraïste italien initié en 1969 par Toni Negri, il a été une figure clé de la première radio libre en Italie (Radio Alice) et du magazine A/traverso, qu'il a fondé en 1975. Ayant fui à Paris, où il a travaillé avec Félix Guattari à l'élaboration de la théorie de la schizo-analyse, il a contribué dans les années 1980 à Semiotexte (New York), à la revue fondée par Deleuze et Guattari, Chimères (Paris), à Metropoli (Rome) et à Musica 80 (Milan). Il est aujourd'hui professeur d’histoire sociale des médias à Milan.

On a vécu dans le silence pendant deux mois en Italie. ça a été un silence ambigu, j'aimais beaucoup cette situation : tout d'un coup, j'ai eu l'impression qu'on pouvait regarder la réalité en fasse, qu'on pouvait reconnaître ce qu'on sentait depuis toujours ; la pandémie n'est pas quelque chose qui arrive à l'improviste, mais quelque chose qui existait dans l'esprit... (Franco "Bifo" Berardi)

Ça fait longtemps que la pensée critique est en train d'anticiper cette possibilité d'une catastrophe globale comme point d'arrivée d'un système qui n'a aucun respect pour la nature et pour le psychisme humain.

Avec l'arrivée du coronavirus en Italie, il a publié en ligne un journal comportants ses observations et ses expériences personnelles des changements, au jour le jour, apportés par la pandémie. Selon lui, le virus a agi comme un révélateur de catastrophes  présentes bien avant la pandémie, à commencer par  la catastrophe environnementale. La  pandémie serait un moyen de sortir du “cadavre” du capitalisme, comme il le nomme. Un système conjugant hégémonie néolibérale, nouvelles formes de fascisme et cybernétisation omnipotente. La sensibilité et l’affectivité humaines, l'empathie, en ressortent affectées, les liens de solidarité en pâtissent.  

L'acte interdit par excellence est l'acte le plus humain que je connaisse :  l'approche des lèvres aux lèvres. (Franco "Bifo" Berardi)

Un fait qu'empire le devoir de barrière physique induit par la pandémie. L'auteur note ainsi une sensibilisation phobique au corps de l'autre, aux lèvres, désormais dissimulées par le masque, et pour un temps qui semble devoir durer bien après cette crise. Il craint une forme d'autisme dans laquelle, même passée cette crise et de manière durable, on refuserait encore la présence de l'autre. En cette ère des pandémies, une nouvelle forme de névrose.

Face au chaos qui sans doute nous attend dans l'« après », « Bifo » prône d'imaginer une utopie de frugalité qui se substituerait au régime de croissance. Il y voit la possibilité d'autre chose aussi :  communautés autonomes, expériences égalitaires de survie... 

Je ne suis pas un pessimiste : je suis convaincu que la catastrophe est destinée à durer mais qu'à partir de cette catastrophe infinie, on sera obligés de trouver l'énergie pour dépasser le capitalisme, pour dépasser la superstition de la croissance et de l'expansion. (Franco "Bifo" Berardi)

Je pense en thérapie culturelle, en thérapie politique, dans le sens des espérances : qu'est-ce qu'on espère pour le futur ? Qu'est-ce qu'on peut changer au niveau culturel et poétique ? Qu'est-ce que la poésie, la littérature, l'art  peuvent faire pour remodeler les espérances des sociétés ? (Franco "Bifo" Berardi)

A noter qu'il publiera en 2021 chez Verso The third unconscious - Subjectivity and sensibility in the pandemic threshold.

Extraits sonores : 

  • Radio Alice ("Ultime voci", 1977)
  • Cynthia Fleury et un reportage (France 5, C Politique, 29/11/2020 
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