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L'archéologue  Howard Carter et la tombe de Toutânkhamon découverte en 1922

L’Afrique, un continent d’histoire ?

33 min
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Pour la première fois, le Collège de France ouvre une chaire permanente d’"Histoire et archéologie des mondes africains". Elle vient d’être confiée à François-Xavier Fauvelle, spécialiste reconnu de l'histoire du continent africain, notre invité aujourd’hui.

L'archéologue  Howard Carter et la tombe de Toutânkhamon découverte en 1922
L'archéologue Howard Carter et la tombe de Toutânkhamon découverte en 1922 Crédits : Mansell / Contributeur - Getty

C’est une première au Collège de France : la création d‘une chaire permanente « Histoire et archéologie des mondes africains » dans cette institution créée au XVIe siècle et dont les seules chaires consacrées à l’étude de l’Afrique avaient été financées jusque là par l’administration coloniale. L’Afrique serait-elle enfin prise au sérieux dans le milieu universitaire français?

Son titulaire, François-Xavier Fauvelle, archéologue reconnu de l’histoire du continent africain et directeur de recherches au CNRS, est notre invité aujourd’hui. Là où d’autres auraient refusé cette chaire, plus attirés par les universités américaines, lui voit là une opportunité de représenter et de défendre sa discipline.

Car l’Histoire de l’Afrique est encore mal connue aujourd’hui. Pour preuve,  le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar en 2007. Celui qui était alors président avait notamment affirmé que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » : le fait, nous dit François-Xavier Fauvelle, qu’un tel discours ait été audible par le public témoigne d'une méconnaissance générale du sujet. 

Le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy  est un discours d’une très grande violence, mais c’est un discours qui ne sort pas de nulle part. Il n’émane pas d’une personne mais d’une société. Il dit ce qu’est chez beaucoup de gens la perception de l’Afrique :  un continent immobilisé et sans avenir.    
(François-Xavier Fauvelle)

L’Afrique passe ainsi pour un continent sans histoire, souvent limité au rôle de berceau de l’humanité. Le premier défi de l’historien de l’Afrique est de mettre à mal les fantasmes et les clichés qui entourent ce continent et de renverser la perspective pour la libérer de considérations souvent trop européocentrées.

L’œuvre de François-Xavier Fauvelle se concentre en outre sur « les mondes africains », soit le rappel que l'Afrique a été traversée par diverses trajectoires historiques globalement distinctes des trajectoires européennes mais bien réelles, et sur « l’Afrique connectée » des flux commerciaux, culturels ou idéologiques. 

Face au défi d’une « documentation à trous », notamment à cause de la rareté des textes dans cette discipline, le travail collectif et la pluridisciplinarité s’imposent : pour écrire A la recherche du sauvage idéal (Seuil, 2017), qui se concentrait notamment sur la mise en scène du « sauvage » par l’idéologie colonisatrice occidentale, François-Xavier Fauvelle a puisé dans les archives, les débats philosophiques, les récits de voyage ou encore l’archéologie.

Ce déni doit faire l’objet d’une analyse. Il vient d'une habitude datant de plusieurs siècles de regarder l’Afrique de loin et de haut, de penser qu’elle n’est pas inscrite dans une trajectoire.    
(François-Xavier Fauvelle)

Il compte aussi parmi ses prérogatives celle de rendre l’histoire de l’Afrique accessible au grand public, en témoigne l’ouvrage Le Rhinocéros d’or. Histoires du Moyen Âge africain, des histoires courtes du Moyen Age africain qui se lisent comme des contes.

François-Xavier Fauvelle prononcera sa leçon inaugurale « Leçons de l'histoire de l'Afrique » le jeudi 3 octobre 2019 à 18h00. Ouverte au public, elle sera également retransmise sur le site de l’école.

Extraits sonores : 

  • Discours de Dakar de Nicolas Sarkozy, 26 juillet 2007
  • Cheikh Anta Diop, "L’Afrique est le berceau de l’humanité", conférence à Niamey en 1984
  • A propos de la "Vénus hottentote" (19/20 Edition nationale, 09 août 2002 )
  • Felwine Sarr, "Pourquoi la France doit restituer les œuvres d’art africaines" (Le Monde Afrique, 26/11/2018)
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