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Un homme accroupi près de la statue d’une déité inca au bord du lac Titicaca, lors du 4ème centenaire de la conquête du Pérou (photo de « L'illustrazione Italiana », année LX, n2, janvier 1933)

L’art primitif, un art moderne ?

34 min
À retrouver dans l'émission

Examen critique de la notion de "primitivisme" et retour sur les motivations des avant-gardes occidentales de l’époque avec le regard d'aujourd’hui... Philippe Dagen, historien de l'art, nous en parle dans "Primitivismes, une invention moderne" (Gallimard, octobre 2019).

Un homme accroupi près de la statue d’une déité inca au bord du lac Titicaca, lors du 4ème centenaire de la conquête du Pérou (photo de « L'illustrazione Italiana », année LX, n2, janvier 1933)
Un homme accroupi près de la statue d’une déité inca au bord du lac Titicaca, lors du 4ème centenaire de la conquête du Pérou (photo de « L'illustrazione Italiana », année LX, n2, janvier 1933) Crédits : DE AGOSTINI PICTURE LIBRARY / Contributeur - Getty

Alors que le musée du quai Branly - Jacques-Chirac fête ses 20 ans, et dans la lignée des questions de la restitution des œuvres d'art au continent africain, rendez-vous avec Philippe Dagen, essayiste, historien de l'art, romancier et chroniqueur au Monde, notre invité à l'occasion de la parution de Primitivisimes. Une invention moderne, où il étudie la question d'un regard occidental sur les oeuvres d'art dites "primitives" au tournant des XIXe et XXe siècle. 

Il y a un jugement moral, et probablement esthétique, à l’égard des œuvres d’art primitif au moment où elles apparaissent en Europe au début du XXème siècle. Ce jugement tient au fait qu’on ne sait pas les regarder. Le fait que des artistes importants s’y intéressent, et qu’un marché de l’art s’organise autour de ces œuvres, entraînera un changement de paradigme et une amélioration du jugement que les gens portent sur elles.          
(Philippe Dagen)

S'étant notamment penché sur l'exposition "Le modèle noir, de Géricault à Matisse" qui se tenait au musée d'Orsay du 26 mars au 21 juillet 2019 et sur les marques de racisme dans les représentations artistiques, il critique aussi, dans une de ses récentes chroniques pour Le Monde, la scénographie et la sélection de l'exposition événement que le Louvre propose pour le centième anniversaire de Soulages, "Soulages au Louvre" (jusqu'au 9 mars 2020).

Dans son essai, s'intéressant notamment au cas de Paul Gauguin, Philippe Dagen cherche à replacer une forme de violence sexuelle dans un contexte historique, à "évoquer la conscience de la part sexuelle primitive qui vit dans l’homme moderne" (p.165). A travers des points d'entrée historiques, littéraires et philosophiques, il étudie "les processus par lesquels le moderne invente le primitif, son contraire, pour quels besoins ou nécessités, par quelles opérations intellectuelles et artistiques. Autrement dit : comment se forme et agit la fiction du primitif ?" (p.12).

Philippe Dagen se livre ainsi à examen critique inédit du terme "primitivisme", apparu dans le dernier tiers du XIXe siècle. Un terme qui qualifie d’abord des objets, des artefacts  américains, africains ou océaniens, mais qui se définit aussi à la faveur des sciences sociales qui se penchent  sur la folie, l’enfance ou la préhistoire… L’approche post-coloniale se combinant ici à une lecture critique de la modernité occidentale. 

Le "primitif", c’est l’autre, et c’est ce que nous étions peut-être avant de devenir ce que nous sommes désormais. C’est le contraire du moderne. C’est celui qui n’est pas passé par tous les stades de l’évolution qui ont été ceux de l’Europe Occidentale.          
(Philippe Dagen)

Ainsi, si le terme "Primitivisme" est aujourd’hui un mot courant, il ne l’était pas encore avant l’exposition du Museum of Modern Art de New York en 1984 et qui portait ce titre, "Primitivism", celle-ci ayant achevé de le répandre. Pour autant, cela ne signifie pas que son ou ses sens aient été mieux définis grâce à elle, et c'est pour cela que, par différentes approches, il tente notamment de construire une définition de ce terme polysémique. Le primitivisme est en outre une construction et une fiction, et ce n'est qu'après avoir "analysé l’histoire matérielle et intellectuelle de cette construction qu’il peut être possible de revenir vers les manifestations artistiques des primitivismes" (p.15), le pluriel étant de rigueur.

Il n’y a pas de primitivisme sans l’afflux d’artefacts en provenance d’Afrique ou d’Océanie. Cet afflux est rendu possible par la conquête coloniale, ce qui crée une situation contradictoire.          
(Philippe Dagen)

Enfin, dans un contexte de rejet de la société industrielle et d'exaltation du "primitivisme", les avant-gardes européennes de la fin du XIXe siècle jouent un grand rôle dans la constitution du regard sur le primitif, la colonisation favorisant alors la connaissance des peuples lointains, en même temps qu'elle s'accompagne, pour ces artistes, d’asservissement et de pillage. 

Extraits sonores : 

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