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Emmanuelle Macron quittant sa résidence au Touquet après le premier tour des élections régionales le 20 juin, 2021.

Le capital esthétique est-il sous-estimé en politique?

31 min
À retrouver dans l'émission

Pour le professeur de science politique François Hourmant, le capital esthétique occupe une place décisive et souvent inavouée dans la compétition politique. Dans "Pouvoir et beauté" (Puf, 2021) il revient sur les ressorts insoupçonnés du physique en politique.

Emmanuelle Macron quittant sa résidence au Touquet après le premier tour des élections régionales le 20 juin, 2021.
Emmanuelle Macron quittant sa résidence au Touquet après le premier tour des élections régionales le 20 juin, 2021. Crédits : Ludovic Marin - AFP

Pour le professeur de science politique François Hourmant, spécialiste d'histoire contemporaine et auteur deFrançois Mitterrand, le pouvoir et la plume (2010), la beauté est un capital esthétique qui exige une mise en scène de soi dans l'espace public. Il explore ce sujet dans son livre Pouvoir et beauté : le tabou du physique en politique (Puf, 2021)

Longtemps idéalisée dans des règnes monarchiques ostentatoires, la beauté s'est progressivement institutionnalisée au point de devenir une ressource utile dans le monde politique. Avec la présence accrue des médias audio-visuels dans la société, le capital esthétique des politiques peut parfois venir éclipser les ressources politiques traditionnelles, fondées sur l'ancrage partisan et la victoire aux élections. Bien que démocratisée dans la vie sociale, la question de l'apparence en politique :

C’est une forme de refoulé car cela contrevient à l’idéal démocratique fondé sur la discussion et la pratique délibérative avec un primat donné au programme. Valoriser l’apparence, c’est contrevenir à ces idéaux et se soucier de quelque chose qui peut paraitre futile - une prétention narcissique qui contrarie l’éthique du désintéressement et l’ethos sacrificiel des candidats se lançant dans une campagne. Il y a un hiatus entre une représentation idéalisée de la politique et la politique dans sa dimension plus ordinaire qui relève de logiques de séduction. (François Hourmant) 

En retraçant les mutations du capital esthétique à travers l'histoire, François Hourmant questionne le rapport au physique des hommes et femmes politiques d'aujourd'hui, à l'heure d'une "peopolisation" des gouvernants à travers laquelle le capital médiatique de personnalités se substitue aux affiliations partisanes.  

Le début des années 80 a marqué un désenchantement politique massif à l’égard du communisme et ce qu'il avait structuré l’engagement d’intellectuels et citoyens. Face à ce vide, se déploient des micro-récits, la soft ideology … On voit aussi une mutation sur le plan politique, où les entreprises politiques laissent la place à des micro-entreprises, des auto-entrepreneurs politiques comme Emmanuel Macron qui en est le profil le plus achevé ... Il y a aussi Zemmour … François Mélenchon … on voit une multiplicité d’entrepreneurs politiques et une mutation du champ politique. (François Hourmant) 

La beauté, dorénavant institutionnalisée, est aussi l'objet d'une quête. Elle est façonnée par le sport et les régimes, captée via des campagnes, recherchée via des parures, et fait l'objet d'une observation attentive de la part des médias et des individus hyperconnectés via les réseaux sociaux. 

Dans les années 70, les journalistes se focalisaient sur les enjeux politiques. Dans les années 90, c'était les jeux politiques avec les coulisses et les traîtrises. Aujourd’hui, des jeux on est passé au je de la politique, et on voit que l’apparence des candidats est scrutée par la presse people et par tous les journalistes, y compris au Monde. (François Hourmant) 

A l'aube d'une année de campagne présidentielle, avons-nous sous-estimé le capital esthétique en politique ? 

Extraits sonores : 

  • Concours de beauté - Module, avec François Fillon, Ruquier citant Jean-Luc Mélanchon et Bruno Le Maire. 
  • Darius Rochebin reçoit Jacques Séguéla. Pardonnez-moi, émission de la Radio Télévision Suisse, 22.11.15.​
  • "Macron en short", BFM TV, 15.10.21. 

Bibliographie

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